Boutros
Harb
:
Oui, certainement l’armée
libanaise en est capable. Ce que l’armée libanaise n’est
pas capable de faire, c’est une lutte avec le Hezbollah et les
Libanais. L’armée libanaise pourrait affronter les Palestiniens
et faire son devoir pour protéger les frontières libanaises.
Elle pourrait être le symbole de la résistance libanaise
contre toute occupation et aider à la sécurisation du
pays avec la Police. Ce que l’armée libanaise n’est
pas capable de faire, c’est seulement d’affronter éventuellement
le Hezbollah car à ce moment là, il y aurait un problème
intérieur.
Et c’est peut-être
là le point faible permettant aux Syriens de dire au monde
« nous sommes les seuls » et c’est pour cela qu’une
partie des Israéliens disent que la présence syrienne
au Liban est bénéfique à Israël car c’est
la seule partie capable de contrôler le Hezbollah.
Nous avons le problème
du Hezbollah qui doit être résolu d’une façon
ou d’une autre. Il ne peut être résolu qu’en
finissant avec la raison d’être du Hezbollah. Le Hezbollah
est là pour résister et libérer le territoire
libanais. La plupart des territoires sont libérés. Il
reste encore les fermes de Chebaa. Le problème est là.
On ne sait pas quelle est la portion de terre libanaise dans ces fermes
car il y a une partie syrienne, une partie libanaise et une partie
israélienne. C’est à un carrefour.
Personnellement, j’ai
fait une interpellation au Gouvernement depuis quelques années
invitant le Gouvernement libanais à faire des pourparlers avec
la Syrie pour tracer les frontières, de nouveau, entre les
deux pays avec un procès-verbal qui serait fait afin que la
Syrie et le Liban s’entendent sur la frontière entre
les deux pays. Ce procès-verbal serait déposé
à l’ONU pour dire "ça c’est le territoire
libanais", pour montrer la partie du territoire libanais occupé
par Israël, pour demander à l’ONU que cette partie
soit libérée et plus important encore, pour justifier
la continuation des opérations du Hezbollah et la résistance
car une partie du territoire est occupée. Je crois que le seul
moyen pratique d’en finir avec le problème du Hezbollah,
c’est de tracer cela et ensuite de faire toutes les pressions
internationales possibles sur Israël pour qu’il quitte
cette partie comme il a quitté l’autre partie. A ce moment
là, le Hezbollah n’aurait plus rien à faire.
Ensuite, à mon avis, ce qui est important, pour traiter avec
le Hezbollah, c'est de savoir que le Hezbollah en plus de la question
de la libération du territoire libanais, est une résistance
populaire. En général, dans l’histoire des relations
entre Etats, lorsqu’un Etat ne veut pas se déclarer adoptant
une politique de libération contre un autre Etat pour éviter
une situation de guerre et d’affrontement des deux armées,
un mouvement populaire se fait car l’Etat ne veut pas se déclarer,
s’engager dans un affrontement militaire. Dans notre situation,
ce qui se passe est bizarre, car l’Etat est entrain de déclarer
qu’il est pour la libération et c’est là
où la chose ne va pas. L’armée libanaise doit
être le fer de lance de la libération et le peuple doit
être un appui à l’armée libanaise et non
le contraire.
Pour des raisons que
tout le monde connaît, régionales et politiques, on met
le Hezbollah en avant et l’armée libanaise ensuite. On
est entrain de prétendre que si l’on envoie l’armée
au sud, c’est pour protéger les frontières israéliennes,
ce qui est aberrant, car tous les pays du monde ont leurs armées
à leurs frontières pour protéger les frontières
de leur pays et non celles des autres. Israël n’a pas peur
que le Liban aille envahir son territoire. C’est le contraire
qui se produit. C’est à cause de cela que la chose ne
va pas.
Autre facteur très
important : puisque la raison de la présence du Hezbollah n’est
pas seulement la libération (sur le plan politique, c’est
lié à une situation politique au Moyen Orient entre
l’Iran et la Syrie; c’est lié au problème
du Moyen Orient), si par la suite vous voulez réellement résoudre
le problème du Hezbollah il faut traiter avec 2 parties importantes
au Moyen Orient : l’Iran et la Syrie. Une fois ce problème
traité avec elles, la question du Hezbollah peut être
facilement résolue surtout que, et je dois l’avouer très
objectivement, les responsables du Hezbollah se sont comportés
jusqu’à maintenant de façon très sage.
2- Les
incitations de l’Ambassadeur des EU en direction de la transparence
des élections et de leur conformité aux normes internationales
seraient-elles réalistes ?
Boutros
Harb
:
C’est
réaliste à condition que les Syriens acceptent cela,
que le pouvoir, le Gouvernement libanais acceptent cela et n’essayent
pas de trouver des prétextes pour l'éviter. Toute élection
dans un pays démocratique doit se dérouler conformément
aux normes internationales de transparence et d’impartialité
du Gouvernement afin d'assurer la liberté de l’électeur
et de son choix.
Malheureusement nous
nous sommes plaints à travers toute cette période après
Taef du fait qu’on ne s’est jamais trouvé dans
ces conditions. Nous en avons certainement l’ambition et nous
sommes entrain de réclamer que ça se passe ainsi. Mais
mon espoir n’est pas grand car je ne vois pas les gens disposés
à accepter le principe que la volonté populaire décide
de l’avenir du pays. Les comportements du pouvoir ne vont pas
dans ce sens. C’est pour cela que je ne suis pas très
optimiste concernant le respect de ces normes. Ceci n’empêche
que si on ne peut pas atteindre les 100% du respect de ces normes,
on pourrait éventuellement atteindre 50, 40 mais pas zéro
et c’est là où toute la bataille se déroule.