22
décembre 2005
Washington - Le potentiel de croissance économique
de l'Afrique subsaharienne est « énorme »,
a affirmé M. Asif Shaikh, président-directeur
général de l'« International Resources
Group » (IRG), société de services
professionnels internationaux ayant son siège à
Washington.
M.
Shaikh, qui s'intéresse à l'Afrique depuis
1963 et qui y mène des activités professionnelles
depuis 1972, a fait cette observation lors d'une interview
accordée le 13 décembre au « Washington
File ».
«
Plus que toute autre région du globe, l'économie
africaine tourne bien en-deça de ses potentialités,
a-t-il dit. La cause en est, essentiellement, un problème
de gouvernance et de moyens plutôt que de ressources,
de capacités humaines notamment. En fait, on y
observe une grande dynamique au niveau de l'esprit d'entreprise,
une grande vitalité. C'est pourquoi des sociétés
telles que l'IRG pourraient y avoir un impact extrêmement
fort. »
Cependant,
pour être soutenables à long terme, la croissance
et le développement économiques en Afrique
supposent la convergence de quatre éléments
fondamentaux : la protection de l'environnement et de
la base des ressources naturelles, la croissance économique,
une bonne administration des affaires publiques et le
renforcement des capacités.
«
On constate, d'après les 30 dernières années
d'efforts en matière de développement, qu'on
ne peut circonscrire le développement dans un seul
secteur d'activité et qu'il faut englober les quatre
secteurs clés dans une interaction positive »,
a déclaré cet économiste au long
cours.
Une
deuxième leçon du développement,
a-t-il poursuivi, est « qu'on ne peut pas, non plus,
tout amalgamer et s'attendre à ce que l'on s'occupe
de tout à la fois. Il faut plutôt découvrir
les liens qui existent entre les secteurs et leurs principaux
points d'intersection. »
L'IRG
que dirige M. Shaikh est une entreprise de services qui
a exécuté à ce jour plus de 700 contrats
dans 135 pays depuis sa création en 1978. Ses clients
comprennent l'Agence des États-Unis pour le développement
international (USAID), la Banque mondiale, la Banque asiatique
de développement, les Nations unies et un grand
nombre d'autres organisations ainsi que des gouvernements.
Il
s'agit d'une société unique en son genre
du fait que « la plupart des organisations (...)
ont tendance à concentrer leurs activités
dans un secteur donné, alors que la nôtre
a, d'emblée, acquis la capacité de chevaucher
les secteurs », a dit M. Shaikh. C'est ainsi qu'elle
a contribué, avec l'USAID, à la création
d'un programme connu sous le titre de « Nature,
richesse et pouvoir », qui « imbrique ressources,
économie et gouvernance. Notre aptitude à
discerner les liens cruciaux - entre la population, l'environnement
et la croissance économique - est probablement
notre caractéristique distinctive. »
Quel
avenir l'IRG voit-il pour l'Afrique ? « Elle sera
certainement en transition au cours des 25 prochaines
années. La population va doubler, quoi que nous
fassions. La population urbaine en représentera
à peu près la moitié, ce qui signifie
que la relation entre la production rurale et le milieu
urbain devra changer par rapport au cycle négatif
que nous avons actuellement, où les gens quittent
la campagne, désespérés, et où
les villes sont des centres de consommation et de bureaucratie.
»
«
Cela devra changer, a poursuivi le spécialiste,
de manière à ce que les zones urbaines deviennent
une source de demande pour les produits ruraux. C'est
une transformation que nous avons beaucoup analysée
et qui pourrait revitaliser les deux milieux, rural et
urbain, en créant des centres urbains productifs
et bien gérés. »
«
La variable clé de cette dynamique sera la bonne
gestion », a-t-il souligné.
Comme
on lui demandait si la tendance en Afrique, en matière
de croissance et de développement, allait dans
la bonne direction et s'il trouvait la situation actuelle
encourageante, M. Shaikh a répondu : « Oui,
mais il est très difficile de parler de tendance
en Afrique car si la tendance est peut-être favorable,
il y a des cycles de hauts et de bas. Cependant, de plus
en plus de pays ont opté pour la démocratie.
»
L'économiste
juge également encourageant tout le travail que
l'USAID a fourni afin de préparer les pays à
se qualifier pour une aide au titre du Compte du millénaire.
Cette initiative novatrice annoncée par le président
Bush en mars 2002 vise à accorder à des
pays pauvres sélectionnés des dons destinés
à stimuler leur croissance économique et
à attirer des investissements qui leur permettront
de financer leur avenir de manière plus autonome.
Pour être admissible, un pays doit démontrer
qu'il gouverne avec justice, qu'il favorise le progrès
social et qu'il ouvre son économie à la
libre entreprise.
«
De plus en plus d'États africains comprennent que,
pour se développer, ils doivent respecter des critères
internationaux de gouvernance, a dit M. Shaikh. C'est
encourageant. Voyez le Mali, le Sénégal,
la Namibie, le Mozambique. La transition en Afrique du
Sud a été excellente. L'espoir renaît
au Kenya. La guerre prend fin dans des pays tels que le
Liberia, la Sierra Leone (...) Je suis optimiste (...)
A chaque décennie qui passe, on voit que les choses
s'améliorent un petit peu. »
Interrogé
sur les effets du sida et sur les conséquences
possibles d'une épidémie de grippe aviaire
en Afrique, M. Shaikh a déclaré : «
Certes, le sida a exploité la vulnérabilité
précise de l'Afrique, c'est-à-dire son impuissance
à apporter une puissante réponse institutionnelle
à un problème de vaste envergure. Je crois
qu'on redoute en Afrique une vulnérabilité
semblable à l'égard de la grippe aviaire.
C'est effectivement une situation dangereuse. »
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