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L’accord du 17 Mai paraissait
le meilleur qu’il fût possible d’obtenir après
une longue négociation dans laquelle l’envoyé
américain Morris Draper se dépensa. L’approbation
au Liban fut générale et la Chambre des députés,
malgré l’opposition syrienne, vota la ratification
du texte que le gouvernement lui avait transmis. Il ne restait plus
que la dernière signature : celle d’Amine Gemayel,
Président de la République, pour que le texte devienne
un traité engageant le Liban. Alors que les Libanais étaient
certains que Gemayel allait immédiatement approuver ce que
ses députés avaient déjà ratifié,
ils furent choqués de savoir qu’il retardait cette
signature historique et en fait, attendait la permission de Damas.
Vu
l’importance que donnait l’Amérique à
la signature de la Paix et après avoir constaté les
tergiversations de la Syrie, le président américain
Reagan proposa l’envoi de juristes à Damas, chargés
d’expliquer certaines clauses au président Assad. Encore
des tergiversations, puis réception des juristes envoyés
par Reagan. Et la réponse officielle sortit enfin : l’accord
était rejeté … Pour Assad, en effet, il était
impensable que le Liban pût sortir de son orbite et conclure
tout seul un accord international.
Immédiatement,
ses mots d’ordre furent transmis au Liban et les porte-parole
« de service », obéissant au doigt et à
l’œil, commencèrent à claironner leur hostilité
à l’accord. Walid Joumblatt à qui l’assassinat
de son père fut une leçon bien apprise, constitua
un « Front de Salut National » dont le but fut de combattre
l’accord du 17 Mai, «l’accord de la trahison».
Intimidé
par la pression syrienne, Gemayel ne signa pas et voyagea aux Etats-Unis
espérant un appui américain énergique pour
faire aboutir cet accord. Pendant qu’il était à
la Maison Blanche, Gemayel fit des déclarations maladroites
qui embarrassèrent Reagan et démontrèrent qu’il
n’avait pas la stature de l’homme de l’heure.
Il ne récolta que de bonnes paroles.
Dès
lors, il fallut composer, « aller à Canossa »,
c.a.d. à Damas et finir par annuler l’accord du 17
Mai. C’est ce que Amine Gemayel fit au début de
Mars 1984, enterrant, une fois pour toutes les espoirs
de Paix tant attendue.
Par
ailleurs, le gouvernement ne pouvant pas maîtriser la situation,
les échanges de tir continuaient entre Est et Ouest, les
tentatives de cessez-le-feu échouaient comme par le jeu d’une
main invisible. Certains accords duraient moins de quelques heures
et l’expression « cessez-le-feu » devint une dérision.
Damas, qui certainement tirait les ficelles, assistait en spectateur,
attendant de voir les protagonistes libanais solliciter son intervention.
Finalement,
une conférence « libano libanaise » ( ! ) avec
les « bons offices » de Abdel Halim Khaddam(10)
fut organisé à Genève pour fin Octobre
1983.
Mais
les discours et palabres de Genève étaient d’avance
voués à l’échec : du côté
musulman, un sage comme le président Saëb Salam, énuméra
les Constantes libanaises (reprenant les principes du Pacte
National de 1943), acceptables par tous les Libanais. Mais
il y avait aussi deux ministres : Nabih Berry, chef de la milice
chiite Amal et Walid Joumblatt, chef de la milice druze que Gemayel
avait dû inclure dans son gouvernement. Ces derniers réclamaient
le dépouillement du Président de la République
des pouvoirs reconnus depuis la charte de l’Indépendance
en 1943, dépouillement qui rendrait le pays ingouvernable.
Aucun
accord ne put être conclu et la réunion fut renvoyée
à plus tard… Pour tous ces responsables, se réunir
en Suisse, en pleins troubles sanglants au Liban, était aussi
aisé que se réunir à Chtaura. Lausanne fut
ainsi choisie et la date fixée à Mars 1984,
mais tous savaient que ce ne serait qu’un placebo
dont on ne pouvait attendre aucun résultat.
Pendant
ce temps, sur le terrain libanais, l’avantage était
aux forces anti-gouvernementales. Les brigades chiites de l’armée,
entrées en dissidence, se rangèrent carrément
du côté des milices chiites :
Le
6 février 1984, la milice Amal de Nabih Berry prend
le contrôle de Beyrouth Ouest, aidée parla 67ème
brigade de l’armée dissidente et à majorité
chiite. Cette date marqua pour tous ce qu’on appela «
la chute de Beyrouth ». Beyrouth Ouest était
désormais complètement soustraite au pouvoir du gouvernement
et dominée par les milices chiites. La ligne de démarcation,
entre Beyrouth Est et Ouest et abolie officiellement après
la « guerre de deux ans » est rétablie dans toute
sa rigueur.
Désormais
les Libanais ne se battaient plus contre les Palestiniens décimés
par la Syrie, mais aussi contre d’autres Libanais. Désormais,
les milices islamo progressistes déclaraient ouvertement
qu’elles voulaient en finir avec « l’hégémonie
maronite » honnie, qu’une odieuse propagande subversive
acharnée avait proclamé combattre, par d’habiles
procédés de bourrage de crâne.
Du
côté chrétien, le gouvernement ne comprenait
que des éléments sans personnalité, mais continuait
jusqu’en 1985 à tenir ses séances hebdomadaires
à la Présidence de la République à Bikfaya.
Du côté musulman, il comprenait d’abord le Premier
ministre Rachid Karamé, rappelé à ce poste
par Amine Gemayel après l’échec de l’
« accord du 17 Mai », le même qui avait toujours
empêché l’armée d’intervenir et
de ramener la paix dans le pays, puis Salim Hoss, son fidèle
suivant qui avait continué sa politique quand il était
au premier poste, puis Nabih Berry, chef de la milice chiite et
Walid Joumblatt, chef de la milice druze. Ces deux derniers, après
chaque réunion gouvernementale, allaient à Damas rendre
compte de la situation aux « tuteurs ».
Au
printemps 1987, à un moment où les relations
au sein du gouvernement étaient tendues, Karamé, premier
ministre, présenta sa démission, mais sans s’abstenir
de venir aux réunions. Quelques semaines plus tard, Damas
ordonna aux ministres musulmans de boycotter complètement
le pouvoir et de cesser de « monter » à Bikfaya.
Ils n’en poursuivaient pas moins leurs réunions hebdomadaires
restreintes à Beyrouth. Karamé empruntait chaque week-end
un hélicoptère de l’armée qui l’emmenait
à sa résidence principale à Tripoli, pour le
ramener lundi à Beyrouth. Malheureusement, il fut l’objet
d’un attentat qui consterna le pays : une bombe avait été
placée dans l’appareil juste sous le siège de
Karamé et explosa en plein vol avec Karamé comme unique
victime.
Ce
fut désormais Salim Hoss qui présida les réunions
restreintes des ministres musulmans, sans qu’aucun acte ou
décret lui conférât un quelconque titre ou qualité.
10 * Abdel-Halim Khaddam : Vice présidentde
la république Syrienne et qui était "chargé
du dossier libanais".
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