Washington
- Pour M. William Rugh, ancien ambassadeur des États-Unis auprès
du Yémen et des Émirats arabes unis et ancien directeur
du bureau de l'Agence d'information des États-Unis (USIA) chargé
du Proche-Orient et de l'Asie du Sud, la nomination de Mme Karen Hughes
en tant que secrétaire d'État adjointe pour la diplomatie
publique est une bonne nouvelle.
Le 16 mars, à
l'occasion d'un exposé aux journalistes qui portait sur la
diplomatie publique dans les mondes arabe et musulman, organisé
au Centre de la presse étrangère, à Washington,
M. Rugh s'est déclaré encouragé par le nouvel
intérêt qui est porté à la diplomatie publique,
et en particulier par l'importance donnée au Moyen-Orient,
même s'il entrevoit des écueils dans des initiatives
qui ne laissent espérer aucune solution rapide.
M. Rugh a émis
l'espoir que la nomination de Mme Hughes relancerait les efforts de
la part du gouvernement des États-Unis dans le domaine de la
diplomatie publique qui, selon lui, « est entravée pour
plusieurs raisons depuis une dizaine d'années, depuis la fin
de la guerre froide, et commence seulement à renaître
».
« Le public
américain et le Congrès des États-Unis décidèrent
que la diplomatie publique n'était plus nécessaire parce
que l'Union soviétique et le communisme à l'étranger
ne représentaient plus une menace. Il devint donc inutile de
financer la diplomatie publique. Et, durant les années 90,
le niveau du personnel et du financement de la diplomatie publique
furent réduits considérablement et ce niveau ne fut
jamais rétabli », a-t-il indiqué.
« Le renforcement
des mesures de sécurité dans les ambassades à
l'étranger a également gêné la conduite
de la diplomatie publique », a-t-il expliqué, faisant
valoir : « Il est très difficile de mener à bien
un programme de diplomatie publique à l'étranger si
vous êtes derrière un mur et derrière une barrière
de sécurité. »
La technologie
est aussi une entrave à la diplomatie publique. « La
télévision par satellite connaît une révolution,
de même que l'internet et les autres moyens de communication
et une cacophonie de mots inonde la sphère internationale si
bien qu'il est très difficile pour les professionnels de la
diplomatie publique de faire entendre leur voix », a-t-il déclaré.
Il pense que si
Mme Hughes « réussit à élever au niveau
de la Maison-Blanche l'importance de la diplomatie publique, les progrès
s'ensuivront ». Il a cependant fait remarquer que les efforts
ne doivent pas venir d'elle seule, que le Congrès doit appuyer
ce qu'elle souhaite entreprendre, qu'elle doit obtenir davantage de
ressources et mobiliser les spécialistes de la diplomatie publique.
L'opinion des
autres pays est aussi importante. « Le jour est révolu
depuis longtemps, s'il a jamais existé, où les opinions
étrangères n'avaient pas d'importance. Il faut aussi
que le président des États-Unis prête attention
à l'opinion étrangère car s'il a affaire au président
Moubarak, ou au président Bachar al-Assad, ou à n'importe
lequel des dirigeants du Moyen-Orient, il lui faut savoir le poids
que ces derniers attachent à leur opinion publique. Ceci revêt
une très grande importance pour l'élaboration d'une
politique. Il ne faut pas qu'il perde cela de vue », a expliqué
M. Rugh.
Il faut en outre
que la diplomatie publique garde à l'esprit les objectifs à
long terme et qu'elle ne se limite pas à « expliquer
aujourd'hui la politique du jour ». L'appréciation des
États-Unis, même si la politique du pays déplaît,
a-t-il affirmé, « repose sur un processus d'éducation
à long terme, sur la lecture de livres et de publications,
sur la projection de films, et surtout, sur des échanges interpersonnels
entre Américains et étrangers ».
Le 22 mars 2005
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