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LIBAN
Survol de Trente Années Tragiques

M. Albert Sara

Opposition Syrienne

L’accord du 17 Mai paraissait le meilleur qu’il fût possible d’obtenir après une longue négociation dans laquelle l’envoyé américain Morris Draper se dépensa. L’approbation au Liban fut générale et la Chambre des députés, malgré l’opposition syrienne, vota la ratification du texte que le gouvernement lui avait transmis. Il ne restait plus que la dernière signature : celle d’Amine Gemayel, Président de la République, pour que le texte devienne un traité engageant le Liban. Alors que les Libanais étaient certains que Gemayel allait immédiatement approuver ce que ses députés avaient déjà ratifié, ils furent choqués de savoir qu’il retardait cette signature historique et en fait, attendait la permission de Damas.

Vu l’importance que donnait l’Amérique à la signature de la Paix et après avoir constaté les tergiversations de la Syrie, le président américain Reagan proposa l’envoi de juristes à Damas, chargés d’expliquer certaines clauses au président Assad. Encore des tergiversations, puis réception des juristes envoyés par Reagan. Et la réponse officielle sortit enfin : l’accord était rejeté … Pour Assad, en effet, il était impensable que le Liban pût sortir de son orbite et conclure tout seul un accord international.

Immédiatement, ses mots d’ordre furent transmis au Liban et les porte-parole « de service », obéissant au doigt et à l’œil, commencèrent à claironner leur hostilité à l’accord. Walid Joumblatt à qui l’assassinat de son père fut une leçon bien apprise, constitua un « Front de Salut National » dont le but fut de combattre l’accord du 17 Mai, «l’accord de la trahison».

Intimidé par la pression syrienne, Gemayel ne signa pas et voyagea aux Etats-Unis espérant un appui américain énergique pour faire aboutir cet accord. Pendant qu’il était à la Maison Blanche, Gemayel fit des déclarations maladroites qui embarrassèrent Reagan et démontrèrent qu’il n’avait pas la stature de l’homme de l’heure. Il ne récolta que de bonnes paroles.

Dès lors, il fallut composer, « aller à Canossa », c.a.d. à Damas et finir par annuler l’accord du 17 Mai. C’est ce que Amine Gemayel fit au début de Mars 1984, enterrant, une fois pour toutes les espoirs de Paix tant attendue.

Par ailleurs, le gouvernement ne pouvant pas maîtriser la situation, les échanges de tir continuaient entre Est et Ouest, les tentatives de cessez-le-feu échouaient comme par le jeu d’une main invisible. Certains accords duraient moins de quelques heures et l’expression « cessez-le-feu » devint une dérision. Damas, qui certainement tirait les ficelles, assistait en spectateur, attendant de voir les protagonistes libanais solliciter son intervention.

Finalement, une conférence « libano libanaise » ( ! ) avec les « bons offices » de Abdel Halim Khaddam(10) fut organisé à Genève pour fin Octobre 1983.

Mais les discours et palabres de Genève étaient d’avance voués à l’échec : du côté musulman, un sage comme le président Saëb Salam, énuméra les Constantes libanaises (reprenant les principes du Pacte National de 1943), acceptables par tous les Libanais. Mais il y avait aussi deux ministres : Nabih Berry, chef de la milice chiite Amal et Walid Joumblatt, chef de la milice druze que Gemayel avait dû inclure dans son gouvernement. Ces derniers réclamaient le dépouillement du Président de la République des pouvoirs reconnus depuis la charte de l’Indépendance en 1943, dépouillement qui rendrait le pays ingouvernable.

Aucun accord ne put être conclu et la réunion fut renvoyée à plus tard… Pour tous ces responsables, se réunir en Suisse, en pleins troubles sanglants au Liban, était aussi aisé que se réunir à Chtaura. Lausanne fut ainsi choisie et la date fixée à Mars 1984, mais tous savaient que ce ne serait qu’un placebo dont on ne pouvait attendre aucun résultat.

Pendant ce temps, sur le terrain libanais, l’avantage était aux forces anti-gouvernementales. Les brigades chiites de l’armée, entrées en dissidence, se rangèrent carrément du côté des milices chiites :

Le 6 février 1984, la milice Amal de Nabih Berry prend le contrôle de Beyrouth Ouest, aidée parla 67ème brigade de l’armée dissidente et à majorité chiite. Cette date marqua pour tous ce qu’on appela « la chute de Beyrouth ». Beyrouth Ouest était désormais complètement soustraite au pouvoir du gouvernement et dominée par les milices chiites. La ligne de démarcation, entre Beyrouth Est et Ouest et abolie officiellement après la « guerre de deux ans » est rétablie dans toute sa rigueur.

Désormais les Libanais ne se battaient plus contre les Palestiniens décimés par la Syrie, mais aussi contre d’autres Libanais. Désormais, les milices islamo progressistes déclaraient ouvertement qu’elles voulaient en finir avec « l’hégémonie maronite » honnie, qu’une odieuse propagande subversive acharnée avait proclamé combattre, par d’habiles procédés de bourrage de crâne.

Du côté chrétien, le gouvernement ne comprenait que des éléments sans personnalité, mais continuait jusqu’en 1985 à tenir ses séances hebdomadaires à la Présidence de la République à Bikfaya. Du côté musulman, il comprenait d’abord le Premier ministre Rachid Karamé, rappelé à ce poste par Amine Gemayel après l’échec de l’ « accord du 17 Mai », le même qui avait toujours empêché l’armée d’intervenir et de ramener la paix dans le pays, puis Salim Hoss, son fidèle suivant qui avait continué sa politique quand il était au premier poste, puis Nabih Berry, chef de la milice chiite et Walid Joumblatt, chef de la milice druze. Ces deux derniers, après chaque réunion gouvernementale, allaient à Damas rendre compte de la situation aux « tuteurs ».

Au printemps 1987, à un moment où les relations au sein du gouvernement étaient tendues, Karamé, premier ministre, présenta sa démission, mais sans s’abstenir de venir aux réunions. Quelques semaines plus tard, Damas ordonna aux ministres musulmans de boycotter complètement le pouvoir et de cesser de « monter » à Bikfaya. Ils n’en poursuivaient pas moins leurs réunions hebdomadaires restreintes à Beyrouth. Karamé empruntait chaque week-end un hélicoptère de l’armée qui l’emmenait à sa résidence principale à Tripoli, pour le ramener lundi à Beyrouth. Malheureusement, il fut l’objet d’un attentat qui consterna le pays : une bombe avait été placée dans l’appareil juste sous le siège de Karamé et explosa en plein vol avec Karamé comme unique victime.

Ce fut désormais Salim Hoss qui présida les réunions restreintes des ministres musulmans, sans qu’aucun acte ou décret lui conférât un quelconque titre ou qualité.

10 * Abdel-Halim Khaddam : Vice présidentde la république Syrienne et qui était "chargé du dossier libanais".

   

* Prochaine communication:
  
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