En
envahissant le Liban, les dirigeants israéliens avaient planifié
que Béchir Gemayel, une fois arrivé au pouvoir, signerait
sans retard un accord de Paix, nonobstant toute opposition possible.
Signalons que depuis l’invasion, les services israéliens
exerçaient discrètement mais très efficacement
une surveillance sur la sécurité de Béchir
Gemayel contre les divers complots qui le menaçaient. Or
celui-ci, héraut de l’unité du Liban des 10.452
km2 et de son peuple, ne concevait aucun accord
avec les voisins que sur consultation et accord des leaders musulmans
avec qui d’ailleurs, il avait pris langue.
Lorsque
les Israéliens réalisèrent que Béchir
n’allait pas changer de position, ils cessèrent toute
surveillance (celle-ci aurait-elle pu faire échouer l’attentat
?).
Or,
la Syrie n’avait jamais abandonné son projet de se
débarrasser de Béchir. Son parti infiltré au
Liban, le P.P.S. (Parti Populaire Syrien), avait de nombreux
adhérents clandestins. L’un d’entre eux, qui
fit des aveux complets, préparait son coup depuis des mois.
Il a trouvé un jour propice pour perpétrer son crime
: le mardi 14 septembre 1982. Durant la réunion
hebdomadaire de Béchir avec son équipe de travail
au siège des Forces Libanaises, une explosion d’une
puissance exceptionnelle fit sauter l’immeuble et emporta
tous ses occupants. Le Liban était, encore une fois, frappé
par une catastrophe au moment même où l’espoir
d’une vie nouvelle commençait à se concrétiser.
Le
15 septembre 1982, l’armée israélienne
commença son entrée à Beyrouth Ouest et prit
position autour des camps palestiniens de Sabra et de Shatila. Le
16 septembre, des milices des Forces Libanaises conduites
par Elie Hobeika et supervisées par Ariel Sharon et ses hommes,
pénétrèrent dans les camps et massacrèrent,
48 heures durant, les civils palestiniens sous la surveillance des
Israéliens. Plus de 800 cadavres furent recensés.
La commission israélienne Kahan a établi, sans l’ombre
d’un doute, la responsabilité, au moins indirecte,
d’Ariel Sharon qui fut forcé de démissionner
de son poste de ministre de la Défense.
Vu
la popularité que Béchir avait acquise, son frère
aîné Amine, se trouvait naturellement propulsé
comme successeur à la Présidence.
Amine
Gemayel n’avait rien du charisme et de l’esprit visionnaire
de son frère. Il n’avait ni sa popularité, ni
son autorité morale. Il avait toujours suivi les lignes de
la politique traditionnelle du pays, politique qui avait largement
contribué à la dégradation de la situation
au Liban. De plus, Damas préférait nettement un politicien
« traditionnel » à un jeune loup réformateur.
Amine
Gemayel fut donc élu à la Présidence de la
République. |