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Elias Abou Assi


Priorité au Consensus national et à ses 3 piliers:
La Souveraineté
L'Unité nationale et la Coexistence
La Démocratie et les Libertés


  Entretien conduit par Marie-Claude Saadé-Hélou
(5/10/2004)

La rationalisation des Finances publiques serait-elle une tâche accessible dans l’état actuel des choses ?

L’armée libanaise serait-elle capable de prendre en charge la sécurité sur l’ensemble du territoire libanais en cas de retrait de l’armée syrienne ?

Peut-on dans les circonstances actuelles prétendre élaborer une loi électorale conforme aux aspirations des libanais ?

Les incitations de l’Ambassadeur des EU en direction de la transparence des élections et de leur conformité aux normes internationales seraient-elles réalistes ?

La survie politique du régime pourrait-elle être remise en cause ?



1- La rationalisation des Finances publiques serait-elle une tâche accessible dans l’état actuel des choses ?

Le pays est au bord du gouffre sur le plan économique et social. Le Ministre Siniora se propose aujourd’hui de rationaliser les finances publiques à travers un plan global de réformes. Plutôt que l’alourdissement des charges fiscales, dans le collimateur de son projet de Budget pour 2005, les dépenses publiques ou plutôt le gaspillage public. C’est donc bien à cette graisse asphyxiante de l’Etat que M. Siniora veut s’attaquer.

En tant que responsable politique, comment réagissez-vous à cette initiative ? Est-il possible aujourd’hui de mener à bien pareille entreprise et surtout quel support effectif seriez-vous disposé à fournir au Ministre des Finances qu’il s’agisse de M. Siniora ou de tout autre ministre disposé à adopter le même programme?

Elias Abou Assi :

Permettez-moi tout d’abord de mettre l’accent sur une vérité, à charge pour les autres de la démentir : une réforme économique doit être accompagnée (pour ne pas dire précédée) de réformes politiques génératrices d’un consensus national ; génératrices de consensus car la réforme politique n’est pas une formule creuse. Dans la situation actuelle du Liban, il serait vain de prétendre échapper à cette réforme politique. Donc toute proposition, fut-elle altruiste ou scientifiquement fondée et rationnelle, serait à mon sens capotée, si la conjoncture ne change pas radicalement.

Malheureusement, on ne peut pas pronostiquer sans être objectif et être objectif me porte à dire ce qui suit :

A priori, je dirais que les propositions de M. Siniora sont valables. Cependant, elles sont arrivées trop tard. Je ne veux pas apparaître trop pessimiste en disant que le malade est déjà dans l’au-delà car il y a toujours des solutions. C’est la raison pour laquelle j’ai commencé par la question du consensus national. Il faut se mettre d’accord sur le plan à initier. Et là, il y a 2 volets aux solutions possibles: interne et externe.

1- Le volet interne : Je suis conscient que cette réforme ne sera pas une panacée mais servira de traitement-choc. On ne fait pas de l’exorcisme. Je ne prétends pas que le fait pour les Libanais, toutes tendances confondues de se mettre autour d’une même table est un gage de succès comme par enchantement. Mais s’il s’agit de se serrer la ceinture, les surenchères seront étouffées grâce au consensus et le plan serait plus performant car fruit de l’entente. Grâce à ce consensus, on en viendra à la fin à retenir la plus valable des propositions, loin des surenchères ou des manoeuvres politiciennes. Mais ce n’est pas tout. Ceci est un signe envoyé à l’extérieur.

2- Le volet externe : le message étant ici qu’avec un plan interne précis, un nouveau projet d’assistance proposé par les amis du Liban ne risque plus de connaître le même sort que Paris I et Paris II qui sont restés lettre morte à cause des tiraillements et des polémiques stériles. Ce sont les pôles du pouvoir qui endossent la responsabilité de l’avortement des plans de sauvetage économiques.

Donc après avoir forgé ce consensus national, on serait en droit de rêver à un mini plan Marshall, nouvelle version. Je connais bien les contraintes internationales, mais cette réconciliation ne manquera pas d’être saluée par les amis du Liban, européens, américains et arabes, quoique je ne croie pas beaucoup en l’aide des arabes. En effet, que sont devenues les caisses arabes promises à Taef et après Taef ? Ma proposition vise à forcer les Arabes à prendre acte de ce consensus et à agir en conséquence. Ils n’auront plus la latitude de jouer sur les contradictions ou de chercher des justifications stériles.

Il faut aussi établir une échelle de priorités. Il faut commencer par un diagnostic courageux et transparent concernant le gaspillage. Il faut demander des comptes à ceux qui ont gaspillé l’argent public. Les mesures resteraient légères et insignifiantes sans responsabilisation, loin bien sûr de l’esprit revanchard. Je ne préconise pas une chasse aux sorcières, mais chacun doit répondre de ses actes. Ce consensus permettra d’établir une échelle de priorités.

2- L’armée libanaise serait-elle capable de prendre en charge la sécurité sur l’ensemble du territoire libanais en cas de retrait de l’armée syrienne ?

Issa Goraieb, dans un éditorial du 18.9.04, écrit ce qui suit:
« La Syrie, en effet, reste en mesure de faire voler en éclats, même à distance, cette fameuse stabilité dont elle revendique la paternité exclusive: ce serait, dans sa forme la plus extrême, le redoutable "c’est nous ou le chaos". Et malgré ses effectifs d’une ampleur sans précédent, malgré le considérable budget qui lui est alloué, malgré tous les slogans lancés à sa gloire, ce n’est pas l’armée régulière libanaise qui serait à même de gérer ce genre de chaos »

Un dignitaire religieux cité par Emile Khoury du Nahar (OLJ 16.9.04) ne semble pas être du même avis: « Le Liban ne manque pas, ne manque plus, des moyens d’assurer l’ordre sur l’ensemble de son territoire par le truchement de ses forces propres. Tout au contraire, et sans fausse honte, ces cadres ne cessent d’affirmer qu’en cas de départ des Syriens, la paix civile s’effondrerait et la sécurité serait balayée. Ainsi, 25 ans de tutelle ne leur suffisent pas. Alors même que, sans crainte de se contredire, ils se félicitent du haut niveau atteint par notre armée nationale ».

Enfin, une source du Pentagone a rejeté l’argumentation développée par le Gouvernement libanais pour justifier la présence syrienne, affirmant que l’armée est parfaitement capable d’assurer la sécurité sur l’ensemble du pays.

Dans l’hypothèse d’un retrait de l’armée syrienne, l’armée libanaise serait-elle, selon vous, capable de prendre en charge la sécurité sur l’ensemble du territoire libanais ?

Elias Abou Assi :

Prioritairement, la Sécurité et la Sûreté ont, notamment dans les sociétés pluralistes dont la nôtre, une signification politique avant d’être d’ordre militaire ou policier.

Issa Goraieb n’a pas tort car il s’est focalisé sur les renseignements, les services de l’armée téléguidés par les Syriens. Mais c’est sans compter avec le patriotisme des effectifs gradés et haut gradés ou simples soldats de l’armée qui vouent une loyauté sans faille à leur patrie.

Cependant, pour que cette loyauté se traduise concrètement, deux conditions sont indispensables :

  • Le consensus national et on revient ainsi au point de départ.
  • Un Gouvernement représentatif qui pilote politiquement l’armée car tout est là, il faut que quelqu’un commande, c'est le Conseil des Ministres, l'armée étant subordonnée au pouvoir politique.

Donc s’il y a consensus national, il y a garanties de sécurité, un gouvernement représentatif et équilibré.

Ainsi, en cas d’entente et de consensus, la présence militaire syrienne n’est plus justifiée d’autant plus que nous ne voulons pas jouer aux trouble-fête pour la Syrie. Tout ce que nous recherchons c’est qu’on nous laisse en paix comme tout Etat dans le monde, souverain et indépendant.

Oui, l’armée libanaise a toutes les capacités pour prendre en charge la sécurité sur l’ensemble du territoire libanais mais à condition d’assurer la sécurité politique: entente nationale, représentation équilibrée au Parlement, séparation des pouvoirs avec un pouvoir judiciaire indépendant et juste.

3- Peut-on dans les circonstances actuelles prétendre élaborer une loi électorale conforme aux aspirations des Libanais ?

Le chef de l’État a signifié sa position en faveur d’une loi électorale équilibrée et représentative.

Un ancien bâtonnier de l’Ordre des avocats s’exprimant dans le cadre d’un entretien accordé à la LBCI, a estimé que la prochaine loi électorale, « élaborée à l’étranger », paraîtrait à la toute dernière minute et qu’« elle sera pire que la précédente ».

La Rencontre démocratique de Walid Joumblat affirme que «depuis le début des années 90, les lois électorales ont été taillées à la mesure de situations précises, allant à l’encontre de nombreux objectifs fixés par Taëf. Elles ont contribué à approfondir les divisions communautaires et confessionnelles, à porter un coup au principe de la représentation parlementaire authentique, à neutraliser la valeur de la voix de l’électeur, et sont devenues un instrument pour écarter et marginaliser certaines parties ».

Tout en soulignant la nécessité de ramener la majorité électorale à 18 ans, «la Rencontre démocratique met en garde contre toute loi prévoyant un découpage électoral qui considère le Liban comme une circonscription unique. Toute loi électorale qui ne prendrait pas en considération la composition et la diversité de la société libanaise ainsi que les principes qui assurent une représentation authentique de la population serait en réalité un projet destiné à imposer une hégémonie quantitative et à porter un coup au principe de la participation garantie par la Constitution».

En conséquence, la Rencontre démocratique appelle à « un vaste dialogue autour d’une loi électorale qui prévoit un découpage électoral fondé sur la petite circonscription ».

Peut-on dans les circonstances actuelles prétendre élaborer une loi électorale conforme aux aspirations des Libanais ?

Elias Abou Assi :

Si les enjeux restent les mêmes c’est à dire le maintien du statut quo et de l’hégémonie syrienne, il faut s’attendre à une loi du genre circonscription unique afin d’assurer une majorité écrasante docile au Parlement.

Mais si l’on veut mettre une croix sur le passé en considérant la prorogation du mandat du Président de la République comme une faute qu’il convient de rectifier, j’ai personnellement préconisé une concomitance entre la démission du Président Lahoud et la mise en place d’un congrès national de dialogue qui examinerait toutes les questions problématiques, y compris bien entendu la loi électorale.

Mais je n’ai pas la conviction que cela arrivera et aujourd’hui tout le monde est dans l’impasse :

La Syrie et ses protégés sont dans l’impasse parce qu’ils ne peuvent pas rebrousser chemin, faire marche arrière et ils sont pour la première fois sous les projecteurs de la légalité et de la communauté internationales. Auparavent, ils opéraient impunément, dans le noir le plus total. Mais ils ne peuvent plus faire marche arrière. Le totalitarisme ne montre jamais des signes de faiblesse. Même devant l’évidence de la fatalité il continue sa fuite en avant et l’art de la politique se réduit au gain de temps en entretenant des illusions sur des changements ou des évènements indéfinis à son avantage pouvant se passer.

Nous aussi nous sommes dans l’impasse car il est difficile de concilier les impératifs de l’unité nationale, de l’efficacité, de l’organisation de l’opposition avec la percée que nous souhaitons menant à la démission du Président de la République pour corriger la violation de la Constitution.

Donc, nous souhaitons la concomitance entre une démission du Président de la République et la tenue d’un congrès national de dialogue qui traiterait de toutes les questions problématiques.

Serait-il possible de se tenir à l’extérieur du Gouvernement et d’agir pour que la société civile s’organise et dialogue avec l’Etat ? Il est toujours possible de concevoir un dialogue à géométrie variable : à l’intérieur du gouvernement ou en dehors de celui-ci.

S’il y a vraiment une volonté de sauver le Liban, le dialogue devrait s'engager entre les dignitaires religieux, les chefs de partis, les forces vives de la société, les milieux intellectuels etc. Il faudrait constituer un mini congrès qui élabore une esquisse de solution, une sorte de package deal.

Notre position est de ne pas faire partie d’un Gouvernement d’Union nationale, dont je récuse d’ailleurs l’appellation, car il s’agirait plutôt d’une association de violeurs de la Constitution. Or le pouvoir actuel ne veut pas d’un dialogue en dehors des institutions et ce thème du dialogue au sein des institutions a été matraqué.

Je soutiens l’idée de Walid Joumblat en ce qui concerne l’appel au dialogue, mais je ne crois pas à cette éventualité, surtout au niveau de la loi électorale qui est la planche de salut du régime en place.

Nous souhaitons une loi électorale équilibrée, juste, représentative du pluralisme de la société et de la spécificité libanaise, sans interférences internes ou externes.

4- Les incitations de l’Ambassadeur des EU en direction de la transparence des élections et de leur conformité aux normes internationales seraient-elles réalistes ?

Lors d’une réunion le 24 septembre 2004 avec le Ministre de l’Intérieur M. Elias Murr, l’Ambassadeur des EU, M. Feltman a, selon ses propres termes, « incité le ministre à tout faire pour que ces élections soient transparentes, crédibles, à caractère libanais et conformes aux normes électorales internationales ».

Le même jour, le Ministre Sleiman Frangieh déclarait en substance que « les législatives auront lieu prochainement et le gouvernement qui sera formé persistera jusqu’à ces élections ».

Dans la conjoncture actuelle, la proposition de l’Ambassadeur Feltman vous semble-t-elle réaliste et accessible? Si l’idée de conformité aux normes internationales était retenue quel en serait le mécanisme d’application et selon quel calendrier ?

Elias Abou Assi :

Premièrement, il faut se mettre d’accord sur les critères objectifs du scrutin, des élections. Nous savons très bien que la démocratie, pour être opérationnelle, doit ouvrir la voie à des élections permettant au peuple de mandater des représentants qui assumeront le pouvoir législatif selon des normes universelles.

A contrario, qu’est ce qui n’est pas normes universelles ?

A l’époque de la bipolarité, dans la zone d’influence soviétique, on prétendait organiser des élections selon des normes simplistes. Les électeurs étaient amenés à faire un choix entre des personnes dont la candidature était présentée par le comité central du parti et leur rôle se réduisait à légaliser formellement les options du parti.

Par conséquent, l’inverse de ces normes serait une liberté de choix sur la base de candidatures libres, en présence d’électeurs auxquels ne manque pas la culture politique, la formation (c’est une initiation) et qui jouent par la suite pleinement le rôle dévolu au pouvoir législatif. J’entends par-là, bien sûr, le fait de légiférer et de contrôler les actes du Gouvernement. C’est ainsi que l’équilibre entre les pouvoirs se réalise.

Il convient cependant de souligner une particularité des sociétés pluralistes comme la nôtre où un soin particulier devra être apporté à une représentation équitable des diverses composantes de la société. Cette idée rejoint la proposition du début sur le consensus national car on ne peut demander une loyauté sans faille et sans équivoque à l’une ou l’autre composante de la société si elle s’estime préjudiciée ou lésée. Par le fait même, il y va de la stabilité de l’Etat.

Si une composante de la société était lésée, ce serait regrettable. En fait, on en souffre actuellement. Par conséquent, toute sorte d’interférence étrangère, syrienne en l’occurrence, doit cesser. On ne peut concilier une hégémonie externe écrasante cherchant à implanter des girouettes, des pions à son service et la prétention d’œuvrer en faveur d’une représentation équitable, l’une étant aux antipodes de l’autre.

En ce qui concerne l’Ambassadeur Feltman, ses propos arrivent à temps étant donné que le lien est indéniable entre la violation de la Constitution et les intentions camouflées de pérenniser la logique qui prévaut depuis la 2ème République, cette logique à laquelle je viens de faire allusion par l’équation troublante, l’amalgame entre l’hégémonie syrienne et la recherche de pions assurant une couverture à cette hégémonie et qui prend la forme d’une loi électorale taillée sur mesure loin de tous principes universels reconnus (représentativité et égalité devant la loi).

L’Ambassadeur américain, comme ses homologues occidentaux, ne peut être que témoin et incitateur au bon fonctionnement de la démocratie d’autant plus qu’on sort d’une expérience malheureuse avec la prorogation du mandat du Président Lahoud. Ce qui reviendrait à dire que la proposition de M. Feltman est la bienvenue et permet de maintenir nos revendications dans l’actualité.

5- La survie politique du régime pourrait-elle être remise en cause ?

L’OLJ dans son édition du 2 octobre 2004, citant sa correspondante aux NU, rapporte ce qui suit : « Concernant les élections présidentielles au Liban et la prorogation du mandat du Président Lahoud, le Secrétaire Général a exprimé clairement son opinion lors de la conférence de l’Union africaine d’Addis-Abeba en juillet dernier. Il s’oppose à l’extension des mandats des leaders et des gouvernements au-delà des limites de leur mandat ».

De plus, nous savons tous que Walid Joumblat a appelé le Président de la République à démissionner et à l’organisation de nouvelles élections conformes à la légalité.

Pourtant les EU n’ont pas l’intention de rompre avec le pouvoir libanais en place ni lui retirer leur reconnaissance suite à la prorogation. Ils considèrent au contraire le problème de la prorogation dépassé et entendent dialoguer avec les autorités libanaises au plus haut niveau.

Entre l’opposition du Secrétaire Général de l’ONU aux extensions de mandats, les appels à la démission du Président de la République lancés par Walid Joumblat, le rejet de l’amendement par le Rassemblement de Kornet Chehwan et le dépassement par les EU de l’épisode de la prorogation, sans compter les autres paramètres, s’achemine-t-on vers le naufrage ou la survie politique du régime ?

Elias Abou Assi :

Tout d’abord un régime qui n'a que 3 ans de répit est un régime condamné avec sursis. C’est lui-même qui s’est condamné par la violation à répétition de la Constitution et chose non moins grave, du pacte national et ceci constitue un précédent lourd de conséquences.

Je rappelle à cet égard qu’en 52 et 58 (tous les Libanais s’en souviennent) il y a eu contestation et rejet, la 1ère fois d’un fait (puisqu’il y a eu effectivement reconduction du mandat de cheikh Béchara el Khoury) et la 2ème fois, parce qu’on a prêté à Camille Chamoun l’intention de reconduire son mandat. Et les titres de bravoure et d’héroïsme que se sont attribués certains à cette époque, étaient fondés sur l’opposition au Président Chamoun. C’était en fait un procès d’intentions fait à Camille Chamoun.

La Constitution a été violée deux fois à l’avantage de l’actuel Président Lahoud. La 1ère fois lorsqu’on a permis à un fonctionnaire (le Commandant en chef de l’armée) d’accéder à la magistrature suprême directement, sans respecter le délai constitutionnel et la deuxième fois avec la prorogation de son mandat.

Je ne peux qu’applaudir à la proposition du Secrétaire Général de l’ONU, sage, responsable et visionnaire car que resterait-t-il de la démocratie et de l’alternance au pouvoir si chacun refusait de céder une place conquise. M. Anan est dans ses droits naturellement en tant que Secrétaire Général de l’ONU. Je dirais même qu’il y a une connotation pédagogique dans sa déclaration. Et en tant qu’africain, il a un parti pris local (africain) et fait un clin d’œil à certains dirigeants africains.

Pour ce qui est de la position de Walid Joumblat, elle est cohérente et il est conséquent avec lui-même. C’est une position que nous partageons. Violer la Constitution n’est pas banal, ce n’est pas un péché mignon pour qu’on puisse tourner la page. On a assassiné la première fois la démocratie par cette expression : « pour une seule fois et exceptionnellement ». Or rien ne dure comme le provisoire et l’exceptionnel risque de se répéter à volonté lorsque les intérêts l’exigent :

  • Nomination de députés par cooptation;
  • Répétition, pour les 3 lois électorales passées, de la formule : «pour une seule fois et exceptionnellement».

Et on nous invite maintenant à l’aventure du sauvetage pour « l’édification de l’Etat de Droit et des Institutions ». Mais la question à laquelle ils ne répondent pas : édifier un Etat, sur quel droit, à partir du moment où la Loi fondamentale source des droits a été violée, transgressée, comme un chiffon.

Le Président et son entourage ne cessent de se vanter d’être ceux qui ont fait des choix stratégiques, exacts et salutaires auxquels ils tiennent. Ils nous invitent à faire partie de cette équipe. Nous comprenons cette invitation comme une invitation à une reddition inconditionnelle. Walid Joumblat a parlé de «suicide politique», quant à moi je parle de «reddition inconditionnelle»; nous passons l’éponge sur tout, nous nous agenouillons, nous rejoignons le Gouvernement et nous participons ainsi rétrospectivement aux crimes perpétrés.

Naufrage ou survie politique du régime ? Pour répondre à cette question, il faut deux conditions :

  • Sur le plan interne, l’opposition doit tenir bon, s’élargir et s’organiser.
  • Sur le plan externe, il faut que l’évolution reste dans le sens du droit, que le droit ne cède pas le pas aux marchandages sous la table.

Personnellement, je mise sur le plan interne beaucoup plus que sur le plan externe. Et j’ajoute que 3 ans sont déshonorants pour celui qui en profite et sont relativement courts pour peser lourd dans la balance du sort du Liban. L’opposition a la charge de transformer ces années imposées en une occasion pour forger une unité nationale sur les 3 constantes suivantes :

  • Une souveraineté libanaise qui n’est pas une négation de la relation amicale et équilibrée avec la Syrie car ce n’est pas incompatible;
  • L’unité nationale et la coexistence intercommunautaire;
  • La démocratie et les libertés.

J’accepterais bien 3 ans de souffrance si ces 3 piliers restaient intacts. C’est une condition sine qua non. En toute franchise, telle que je conçois la période à venir : priorité à la sauvegarde des acquis de l’opposition sur base de ces 3 piliers.

Si la conjoncture était favorable le régime en place ne pourrait que céder. Mais si elle n’était pas favorable et que les 3 piliers étaient revigorés, il serait possible (mais pas certain), qu’on puisse réaliser une percée et pousser à la démission du Président de la République.

Mais la priorité est au cumul de ces 3 piliers. Une démission portant préjudice à l’un de ces 3 piliers ne serait pas bienvenue.


M. Elias Abou Assi
Secrétaire Général du Parti National Libéral (PNL).

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