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LIBAN
Survol de Trente Années Tragiques

M. Albert Sara

Introduction

Prologue nécessaire pour comprendre les évènements précurseurs des 30 années tragiques

Le problème du Foyer Juif, soulevé dès la seconde moitié du XIXème siècle (Théodore Herzl, « l’an prochain à Jérusalem » ), est posé officiellement depuis 1917 par des contacts entre personnalités juives émergentes et personnalités britanniques. Pendant la Guerre 1914-1918, des diasporas juives fortunées établies dans divers pays d’Europe offraient aux Alliés Occidentaux leurs puissants moyens financiers pour les aider dans leur lutte contre les Empires Centraux Allemagne - Autriche. Ils demandaient, par contre, qu’une solution soit trouvée au problème du Foyer Juif. Les tractations se passaient à Londres, notamment avec Lord Arthur Balfour devenu ministre des Affaires Etrangères.

Il en sortit une déclaration restée célèbre, la Déclaration Balfour de 1917 par laquelle l’Angleterre promettait l’établissement en Palestine d’un « foyer national juif ». (A noter que la Palestine, le Liban, la Syrie, l’Irak et d’autres provinces faisaient encore partie intégrante de l’Empire Ottoman, et que donc cette promesse portait sur une res alterius, la chose d’autrui).

Les Traités de Paix sanctionnant la victoire en 1918 des Alliés sur les Empires Centraux et la Turquie, suivis de la constitution de la Société des Nations à Genève (SDN), ont attribué à l’Angleterre des Mandats sur la Palestine et l’Irak, et à la France un Mandat sur la Syrie et le Liban. L’émir Abdullah, fils de Hussayn (ex-chérif de la Mecque), se vit attribuer la Transjordanie sous protectorat britannique. La « Question juive » sur le plan politique, n’a pas connu d’évolution durant toute la période de l’entre-deux guerres. Cependant, les juifs, disposant de capitaux considérables sur le plan financier international (l’Agence Juive), se sont mis à acheter des terrains en Palestine, et à investir des fonds très étendus dans tous les secteurs, agricole, industriel et, notoirement, de la santé : des savants de célébrité mondiale (comme l’endocrinologue Zondeck) avaient pressenti le péril dès l’accession de Hitler au pouvoir en Allemagne, et s’étaient établis en Palestine depuis 1933. Les relations étaient naturelles et normales entre voisins : les Juifs (bénéficiaires sans problème de la nationalité palestinienne) et les Arabes, dont les plus grands leaders étaient bien aise de se faire soigner par les meilleurs spécialistes émigrés d’Europe. De plus, les Arabes ne se posaient pas de problème pour vendre à des organisations juives les terres dont ils pouvaient disposer, surtout quand c’était à des prix ascensionnels dont ils n’auraient jamais pu rêver.

Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945, la Question Juive s’imposa dans toute son acuité. Les atrocités des camps de la mort où des millions de juifs périrent, ont lourdement chargé la conscience des vainqueurs occidentaux, les incitant impérativement à trouver un lieu d’établissement, un foyer et même une patrie stable pour les rescapés des génocides. La Palestine était tout indiquée. Les décideurs n’avaient pas la conscience tourmentée par le problème de « réparer une injustice sur le dos d’autrui », savoir, donner à la victime un territoire dont les occupants sont chassés afin de laisser la place libre.

Des commissions d’enquête de l’ONU se sont succédées pendant des mois, à la recherche d’une solution acceptable. Elles avaient comme interlocuteurs en premier lieu les Palestiniens représentés par un Haut-Comité, puis les gouvernements arabes, qui venaient de fonder la Ligue Arabe (22 Mars 1945) et s’estimaient supérieurs en force, en ressources, en armes, par rapport au « nouveau né » qu’on voulait leur coller au flanc.

Les Arabes se sont donc enfermés dans une position systématique de refus de toute idée d’un établissement juif en Palestine, fût-ce même un simple foyer. Ils traitaient « de haut », grisés qu’ils étaient par leur indépendance fraîchement acquise. Même quand l’ONU (Charte de San Francisco, 26 Juin 1945) se fût saisie du problème, leur attitude ne s’est pas assouplie. Des projets préparés par les grandes Puissances, qui nous paraîtraient aujourd’hui enchanteurs, furent rejetés d’emblée par les Arabes. Notamment un projet des Nations Unies comportant l’internationalisation de Jérusalem avec rotation triennale de la présidence entre les parties (musulman, chrétien puis juif) fut refusé pour le motif que la Ville Sainte serait alors gouvernée, ne serait-ce qu’un laps de temps, par un non musulman, chose déclarée inacceptable pour les Arabes.

Il semble que les leaders Palestiniens furent leurrés par les proclamations triomphalistes des pays membres de la Ligue Arabe, lesquels nageaient dans l’ignorance même de ce que pouvait être un service de renseignements capable de leur donner une idée de la force redoutable de l’adversaire. Ils se refusaient à toute négociation, forts de l’appui arabe…jusqu’au jour funeste du 27 Novembre 1947, où l’Assemblée Générale des Nations Unies vota la partition de la Palestine scindée en deux états, un palestinien et un israélien.

Les Etats Arabes, réagissant sur le champ, décidèrent d’entrer en guerre dès que la puissance mandataire, l’Angleterre, aurait évacué la Palestine. Cette puissance déclara que, le 15 mai 1948, elle se désisterait de son mandat et se retirerait du pays(sans même se donner la peine d’avoir mis en place, au préalable, une autorité à qui remettre le Pouvoir…).

Le 15 mai 1948 les armées arabes, sûres de marcher vers la victoire, franchirent les frontières palestiniennes adjacentes, dans l’euphorie de faire « une promenade militaire ». Et ce fut le désastre appelé depuis, la «nakba» . Les israéliens, minutieusement préparés à la lutte, et forts de l’expérience acquise par la participation d’un grand nombre d’entre eux aux terribles combats de la Seconde Guerre mondiale, enfoncèrent les lignes arabes et n’arrêtèrent leur avance que sur un ordre péremptoire de cessez-le-feu donné par les Nations Unies. Ce fut l’Armistice de Rhodes signé en 1949 par toutes les parties belligérantes, arrêtant les lignes de feu sur une superficie bien supérieure à celle accordée à Israël par la décision de l’ONU du 27 Novembre 1947.

Simultanément, commença l’exode pitoyable des palestiniens par centaines de mille. La plupart n’emportèrent avec eux que le minimum indispensable, puisque les leaders arabes leur avaient promis le retour dans leurs foyers «dans les quinze jours» (sic). Ils furent répartis entre plusieurs pays d’accueil. Le Liban, minuscule, à la densité de population la plus forte du Moyen-Orient (245 au km2, contre 33 en Egypte, 32 en Syrie, 22 en Jordanie…), se vit imposer, sous la pression des Arabes, le lot le plus important. Sur la suggestion des Anglais (dont l’armée avait occupé, conjointement avec les Forces Françaises Libres, le territoire libanais jusqu’à fin 1946), le gouvernement libanais logea cette foule de réfugiés dans les campements évacués par les troupes alliées.

Il est vrai que ces campements ceinturaient dangereusement les agglomérations urbaines, mais quel risque pour la sécurité du pays pouvaient alors (1948) présenter ces « pauvres réfugiés » qui d’ailleurs, selon la propagande arabe de l’époque, n’allaient pas tarder à rentrer chez eux (cf.supra) ? Qui aurait pu prévoir que ces camps deviendraient en 1975 des bases armées ennemies d’où les fedayin attaqueraient les libanais qui les avaient accueillis ?

 

   

* Prochaine communication:
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