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LIBAN
Survol de Trente Années Tragiques

M. Albert Sara

1998 : Nomination d'Emile Lahoud
par Hafez El-Assad

Un évènement mérite toutefois d'être signalé :

Le mandat du Président Hraoui devait se terminer en Septembre 1995. Une réélection ou une prorogation du mandat de Hraoui étaient anticonstitutionnelles. La Syrie, satisfaite de ses performances, voulut lui proroger son mandat, passant outre aux dispositions constitutionnelles qui excluaient un tel cas de figure.

En Août 1995, le Général Ghazi Kanaan, chef de la sécurité syrienne au Liban et considéré comme le « haut-commissaire » de la Syrie au Liban, déclara à l'improviste au cours d'un dîner : « Les députés vont voter à main levée la prorogation du mandat de Hraoui ! ». Deux semaines plus tard, le président Assad au cours d'un voyage en Egypte, jeta incidemment : « Le désir du peuple libanais est de proroger le mandat du Président Hraoui ! » ; Suite à ces deux messages, on ne peut plus clairs, les députés dociles s'exécutèrent et votèrent à main levée la modification de la Constitution pour permettre exceptionnellement la prorogation du mandat de Hraoui pour 3 ans. Ce dernier régna donc 9 ans. Du jamais vu dans l'Histoire du Liban.

Vers la fin du mandat de Hraoui mi 1998, alors que traditionnellement devait commencer la chaude « bataille des noms » de la candidature à la présidence, les milieux politiques restèrent totalement passifs attendant les instructions de Damas.

Des rumeurs circulaient sur le nom du candidat de la Syrie, le commandant en chef de l'Armée le Général Emile Lahoud. Mais, à nouveau un obstacle constitutionnel de taille barrait la route à sa nomination : suivant l'article 49 de la Constitution, il est interdit à un fonctionnaire de la 1 ère catégorie (donc à un général) de se présenter à la Présidence de la République, à moins d'avoir démissionné de son poste six mois avant la date des élections. Cela tranquillisa les nombreux opposants à la candidature de Lahoud, notamment la majorité de la Chambre.

Au moment propice, Hafez El-Assad annonça sa décision de nommer Emile Lahoud à la présidence de la république et donna encore une fois la recette pour surmonter l'obstacle constitutionnel.

Au risque de longueurs, il est intéressant – et piquant – de lire, de l'aveu même de l'ex-président Hraoui, comment Hafez El-Assad décida et fit exécuter l'élection d'Emile Lahoud comme Président de la République libanaise. Le récit est fait par Elias Hraoui lui-même, dans son livre de mémoires paru fin Juin 2002, avec de larges extraits publiés dans des numéros successifs d'Annahar. Voici un passage traduit littéralement du dernier extrait daté du 27 Juin 2002. En grosse manchette, sur toute la largeur de la page 13, le journal rapporte la phrase même du président Hraoui : « Assad m'a requis l'amendement de la Constitution pour permettre l'élection du Général Lahoud président ».

« J’ai demandé deux fois un rendez-vous au président Hafez El-Assad sans résultat… La rencontre eut lieu finalement le 5 octobre 1998… Le Président syrien m’a abordé en me disant que les divers rapports qui lui étaient parvenus sur la situation au Liban ainsi que les divers sondages qu’il a effectués auprès de l’opinion publique (libanaise), indiquaient unanimement que le peuple libanais, dans son écrasante majorité, veut le général Emile Lahoud comme Président de la République et que, quant à lui, il était avec la volonté du peuple qu’il est inévitable d’accomplir. Il a donc demandé de modifier l’article 49 de la Constitution qui interdit, durant la durée de leurs fonctions, l’élection des fonctionnaires de la première catégorie, afin de rendre possible l’élection du commandant de l’armée comme président.

… » Le Président Assad a réitéré plus d’une fois la nécessité d’accéder à la volonté du peuple et ce, durant les trois réunions que nous avons tenues ce jour là, l’une au cours d’un repas avec tous les grands du régime en Syrie, ceci pour réaffirmer que son choix est définitif ».

Aussitôt connue la volonté du Président Assad, la Chambre des députés s’est réunie en deux temps entre le 10 et le 15 Octobre 1998 :

Elle vota d’abord la modification de l’article 49 de la Constitution permettant ainsi au Général Lahoud d’être un candidat légal à la présidence ;

Elle élut à la quasi-unanimité le candidat unique à la présidence : le Général Emile Lahoud.

Passons sur les détails de l’exécution docile des desiderata du « patron » et du vote « bénévole » de l’amendement de la Constitution avec les explications données, sans états d’âme, par les responsables libanais comme M. Elie Ferzli, Vice-président de la Chambre, affirmant que l’élection du Général Lahoud était vraiment la volonté unanime du peuple (…). Citons plutôt cette réflexion d’une journaliste : « Tout cela on le savait. Mais n’aurait-il pas mieux valu préserver un peu la dignité des députés et par conséquent celle du peuple tout entier ? » (Scarlett Haddad, « Un Parlement Souverain » dans l’Orient-Le Jour, 8-10-98).

   

* Prochaine communication:
  
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