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LIBAN
Survol de Trente Années Tragiques

M. Albert Sara

Accord du Caire - Fathland

Sous la pression conjuguée de Nasser, des fedayin palestiniens déjà largement infiltrés par la frontière syrienne, ainsi que de la faction libanaise farouchement favorable à ces derniers, l’Accord fut signé le 3 Novembre 1969.

La liberté de mouvement de l’OLP y est clairement stipulée, conjointement à la formule hypocrite suivante à la fin de chaque clause : « avec la sauvegarde et l’intangibilité de la souveraineté libanaise ». Une véritable dérision !

En fait, cette souveraineté fut de plus en plus entamée : les miliciens palestiniens armés prirent leur liberté sans se gêner, se déplaçant en armes dans leurs jeeps y compris dans les agglomérations, arrêtant parfois des Libanais pour vérifier leur identité.

Aujourd’hui, les islamo-gauchistes libanais, qui avaient fait la plus forte pression sur leur gouvernement pour la libre action des milices armées palestiniennes, reconnaissent sans ambages (serait-ce leur mea-culpa ?) que l’OLP était devenue un Etat dans l’Etat, ayant même sa propre organisation administrative. Au point que les observateurs appelèrent par dérision FATHLAND (3) la zone au Sud-Liban évacuée par l’armée libanaise et laissée à l’activité des Palestiniens, du nom de la branche la plus importante de l’OLP, le Fath commandé par Yasser Arafat.

Dès lors, les Palestiniens s’installèrent militairement sur la frontière Sud, décidant souverainement – arbitrairement – des « opérations » ou incursions en territoire Israélien, lesquelles provoquaient sans coup férir les représailles des forces adverses en territoire libanais. Cet état de guerre non déclaré eut des conséquences dévastatrices pour les habitants du Sud-Liban déjà ignorés depuis des années par leur propre gouvernement. On n’oublie pas les images pitoyables des villageois libanais chassés de leurs gîtes, par centaines de mille, et venir grossir la densité de la banlieue de Beyrouth déjà défavorisée, ainsi que de la Quarantaine et de Jisr-el-Bacha ? Mais les fedayin, forts d’avoir officiellement les coudées franches au Liban après le 3 Novembre 1969, avaient également leur base principale en Jordanie.

O L P / Jordanie – Septembre Noir (1970)

Ils se servaient de ce pays comme « sanctuaire » idéal pour mener des raids contre Israël et se réfugier aussitôt derrière la frontière. Mais le roi Hussein ne put tolérer indéfiniment ces provocations qui exposaient dangereusement la sécurité de son pays. Etant chef d’Etat musulman, il pouvait sans s’exposer à la colère et aux sanctions des pays arabes, se permettre d’attaquer les Palestiniens (ce qui était loin d’être, hélas, le cas du Liban facilement vilipendé et accusé de tiédeur pour les causes arabes et musulmanes).

Et ce fut le sinistre et sanglant « Septembre Noir », lorsque la puissante armée jordanienne, sous les ordres du Premier ministre Wasfi Tall, donna l’assaut contre les milices palestiniennes. Celles-ci ayant subi de très sévères pertes, affluèrent vers le Liban à travers la Syrie, augmentant de façon redoutable le nombre des forces armées palestiniennes.

Le Liban, à son corps défendant, est impliqué dans le conflit, alors que les Pays Arabes sont les imperturbables spectateurs indolents.

Pris entre les fedayin et Israël, le Liban devenait impliqué inévitablement. La zone Sud était de plus en plus harcelée par les affrontements fedayin-israéliens. D’autre part, les camps de réfugiés palestiniens étaient devenus de véritables retranchements armés, depuis le camp de Nahr-el-Bared au Nord jusqu’à celui de Ain-el-Héloué au Sud, en passant par les camps de Beyrouth, dont le redoutable camp-forteresse de Tell-Zaatar en pleine zone chrétienne.

L’arrogance des Palestiniens armés n’avait plus de bornes. Le secrétaire de l’OLP, Abou-Ayad, est allé même jusqu’à déclarer en 1976, « La route de Jérusalem passe par Jounieh ».

La première étincelle prémonitoire des troubles imminents éclata le 25 Février 1975 : Une société implantée à Saida et pratiquant la pêche selon des méthodes rationnelles était accusée de monopole par les syndicats de pêcheurs soutenus par les Palestiniens. Une grande manifestation fut organisée, un leader libanais (Maarouf Saad) marchant en tête du cortège canalisé par les forces de l’ordre (comprenant des éléments de l’armée). Un coup de feu partit, tuant Saad (on soupçonne les Palestiniens ou des comparses).

Immédiatement, sans attendre d’enquête, les opposants incriminèrent l’armée et l’officier commandant le détachement fut sanctionné. Dès lors, les empiètements de l’OLP se multiplièrent. Les dates de «commémoration», de plus en plus fréquentes, étaient une occasion de manifester leur force et de défiler en armes.

On en arriva au fameux incident du 13 Avril 1975, dont les circonstances ont toujours été contestées, mais auquel les « bien pensants » attribuent la cause de la guerre au Liban. Prétendre cela est aussi absurde que de dire que l’assassinat à Sarajevo de l’archiduc François-Ferdinand le 28 Juin 1914 a été la cause de la Guerre Mondiale.

Au départ, les affrontements s’étaient limités entre milices chrétiennes et Palestiniens sans immixtion des musulmans : Cela est tellement vrai que des témoins traversant d’Achrafieh (Beyrouth-Est) à Sanayeh (Beyrouth-Ouest), le lendemain du 13 Avril 1975 et passant devant la grande mosquée de Basta, furent interpellés par des gamins musulmans qui jouaient dans la rue et qui leur conseillèrent d’un ton complice : « N’allez pas par ici, ça barde entre Kataeb et Palestiniens. Prenez cette autre route ».

3* Ce sobriquet a été consacré par l'usage et il est utilisé encore aujord'hui, même par les ex-supporters de l'OLP, pour désigner une zone libanaise dont est absente la souveraineté de l'Etat.

   

* Prochaine communication:
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