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Cheikh Boutros Harb

L'armée libanaise ne peut affronter le Hezbollah sans créer un problème intérieur



 Entretien conduit par Marie-Claude Saadé-Hélou
(2/12/2004)

L’armée libanaise serait-elle capable de prendre en charge la sécurité sur l’ensemble du territoire libanais en cas de retrait de l’armée syrienne ?

Les incitations de l’Ambassadeur des EU en direction de la transparence des élections et de leur conformité aux normes internationales seraient-elles réalistes ?


1- L’armée libanaise serait-elle capable de prendre en charge la sécurité sur l’ensemble du territoire libanais en cas de retrait de l’armée syrienne ?

Boutros Harb :

Oui, certainement l’armée libanaise en est capable. Ce que l’armée libanaise n’est pas capable de faire, c’est une lutte avec le Hezbollah et les Libanais. L’armée libanaise pourrait affronter les Palestiniens et faire son devoir pour protéger les frontières libanaises. Elle pourrait être le symbole de la résistance libanaise contre toute occupation et aider à la sécurisation du pays avec la Police. Ce que l’armée libanaise n’est pas capable de faire, c’est seulement d’affronter éventuellement le Hezbollah car à ce moment là, il y aurait un problème intérieur.

Et c’est peut-être là le point faible permettant aux Syriens de dire au monde « nous sommes les seuls » et c’est pour cela qu’une partie des Israéliens disent que la présence syrienne au Liban est bénéfique à Israël car c’est la seule partie capable de contrôler le Hezbollah.

Nous avons le problème du Hezbollah qui doit être résolu d’une façon ou d’une autre. Il ne peut être résolu qu’en finissant avec la raison d’être du Hezbollah. Le Hezbollah est là pour résister et libérer le territoire libanais. La plupart des territoires sont libérés. Il reste encore les fermes de Chebaa. Le problème est là. On ne sait pas quelle est la portion de terre libanaise dans ces fermes car il y a une partie syrienne, une partie libanaise et une partie israélienne. C’est à un carrefour.

Personnellement, j’ai fait une interpellation au Gouvernement depuis quelques années invitant le Gouvernement libanais à faire des pourparlers avec la Syrie pour tracer les frontières, de nouveau, entre les deux pays avec un procès-verbal qui serait fait afin que la Syrie et le Liban s’entendent sur la frontière entre les deux pays. Ce procès-verbal serait déposé à l’ONU pour dire "ça c’est le territoire libanais", pour montrer la partie du territoire libanais occupé par Israël, pour demander à l’ONU que cette partie soit libérée et plus important encore, pour justifier la continuation des opérations du Hezbollah et la résistance car une partie du territoire est occupée. Je crois que le seul moyen pratique d’en finir avec le problème du Hezbollah, c’est de tracer cela et ensuite de faire toutes les pressions internationales possibles sur Israël pour qu’il quitte cette partie comme il a quitté l’autre partie. A ce moment là, le Hezbollah n’aurait plus rien à faire.

Ensuite, à mon avis, ce qui est important, pour traiter avec le Hezbollah, c'est de savoir que le Hezbollah en plus de la question de la libération du territoire libanais, est une résistance populaire. En général, dans l’histoire des relations entre Etats, lorsqu’un Etat ne veut pas se déclarer adoptant une politique de libération contre un autre Etat pour éviter une situation de guerre et d’affrontement des deux armées, un mouvement populaire se fait car l’Etat ne veut pas se déclarer, s’engager dans un affrontement militaire. Dans notre situation, ce qui se passe est bizarre, car l’Etat est entrain de déclarer qu’il est pour la libération et c’est là où la chose ne va pas. L’armée libanaise doit être le fer de lance de la libération et le peuple doit être un appui à l’armée libanaise et non le contraire.

Pour des raisons que tout le monde connaît, régionales et politiques, on met le Hezbollah en avant et l’armée libanaise ensuite. On est entrain de prétendre que si l’on envoie l’armée au sud, c’est pour protéger les frontières israéliennes, ce qui est aberrant, car tous les pays du monde ont leurs armées à leurs frontières pour protéger les frontières de leur pays et non celles des autres. Israël n’a pas peur que le Liban aille envahir son territoire. C’est le contraire qui se produit. C’est à cause de cela que la chose ne va pas.

Autre facteur très important : puisque la raison de la présence du Hezbollah n’est pas seulement la libération (sur le plan politique, c’est lié à une situation politique au Moyen Orient entre l’Iran et la Syrie; c’est lié au problème du Moyen Orient), si par la suite vous voulez réellement résoudre le problème du Hezbollah il faut traiter avec 2 parties importantes au Moyen Orient : l’Iran et la Syrie. Une fois ce problème traité avec elles, la question du Hezbollah peut être facilement résolue surtout que, et je dois l’avouer très objectivement, les responsables du Hezbollah se sont comportés jusqu’à maintenant de façon très sage.

2- Les incitations de l’Ambassadeur des EU en direction de la transparence des élections et de leur conformité aux normes internationales seraient-elles réalistes ?

Boutros Harb :

C’est réaliste à condition que les Syriens acceptent cela, que le pouvoir, le Gouvernement libanais acceptent cela et n’essayent pas de trouver des prétextes pour l'éviter. Toute élection dans un pays démocratique doit se dérouler conformément aux normes internationales de transparence et d’impartialité du Gouvernement afin d'assurer la liberté de l’électeur et de son choix.

Malheureusement nous nous sommes plaints à travers toute cette période après Taef du fait qu’on ne s’est jamais trouvé dans ces conditions. Nous en avons certainement l’ambition et nous sommes entrain de réclamer que ça se passe ainsi. Mais mon espoir n’est pas grand car je ne vois pas les gens disposés à accepter le principe que la volonté populaire décide de l’avenir du pays. Les comportements du pouvoir ne vont pas dans ce sens. C’est pour cela que je ne suis pas très optimiste concernant le respect de ces normes. Ceci n’empêche que si on ne peut pas atteindre les 100% du respect de ces normes, on pourrait éventuellement atteindre 50, 40 mais pas zéro et c’est là où toute la bataille se déroule.

 


Me Boutros Harb
Député au Parlement.

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