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LIBAN
Survol de Trente Années Tragiques

M. Albert Sara

Béchir assassiné - Peuple désemparé

En envahissant le Liban, les dirigeants israéliens avaient planifié que Béchir Gemayel, une fois arrivé au pouvoir, signerait sans retard un accord de Paix, nonobstant toute opposition possible. Signalons que depuis l’invasion, les services israéliens exerçaient discrètement mais très efficacement une surveillance sur la sécurité de Béchir Gemayel contre les divers complots qui le menaçaient. Or celui-ci, héraut de l’unité du Liban des 10.452 km2 et de son peuple, ne concevait aucun accord avec les voisins que sur consultation et accord des leaders musulmans avec qui d’ailleurs, il avait pris langue.

Lorsque les Israéliens réalisèrent que Béchir n’allait pas changer de position, ils cessèrent toute surveillance (celle-ci aurait-elle pu faire échouer l’attentat ?).

Or, la Syrie n’avait jamais abandonné son projet de se débarrasser de Béchir. Son parti infiltré au Liban, le P.P.S. (Parti Populaire Syrien), avait de nombreux adhérents clandestins. L’un d’entre eux, qui fit des aveux complets, préparait son coup depuis des mois. Il a trouvé un jour propice pour perpétrer son crime : le mardi 14 septembre 1982. Durant la réunion hebdomadaire de Béchir avec son équipe de travail au siège des Forces Libanaises, une explosion d’une puissance exceptionnelle fit sauter l’immeuble et emporta tous ses occupants. Le Liban était, encore une fois, frappé par une catastrophe au moment même où l’espoir d’une vie nouvelle commençait à se concrétiser.

Le 15 septembre 1982, l’armée israélienne commença son entrée à Beyrouth Ouest et prit position autour des camps palestiniens de Sabra et de Shatila. Le 16 septembre, des milices des Forces Libanaises conduites par Elie Hobeika et supervisées par Ariel Sharon et ses hommes, pénétrèrent dans les camps et massacrèrent, 48 heures durant, les civils palestiniens sous la surveillance des Israéliens. Plus de 800 cadavres furent recensés. La commission israélienne Kahan a établi, sans l’ombre d’un doute, la responsabilité, au moins indirecte, d’Ariel Sharon qui fut forcé de démissionner de son poste de ministre de la Défense.

Vu la popularité que Béchir avait acquise, son frère aîné Amine, se trouvait naturellement propulsé comme successeur à la Présidence.

Amine Gemayel n’avait rien du charisme et de l’esprit visionnaire de son frère. Il n’avait ni sa popularité, ni son autorité morale. Il avait toujours suivi les lignes de la politique traditionnelle du pays, politique qui avait largement contribué à la dégradation de la situation au Liban. De plus, Damas préférait nettement un politicien « traditionnel » à un jeune loup réformateur.

Amine Gemayel fut donc élu à la Présidence de la République.

   

* Prochaine communication:
  
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