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La limite du nombre de mandats présidentiels est essentielle à la démocratie en Afrique
Propos de M. Herman Cohen et de Mme Jendayi Frazer

Par Jim Fisher-Thompson

22 décembre 2005

Washington - Il est bon de limiter le nombre de mandats qu'un président peut briguer non seulement en Afrique, mais aussi dans tous les pays dotés d'un régime démocratique, car cette limite permet d'appliquer de nouvelles idées à la solution des problèmes et de réduire la corruption, a déclaré l'ancien secrétaire d'État aux affaires africaines, M. Herman Cohen, lors de l'entretien qu'il a accordé au « Washington File » le 19 décembre.

« Même notre pays, les États-Unis, a-t-il dit, a limité le nombre des mandats à deux, soit huit ans, pour le président après que Franklin Roosevelt eut remporté l'élection présidentielle pour la quatrième fois en 1944. »

Bien que Franklin Roosevelt ait été un grand dirigeant en temps de guerre, de nombreux Américains qui n'avaient pas connu d'autre président pendant leur vie adulte ont pensé que seize ans était une période trop longue pour les fonctions d'un homme politique en régime démocratique, a-t-il indiqué en ajoutant : « Ils avaient probablement raison. »

Dans des pays en développement comme en Afrique, la limite du nombre des mandats est particulièrement importante, selon lui, parce qu'elle contribue à consolider la démocratie. « Elle est devenue un symbole d'une transition politique couronnée de succès, une manière de montrer qu'on l'on peut assurer le passage dans l'ordre du pouvoir d'un gouvernement démocratique à un autre. »

Cette limite garantit aussi le changement de politique et de l'entourage du président. Un nouveau gouvernement apporte de nouvelles idées et entreprend des réformes, et il est aussi plus difficile à la corruption de s'incruster car les ministres et leurs adjoints devront renoncer à leurs fonctions à la suite de l'élection du nouveau président.

Après avoir indiqué que des pays tels que la Tanzanie, le Ghana et le Bénin avaient montré l'exemple en assurant la transmission du pouvoir d'un président à un autre, M. Cohen a dit : « Ce serait regrettable si le Nigeria et l'Ouganda (où il existe un mouvement en faveur de l'accroissement du nombre de mandats que le président peut briguer) ne faisaient pas de même. »

Depuis plus de quarante ans, M. Cohen est un observateur de l'évolution politique des pays africains. Il a terminé sa longue carrière diplomatique en occupant de 1989 à 1993 le poste de secrétaire d'État adjoint aux affaires africaines. En cette qualité, il a participé aux négociations qui ont mis fin au conflit en Éthiopie et qui ont permis à l'Érythrée d'accéder à l'indépendance. Il était également à la tête de l'équipe de diplomates américains qui ont facilité l'aboutissement des négociations de paix au Mozambique en 1992.

Ses propos relatifs à la limite du nombre des mandats présidentiels font écho aux déclarations que l'actuelle secrétaire d'État adjointe aux affaires africaines, M. Jendayi Frazer, a faites lors de la conférence de presse qu'elle a donnée le 5 décembre à Washington.

En réponse à une question sur les rumeurs selon lesquelles le président du Nigeria, M. Olusegun Obasanjo, souhaitait briguer un troisième mandat, ce qui exigeait de modifier la Constitution nigériane, Mme Frazer a déclaré : « Il n'a pas dit qu'il allait se présenter pour un troisième mandat. Toutefois, notre position est très claire : il convient de respecter la limite du nombre des mandats présidentiels. »

« Il est extrêmement important, a-t-elle ajouté, que les pays africains respectent cette limite car elle permet de préparer de nouveaux dirigeants et elle assure le respect du droit ». Les pays dont le président est resté en fonction vingt à trente ans ne se sont guères développés.

« Le changement régulier de gouvernants institutionnalise en fait les méthodes démocratiques. Il est donc très important pour nous, les États-Unis (...), d'inciter les chefs d'État à respecter le nombre de mandats (fixés par leur Constitution). Nous transmettrions certainement ce message au président Obasanjo s'il devait indiquer son désir de briguer un troisième mandat. »

À propos de nouvelles selon lesquelles le président Yoweri Museveni (Ouganda) souhaitait aussi rester à la présidence après dix-neuf ans de pouvoir, elle a dit : « Nous avons indiqué très clairement (...) que la voie prise par l'Ouganda nous inquiétait beaucoup. Nous nous sommes élevés (...) très nettement contre la volonté du président Museveni de briguer un troisième mandat » et de faire modifier la Constitution ougandaise à cet effet.

Le récent rapport qu'un organisme américain indépendant, le Conseil des relations étrangères, a publié au sujet de l'importance stratégique de l'Afrique pour les États-Unis, est également du même avis. « Si M. Museveni, indique-t-il, cherche à faire modifier la Constitution pour pouvoir briguer un autre mandat présidentiel après plus de vingt ans au pouvoir, ce pourrait être là un pas en arrière dans la mise en place d'une démocratie multipartite, de méthodes de transmission du pouvoir et d'institutions démocratiques fortes et viables. »

M. Cohen est également d'avis que la révision d'une Constitution visant à permettre à un président sortant de briguer un autre mandat était peu souhaitable.

« Tout d'abord, a-t-il dit, ce n'est pas du tout démocratique de modifier la Constitution au profit de la personne qui est au pouvoir. Si les élus veulent supprimer la limite de deux mandats, ils doivent le faire pour le prochain président. Il en va de même pour la modification de la rémunération du président. Il n'y a pas très longtemps, le Congrès a décidé d'accroître la rémunération de notre président, mais la nouvelle loi ne s'est pas appliquée au président qui était alors au pouvoir. »

Au Nigeria, a fait remarquer M. Cohen, « le président Obasanjo a amélioré le régime démocratique, mais il n'a pas encore fait assez pour mettre fin à la corruption et s'il obtient un nouveau mandat, son entourage continuera d'avoir un intérêt direct dans la poursuite de la corruption. Il faut qu'il y ait un changement, pour que quelqu'un de nouveau vienne et applique à un rythme plus accéléré le programme de lutte contre la corruption. »

 

 

 

 

 
 


      
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