Le
Président syrien était toujours remercié
par les gouvernements étrangers pour sa « coopération
», tandis que le Liban perdait de plus en plus toute crédibilité
internationale. La Middle East Airline (MEA) qui venait d’établir
une connexion directe de Beyrouth à New York, se vit interdire
l’atterrissage sur le sol US (depuis 1985 jusqu’à
présent) et Washington décréta qu’il
était illégal pour un citoyen américain d’aller
au Liban. Des Libanais, détenteurs de la double nationalité
(américaine et libanaise) se virent arrêtés
à leur retour de vacances par les autorités américaines,
ayant commis le crime d’aller au Liban visiter leurs familles.
Les chancelleries étrangères refusèrent d’octroyer
des visas aux Libanais ou rendirent leur obtention longue et difficile.
Tout ceci accentua encore l’isolation du Liban qui s’enfonçait
de plus en plus dans un marasme jamais vu.
En
Février 1985, les Israéliens voulaient
dégager leur armée du guêpier libanais et
opérer un retrait en remettant leurs positions aux autorités
militaires libanaises. Après les premières réunions
des officiers des deux parties, le chef du gouvernement libanais,
Rachid Karamé, considéra intolérable que
des officiers de « son » armée coopèrent
avec l’ennemi, même sur un plan strictement technique
et militaire. Il donna donc l’ordre à ses officiers
de ne plus se rendre aux réunions. Devant cette attitude
négative, les Israéliens réagirent en évacuant
brusquement (comme ils l’avaient fait au Chouf en 1983)
ce qui restait de territoire occupé, gardant une «
zone de sécurité » confiée au général
libanais dissident Antoine Lahd, successeur de feu le major Saad
Haddad, lequel a constitué l’Armée du
Liban Sud (ALS).
Malheureusement,
Rachid Karamé n’avait pas mesuré les conséquences
de son comportement irréfléchi, décidé
sous l’effet de l’humeur d’un nationalisme de
parade plutôt que de la raison ; car ce brusque retrait
laissait la porte ouverte à un retour de la tragédie
du Chouf (1983, retrait israélien inopiné
laissant les druzes maîtres de la situation) : Massacres
de chrétiens, exodes par dizaines de mille de la population
du Liban-Sud et des environs de Saida.
Néanmoins,
les interminables négociations pour ramener la paix reprenaient
constamment et l’on était arrivé au printemps
1988 avec la proche expiration du sexennat de Gemayel. Sleiman
Frangieh qui avait rompu avec le Front Libanais dix ans plus tôt
et faisait allégeance à la Syrie, manifesta son
intention de candidature à la présidence, chose
absolument inacceptable pour les Forces Libanaises, avec Samir
Geagea à leur tête.
Le
dernier délai accordé aux parlementaires par la
constitution pour procéder à l’élection
présidentielle étant d’un mois avant la fin
du sexennat en cours, le parlement fut convoqué le 20
Août 1988. Comme les Forces Libanaises tenaient toute
la zone libre de l’occupation syrienne, elles empêchèrent
les députés d’arriver au parlement pour la
séance électorale. Ainsi, on vit venir l’expiration
du sexennat de Gemayel sans l’élection d’un
nouveau président. Des noms de plusieurs candidats furent
proposés et faisaient l’objet de négociations
pour obtenir l’aval de la Syrie et de l’administration
américaine.
Or,
la Constitution prévoit que pour pallier le vide du pouvoir,
le président sortant doit nommer un Président du
Conseil des ministres qui assume tous les pouvoirs présidentiels
et forme un gouvernement ayant pour mission de re-convoquer le
parlement pour élire un nouveau Président de la
République.
Quelques
instants avant minuit, le 21 septembre 1988, Amine Gemayel
apposa sa dernière signature sur le dernier document légal
: le Décret nommant Président du Conseil des ministres
le commandant en chef de l’armée, le général
Michel Aoun.