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LIBAN
Survol de Trente Années Tragiques

M. Albert Sara

Guerre catastrophique inter-chrétienne

Mais, dans la zone Est du pays, dite zone chrétienne, une dualité existait déjà avec le Général Aoun du fait que les Forces Libanaises (FL) de Samir Geagea se considéraient elles-mêmes comme étant un « pouvoir légitime ». Elles acceptèrent implicitement ce qu’on appelle désormais l’accord de Taef et vivaient dans la méfiance de se voir « éliminés » par Aoun, qui réalisa qu’en pratique, on ne peut gouverner qu’avec une organisation unifiée des forces agissantes.

Le 30 Janvier 1990, les FL firent exploser le conflit avec l’armée régulière, proclamant qu’elles se défendaient contre « la guerre de l’élimination » préparée par le Général Aoun.

Ce fut la guerre inter chrétienne, sans doute l’épisode le plus tragique des quinze années de guerre au Liban : combats fratricides des plus meurtriers, destructions de villages et quartiers chrétiens, séparation de familles et surtout affaiblissement du camp chrétien.

Cet épisode dura jusqu’à fin Avril 1990, lorsque le Pape intervint personnellement et chargea le patriarche maronite, venu à Rome, d’un message aux parties, auquel personne ne put résister.

Le Régime de Taef établi manu militari

Mais les troubles ne cessèrent malheureusement pas à l’issue de ce conflit inter chrétien.

Sur l’ensemble de la scène libanaise, l’affrontement entre la nouvelle république de Taef et l’autorité du pouvoir du Général Aoun devenait inévitable et l’on n’aurait pas pu imaginer comment éviter une conflagration en règle.

Or la Syrie qui couvait le gouvernement issu de Taef, se voyait toujours interdire par les puissances internationales l’emploi de son armée aérienne pour écarter Aoun. Sur le terrain, elle ne pouvait plus mener une guerre ouverte, l’ONU devant veiller sur la paix.

Il aura fallu la Guerre du Golf pour que la situation changeât : La campagne « Desert Storm » (Tempête du désert) prêchée par les Etats-Unis pour embrigader les membres de l’ONU, Ouest comme Est, contre l’Irak qui a envahi le Koweït, finit par amener la Syrie à se joindre à l’entreprise, mais avec un « marché » conclu entre Hafez El-Assad et George Bush, impliquant que la Syrie aurait le feu vert pour attaquer le Liban par terre et par air et installer ainsi le pouvoir né de Taef.

Dans la nuit du 13 Octobre 1990, l’armée syrienne passa à l’attaque pendant que son aviation se déchaînait dans le ciel libanais.

Le Général Aoun jugeant toute résistance impossible, décida de donner l’ordre de cessez-le-feu. Mais ses consignes ne purent être données, les communications ayant été coupées. Aoun gagna l’ambassade de France toute voisine pour donner les ordres de là-bas et retourner ensuite au palais présidentiel afin de livrer le pouvoir aux nouvelles autorités. Trop tard ! L’aviation avait déjà bombardé le palais et les forces syriennes l’avaient investi.

Le Général ne put donc regagner Baabda. Il dut à partir de l’ambassade ordonner à l’armée de cesser le feu et de se mettre sous les ordres du Général Emile Lahoud.

Cela n’a pas empêché le « porte-parole » de service de prétendre que le Général Aoun s’était réfugié à l’ambassade sans assurer la sécurité de sa famille et que ce sont les forces syriennes envahissantes qui ont mis celle-ci en lieu sûr…


   

* Prochaine communication:
  
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