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LIBAN
Survol de Trente Années Tragiques

M. Albert Sara

L'expiration du mandat d'Amine Gemayel
se profile à l'horizon
Derniers retraits israéliens suivis de
massacre et d'exode de chrétiens du sud

La dernière partie du sexennat d’Amine Gemayel se signala par une anarchie et une insécurité grandissantes. Celles-ci étaient marquées par des prises d’otages occidentaux (professeurs d’université, hommes d’affaires, journalistes, clergyman …), de détournements d’avion sur Beyrouth et d’absence totale de l’autorité du gouvernement. Les otages étaient maintenus dans des conditions inhumaines pour finir parfois exécutés sommairement. Quand les prises d’otages se terminaient par des négociations avec les gouvernements concernés, elles se concluaient par des libérations à Damas même et étaient largement médiatisées au profit de la Syrie.

Le Président syrien était toujours remercié par les gouvernements étrangers pour sa « coopération », tandis que le Liban perdait de plus en plus toute crédibilité internationale. La Middle East Airline (MEA) qui venait d’établir une connexion directe de Beyrouth à New York, se vit interdire l’atterrissage sur le sol US (depuis 1985 jusqu’à présent) et Washington décréta qu’il était illégal pour un citoyen américain d’aller au Liban. Des Libanais, détenteurs de la double nationalité (américaine et libanaise) se virent arrêtés à leur retour de vacances par les autorités américaines, ayant commis le crime d’aller au Liban visiter leurs familles. Les chancelleries étrangères refusèrent d’octroyer des visas aux Libanais ou rendirent leur obtention longue et difficile. Tout ceci accentua encore l’isolation du Liban qui s’enfonçait de plus en plus dans un marasme jamais vu.

En Février 1985, les Israéliens voulaient dégager leur armée du guêpier libanais et opérer un retrait en remettant leurs positions aux autorités militaires libanaises. Après les premières réunions des officiers des deux parties, le chef du gouvernement libanais, Rachid Karamé, considéra intolérable que des officiers de « son » armée coopèrent avec l’ennemi, même sur un plan strictement technique et militaire. Il donna donc l’ordre à ses officiers de ne plus se rendre aux réunions. Devant cette attitude négative, les Israéliens réagirent en évacuant brusquement (comme ils l’avaient fait au Chouf en 1983) ce qui restait de territoire occupé, gardant une « zone de sécurité » confiée au général libanais dissident Antoine Lahd, successeur de feu le major Saad Haddad, lequel a constitué l’Armée du Liban Sud (ALS).

Malheureusement, Rachid Karamé n’avait pas mesuré les conséquences de son comportement irréfléchi, décidé sous l’effet de l’humeur d’un nationalisme de parade plutôt que de la raison ; car ce brusque retrait laissait la porte ouverte à un retour de la tragédie du Chouf (1983, retrait israélien inopiné laissant les druzes maîtres de la situation) : Massacres de chrétiens, exodes par dizaines de mille de la population du Liban-Sud et des environs de Saida.

Néanmoins, les interminables négociations pour ramener la paix reprenaient constamment et l’on était arrivé au printemps 1988 avec la proche expiration du sexennat de Gemayel. Sleiman Frangieh qui avait rompu avec le Front Libanais dix ans plus tôt et faisait allégeance à la Syrie, manifesta son intention de candidature à la présidence, chose absolument inacceptable pour les Forces Libanaises, avec Samir Geagea à leur tête.

Le dernier délai accordé aux parlementaires par la constitution pour procéder à l’élection présidentielle étant d’un mois avant la fin du sexennat en cours, le parlement fut convoqué le 20 Août 1988. Comme les Forces Libanaises tenaient toute la zone libre de l’occupation syrienne, elles empêchèrent les députés d’arriver au parlement pour la séance électorale. Ainsi, on vit venir l’expiration du sexennat de Gemayel sans l’élection d’un nouveau président. Des noms de plusieurs candidats furent proposés et faisaient l’objet de négociations pour obtenir l’aval de la Syrie et de l’administration américaine.

Or, la Constitution prévoit que pour pallier le vide du pouvoir, le président sortant doit nommer un Président du Conseil des ministres qui assume tous les pouvoirs présidentiels et forme un gouvernement ayant pour mission de re-convoquer le parlement pour élire un nouveau Président de la République.

Quelques instants avant minuit, le 21 septembre 1988, Amine Gemayel apposa sa dernière signature sur le dernier document légal : le Décret nommant Président du Conseil des ministres le commandant en chef de l’armée, le général Michel Aoun.

   

* Prochaine communication:
  
 Le Général Aoun au pouvoir.   Cliquez ici

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