Au
plan local
Aujourd’hui,
le Liban politique est coupé en deux :
1-
Le courant haririen (grand capitalisme financier,
foncier et spéculatif sunnito-saoudien) accompagné
de Joumblat (le féodalisme druze) et de Samir Geagea
qui ne serait qu’un chef de bande s’il n’était
propulsé par toute la caste politique chrétienne
liée au capitalisme financier, foncier et spéculatif
façon haririrenne. Si cette caste politique utilise
Geagea, c’est en raison de sa propre déconfiture,
et dans l’espoir qu’il pourrait donner du fil
à retordre à Michel Aoun.
2-
Michel Aoun (représentant incontesté de l’électorat
chrétien pauvre et des classes moyennes inférieures)
avec ses alliés des régions traditionnellement
oubliées (Békaa et Liban-Nord, en attendant
que les chrétiens du Sud puissent se prononcer) s’est
rapproché du Hezbollah représentant les plus
défavorisés et les plus nombreux des chiites.
Quant
à Berri, tout le pousserait vers le premier bloc
: sa vénalité, ses représentations
mentales à défaut d’une idéologie
claire, l’inimitié certaine qu’il éprouve
pour le Hezb, ses amis des USA, donc tout le pousserait
vers le premier bloc, hormis ses partisans qui ne le suivraient
absolument pas. Il s’agit bel et bien, sous les apparences
de conflits confessionnels, d’une véritable
lutte de classes, même s’il est possible que
certains acteurs n’en soient pas consc ients.
Ces
deux blocs antagonistes, même s,ils parlent de dialoguer,
se trouvent en face de deux réalités indéniables
:
1-
L’actuel président est encore au pouvoir jusqu’en
2007 en vertu d’un amendement constitutionnel parfaitement
conforme à la loi… mais dont le caractère
illégitime (sous influence syrienne) saute aux yeux.
2-
En face de ce président mal élu, on trouve
un parlement qui a été élu dans la
plus parfaite légalité… mais sous l’empire
d’une loi électorale rédigée
par Ghazi Kanaan, alors chef des services syriens de renseignements,
et adoptée sous la pression syrienne. Cette loi permet
à Hariri et à Joumblat de disposer à
leur guise de l’élection d’un grand nombre
de députés chrétiens. L’actuel
parlement est donc tout aussi illégitime et mal élu
que le président qu’il prétend destituer.
Il
s’agit donc, pour la propagande hariro-joumblato-geageaïste
de crier le plus haut possible à l’illégitimité
et à la destitution du président… pour
couvrir d’autres voix qui pourraient crier aussi haut
et aussi fort à l’illégitimité
et à la dissolution de la Chambre avant toute élection
présidentielle. Car, si le président démissionne
avant la dissolution de la Chambre , on réussit à
barrer la voie à Aoun et aux forces populaires pluriconfessionnelles
qui le soutiennent. Si, au contraire, on dissout le parlement
et on procède à de nouvelles élection
(avec ou sans amendement de l’actuelle loi électorale),
la nouvelle Chambre pourrait fort bien choisir Michel Aoun
à la présidence, ce qui signifierait un important
virage et des orientations tout à fait nouvelles
de la politique interne (économique, sociale, administrative,
éducative, etc.). Tel est bien, d’après
moi, le véritable enjeu de tout ce charivari.
Conclusion
Au
plan local, le bloc haririen et ses alliés voudraient
donc l’élection d’un nouveau président
par le parlement actuel où ils disposent d’une
majorité suffisante (majorité absolue) pour
élire le candidat de leur choix… mais pas d’une
majorité suffisante (majorité des 2/3) pour
destituer l’actuel. Le président, de son côté,
ne peut dissoudre le parlement et ordonner de nouvelles
élections. Institutionnellement, le système
est donc bloqué. D’où le recours aux
manifestations massives et à l’intimidation
des citoyens. Cela risque de rendre la situation explosive.
Cependant,
au plan régional, les USA aimeraient bien que leurs
petits amis du Liban puissent parfaire leur victoire contre
la Syrie , désarmer le Hezbollah et l’empêcher
de poursuivre son soutien au Hamas. Mais absolument pas
au prix d’une déstabilisation du Liban. En
effet, un Irak et un Afghanistan sur les bras, c’est
déjà trop. De plus, l’Iran est de plus
en plus préoccupant. On a donc donné un sursis
à Assad en Syrie (ce qui fait rager silencieusement
le bloc de Hariri), et on préfère qu’il
n’y ait pas trop de remous au Liban.
P.S.
Si les USA ne veulent pas que les choses dégénèrent
en Syrie et au Liban, ni même chez les Palestiniens
(ils viennent de décider l’octroi d’une
aide de 150 millions de dollars à l’Autorité
palestinienne), il n’est pas certain qu’Israël,
en catimini, ne souhaite pas cet embrasement.
Le
président Bush devrait s’adonner un peu plus
à la lecture d’œuvres romanesques. Il
apprendrait qu’en politique internationale aussi,
il y a des «Liaisons dangereuses».
Joseph
Berbery
27 février 2005
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