GLOBALADVOCACY . c o m

Chacun d'entre vous peut créer l'évènement!

 

 

 

 

 

 

     

    

 


Que se cache-t-il derrière la campagne contre Lahoud?

Il apparaît de plus en plus que le véritable enjeu de la campagne visant au départ d’Émile Lahoud n’est pas du tout la personne du président. Si ce n’était que cela, il serait aisé de patienter un an, et de le remplacer à la fin de son mandat prorogé. D’ici là, on pourrait toujours faire des compromis. Après tout, quand Rafik Hariri était un premier ministre imposé au président, ils ont pu, tant bien que mal, user de compromis. S’il y a urgence, elle est ailleurs, et en particulier au plan régional et au plan local.

Au plan régional

L’élection en Irak qui a consacré la défaite d’Allawi est un sérieux camouflet pour les Américains. En dépit de la présence de 150.000 soldats, le gouvernement irakien est aujourd’hui relativement proche de l’Iran. Ce dernier vient lui-même de recevoir un appui inespéré de
la Russie sur la question de l’enrichissement de l’uranium. La neutralisation de
la France , de l’Allemagne et, en général, de l’U.E. sur les dossiers arabes, loin de servir les desseins des USA, a permis, au contraire, à la Russie de reprendre l’initiative sur ce terrain sans avoir à se soucier désormais de leur aval.

Les Syriens, qui avaient perdu une carte maîtresse au Liban, viennent de tirer l’As d’atout avec le succès de Hamas aux élections palestiniennes. Israël et les USA ont bien menacé de couper les vivres aux Palestiniens. Mais le Hamas a demandé et ne pourrait qu’obtenir, même contraint et forcé, le soutien financier de la conférence des pays islamiques… dont la majorité des membres sont des amis et des protégés de George W. Oh! Ironie du sort! Les Américains, et Israël derrière eux, sont donc condamnés à se rabattre sur le petit Liban pour trouver une légère compensation à leurs déboires. L’accueil réservé par Washington au simple député Saad Hariri est révélateur à cet effet.

Du même auteur :

Au plan local

Aujourd’hui, le Liban politique est coupé en deux :

1- Le courant haririen (grand capitalisme financier, foncier et spéculatif sunnito-saoudien) accompagné de Joumblat (le féodalisme druze) et de Samir Geagea qui ne serait qu’un chef de bande s’il n’était propulsé par toute la caste politique chrétienne liée au capitalisme financier, foncier et spéculatif façon haririrenne. Si cette caste politique utilise Geagea, c’est en raison de sa propre déconfiture, et dans l’espoir qu’il pourrait donner du fil à retordre à Michel Aoun.

2- Michel Aoun (représentant incontesté de l’électorat chrétien pauvre et des classes moyennes inférieures) avec ses alliés des régions traditionnellement oubliées (Békaa et Liban-Nord, en attendant que les chrétiens du Sud puissent se prononcer) s’est rapproché du Hezbollah représentant les plus défavorisés et les plus nombreux des chiites.

Quant à Berri, tout le pousserait vers le premier bloc : sa vénalité, ses représentations mentales à défaut d’une idéologie claire, l’inimitié certaine qu’il éprouve pour le Hezb, ses amis des USA, donc tout le pousserait vers le premier bloc, hormis ses partisans qui ne le suivraient absolument pas. Il s’agit bel et bien, sous les apparences de conflits confessionnels, d’une véritable lutte de classes, même s’il est possible que certains acteurs n’en soient pas consc ients.

Ces deux blocs antagonistes, même s,ils parlent de dialoguer, se trouvent en face de deux réalités indéniables :

1- L’actuel président est encore au pouvoir jusqu’en 2007 en vertu d’un amendement constitutionnel parfaitement conforme à la loi… mais dont le caractère illégitime (sous influence syrienne) saute aux yeux.

2- En face de ce président mal élu, on trouve un parlement qui a été élu dans la plus parfaite légalité… mais sous l’empire d’une loi électorale rédigée par Ghazi Kanaan, alors chef des services syriens de renseignements, et adoptée sous la pression syrienne. Cette loi permet à Hariri et à Joumblat de disposer à leur guise de l’élection d’un grand nombre de députés chrétiens. L’actuel parlement est donc tout aussi illégitime et mal élu que le président qu’il prétend destituer.

Il s’agit donc, pour la propagande hariro-joumblato-geageaïste de crier le plus haut possible à l’illégitimité et à la destitution du président… pour couvrir d’autres voix qui pourraient crier aussi haut et aussi fort à l’illégitimité et à la dissolution de la Chambre avant toute élection présidentielle. Car, si le président démissionne avant la dissolution de la Chambre , on réussit à barrer la voie à Aoun et aux forces populaires pluriconfessionnelles qui le soutiennent. Si, au contraire, on dissout le parlement et on procède à de nouvelles élection (avec ou sans amendement de l’actuelle loi électorale), la nouvelle Chambre pourrait fort bien choisir Michel Aoun à la présidence, ce qui signifierait un important virage et des orientations tout à fait nouvelles de la politique interne (économique, sociale, administrative, éducative, etc.). Tel est bien, d’après moi, le véritable enjeu de tout ce charivari.

Conclusion

Au plan local, le bloc haririen et ses alliés voudraient donc l’élection d’un nouveau président par le parlement actuel où ils disposent d’une majorité suffisante (majorité absolue) pour élire le candidat de leur choix… mais pas d’une majorité suffisante (majorité des 2/3) pour destituer l’actuel. Le président, de son côté, ne peut dissoudre le parlement et ordonner de nouvelles élections. Institutionnellement, le système est donc bloqué. D’où le recours aux manifestations massives et à l’intimidation des citoyens. Cela risque de rendre la situation explosive.

Cependant, au plan régional, les USA aimeraient bien que leurs petits amis du Liban puissent parfaire leur victoire contre la Syrie , désarmer le Hezbollah et l’empêcher de poursuivre son soutien au Hamas. Mais absolument pas au prix d’une déstabilisation du Liban. En effet, un Irak et un Afghanistan sur les bras, c’est déjà trop. De plus, l’Iran est de plus en plus préoccupant. On a donc donné un sursis à Assad en Syrie (ce qui fait rager silencieusement le bloc de Hariri), et on préfère qu’il n’y ait pas trop de remous au Liban.

P.S. Si les USA ne veulent pas que les choses dégénèrent en Syrie et au Liban, ni même chez les Palestiniens (ils viennent de décider l’octroi d’une aide de 150 millions de dollars à l’Autorité palestinienne), il n’est pas certain qu’Israël, en catimini, ne souhaite pas cet embrasement.

Le président Bush devrait s’adonner un peu plus à la lecture d’œuvres romanesques. Il apprendrait qu’en politique internationale aussi, il y a des «Liaisons dangereuses».

Joseph Berbery
27 février 2005

 

 
doteasy.com - free web hosting. Free hosting with no banners.

* Pour envoyer vos commentaires, veuillez nous Contacter


 


Les opinions exprimées sur ce site ne représentent que celles de leurs auteurs et non celles de GlobalAdvocacy.com

 

 

 

Copyright © 2004-2006 GlobalAdvocacy.com
All Rights Reserved 
  User Agreement | Privacy Policy