Sous
la pression conjuguée de Nasser, des fedayin palestiniens
déjà largement infiltrés par la frontière
syrienne, ainsi que de la faction libanaise farouchement favorable
à ces derniers, l’Accord fut signé le 3
Novembre 1969.
La
liberté de mouvement de l’OLP y est clairement stipulée,
conjointement à la formule hypocrite suivante à la
fin de chaque clause : « avec la sauvegarde et l’intangibilité
de la souveraineté libanaise ». Une véritable
dérision !
En
fait, cette souveraineté fut de plus en plus entamée
: les miliciens palestiniens armés prirent leur liberté
sans se gêner, se déplaçant en armes dans leurs
jeeps y compris dans les agglomérations, arrêtant parfois
des Libanais pour vérifier leur identité.
Aujourd’hui,
les islamo-gauchistes libanais, qui avaient fait la plus forte pression
sur leur gouvernement pour la libre action des milices armées
palestiniennes, reconnaissent sans ambages (serait-ce leur mea-culpa
?) que l’OLP était devenue un Etat dans l’Etat,
ayant même sa propre organisation administrative. Au point
que les observateurs appelèrent par dérision FATHLAND
(3) la zone au Sud-Liban évacuée
par l’armée libanaise et laissée à l’activité
des Palestiniens, du nom de la branche la plus importante de l’OLP,
le Fath commandé par Yasser Arafat.
Dès
lors, les Palestiniens s’installèrent militairement
sur la frontière Sud, décidant souverainement –
arbitrairement – des « opérations » ou
incursions en territoire Israélien, lesquelles provoquaient
sans coup férir les représailles des forces adverses
en territoire libanais. Cet état de guerre non déclaré
eut des conséquences dévastatrices pour les habitants
du Sud-Liban déjà ignorés depuis des années
par leur propre gouvernement. On n’oublie pas les images pitoyables
des villageois libanais chassés de leurs gîtes, par
centaines de mille, et venir grossir la densité de la banlieue
de Beyrouth déjà défavorisée, ainsi
que de la Quarantaine et de Jisr-el-Bacha ? Mais les fedayin, forts
d’avoir officiellement les coudées franches au Liban
après le 3 Novembre 1969, avaient également
leur base principale en Jordanie.
O
L P / Jordanie – Septembre Noir (1970)
Ils
se servaient de ce pays comme « sanctuaire » idéal
pour mener des raids contre Israël et se réfugier aussitôt
derrière la frontière. Mais le roi Hussein ne put
tolérer indéfiniment ces provocations qui exposaient
dangereusement la sécurité de son pays. Etant chef
d’Etat musulman, il pouvait sans s’exposer à
la colère et aux sanctions des pays arabes, se permettre
d’attaquer les Palestiniens (ce qui était loin d’être,
hélas, le cas du Liban facilement vilipendé et accusé
de tiédeur pour les causes arabes et musulmanes).
Et
ce fut le sinistre et sanglant « Septembre Noir », lorsque
la puissante armée jordanienne, sous les ordres du Premier
ministre Wasfi Tall, donna l’assaut contre les milices palestiniennes.
Celles-ci ayant subi de très sévères pertes,
affluèrent vers le Liban à travers la Syrie, augmentant
de façon redoutable le nombre des forces armées palestiniennes.
Le
Liban, à son corps défendant, est impliqué
dans le conflit, alors que les Pays Arabes sont les imperturbables
spectateurs indolents.
Pris
entre les fedayin et Israël, le Liban devenait impliqué
inévitablement. La zone Sud était de plus en plus
harcelée par les affrontements fedayin-israéliens.
D’autre part, les camps de réfugiés palestiniens
étaient devenus de véritables retranchements armés,
depuis le camp de Nahr-el-Bared au Nord jusqu’à celui
de Ain-el-Héloué au Sud, en passant par les camps
de Beyrouth, dont le redoutable camp-forteresse de Tell-Zaatar en
pleine zone chrétienne.
L’arrogance
des Palestiniens armés n’avait plus de bornes. Le secrétaire
de l’OLP, Abou-Ayad, est allé même jusqu’à
déclarer en 1976, « La route de Jérusalem
passe par Jounieh ».
La
première étincelle prémonitoire des troubles
imminents éclata le 25 Février 1975 : Une
société implantée à Saida et pratiquant
la pêche selon des méthodes rationnelles était
accusée de monopole par les syndicats de pêcheurs soutenus
par les Palestiniens. Une grande manifestation fut organisée,
un leader libanais (Maarouf Saad) marchant en tête du cortège
canalisé par les forces de l’ordre (comprenant des
éléments de l’armée). Un coup de feu
partit, tuant Saad (on soupçonne les Palestiniens ou des
comparses).
Immédiatement,
sans attendre d’enquête, les opposants incriminèrent
l’armée et l’officier commandant le détachement
fut sanctionné. Dès lors, les empiètements
de l’OLP se multiplièrent. Les dates de «commémoration»,
de plus en plus fréquentes, étaient une occasion de
manifester leur force et de défiler en armes.
On
en arriva au fameux incident du 13 Avril 1975, dont les
circonstances ont toujours été contestées,
mais auquel les « bien pensants » attribuent la cause
de la guerre au Liban. Prétendre cela est aussi absurde que
de dire que l’assassinat à Sarajevo de l’archiduc
François-Ferdinand le 28 Juin 1914 a été
la cause de la Guerre Mondiale.
Au
départ, les affrontements s’étaient limités
entre milices chrétiennes et Palestiniens sans immixtion
des musulmans : Cela est tellement vrai que des témoins
traversant d’Achrafieh (Beyrouth-Est) à Sanayeh (Beyrouth-Ouest),
le lendemain du 13 Avril 1975 et passant devant la grande
mosquée de Basta, furent interpellés par des gamins
musulmans qui jouaient dans la rue et qui leur conseillèrent
d’un ton complice : « N’allez pas par ici, ça
barde entre Kataeb et Palestiniens. Prenez cette autre route ».
3*
Ce sobriquet a été consacré par l'usage et
il est utilisé encore aujord'hui, même par les ex-supporters
de l'OLP, pour désigner une zone libanaise dont est absente
la souveraineté de l'Etat. |