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Ceux dont nous avons longtemps attendu le sursaut
libérateur pour sauver ensemble le pays ont enfin fait entendre
leur voix et ont réagi favorablement à l’appel
du dialogue.
Dialoguer,
d’accord. Mais sur quoi ? Evidemment sur une formule nouvelle
- ou rénovée – de la structure de la patrie
commune.
Or,
ceux des Libanais qui ont obstinément combattu dans leurs
montagnes, dans leur « réduit » et tenu en échec
les étrangers qui voulaient faire de ce pays une «
patrie de rechange » ont toujours insisté sur le trait
distinctif du Liban, terre de rencontre de civilisations et plus
précisément de deux civilisations : chrétienne
et musulmane.
De
son côté, l’Islam libanais ne méconnaît
plus cette vérité. Ses porte-parole l’ont même
proclamée à plus d’une occasion, notamment au
Congrès islamique tenu à Dar el Fatwa le 14 novembre
1976 où ils ont déclaré expressément
: « Nous appuyons les principes démocratiques parlementaires
parce que nous sommes une société pluraliste
».
Dès
lors, le dialogue recherché pour la restructuration de la
patrie ne peut s’établir qu’en tenant compte
de ce trait distinctif du Liban.
Tenant
compte aussi des vingt mois d’horreurs que les Libanais ont
vécus, il faudrait être du niveau des peuplades les
plus reculées pour venir déclarer aujourd’hui
: Oublions le passé et reprenons notre vie « normale
» comme avant …
Le
président Assad lui-même n’a-t-il pas dit à
un périodique parisien : «Les combats sanglants au
Liban ne ressemblent à aucune guerre, même civile,
connue dans l’Histoire» ? (Journaux beyrouthins du 25-6-77).
Il rejoint par là Charles Malek qui a répété
en plusieurs circonstances : « Ce que nous avons subi n’arrive
pas à un peuple en 500 ans ».
Pouvons-nous
donc jeter au rebut la leçon de ce qui nous est arrivé
et qui « n’arrive pas à un peuple en 500 ans
? ».
Or
dans cette conjoncture cruciale où se joue notre destin pour
plusieurs décennies, comment se déroule le dialogue
entre les intéressés ?
Ce
que nous voyons peut se résumer en ceci :
D’un
côté, le Front libanais, ayant approfondi l’étude
des données sociopolitiques de base, conclut à une
formule de constitution fédérative semblable à
celle de nombreux pays, grands et petits, de l’Est et de l’Ouest,
dont la stabilité n’est pas moins solide que celle
de plusieurs autres à constitution unitaire qui sont tiraillés
par des tendances autonomistes ou séparatistes comme l’Espagne
(Basques et Catalans), la France (Corses et Bretons), l’Angleterre
(Ecossais et Gaulois) et surtout la Belgique (Flamands et Wallons).
De
l’autre côté, en guise de réponse, les
interlocuteurs fraîchement convertis à l’ «
intégrité libanaise » se contentent d’affirmer
: « Toute solution autre que le retour au système strictement
unitaire, signifie la partition du Liban et nous la rejetons d’emblée
». Plus encore, vu leur audience panarabe, ils mobilisent
les organes officiels de la région pour faire prononcer des
sentences condamnant tous projets « attentatoires à
l’unité du Liban, peuple, terre et institutions »,
(entendre par là, les études proposées par
le Front libanais). Or,
ces protagonistes de l’ «
unité de la patrie » et du « dialogue »
devraient bien considérer que le système politique
unitaire basé sur la loi du nombre ne peut équitablement
jouer que dans un pays homogène sans pluralité d’ethnies
et de cultures, un pays où les partis politiques se distinguent
en majorité gouvernante et minorité opposante, celle-ci
pouvant toujours regagner du terrain et renverser la bascule en
sa faveur. Par contre, dans un pays dont la société
est pluraliste, une minorité ethnico culturelle ne pourra
jamais « regagner du terrain » autrement que par la
prolifération démographique, et, si la démographie
tourne en sa défaveur, elle est destinée à
se dissoudre au sein de la majorité, c’est-à-dire
à disparaître de la scène politique.
Au
milieu de cette catastrophe unique dans l’Histoire, il serait
souverainement aberrant de décider de notre destin sans consacrer
la plus profonde réflexion à la recherche d’une
solution répondant aux aspirations tant de musulmans que
des chrétiens.
Des
études faites par le Front libanais sont mises sur le tapis.
Le
dialogue consiste à les discuter ou à en proposer
d’autres pourvu que ce soit de façon rationnelle, sans
passion ni sentimentalisme. Toute critique logique serait la bienvenue.
Mais,
que pour toute réaction, l’autre partie se contente
de répondre «Niet» et qu’elle aille jusqu’à
orchestrer une levée de boucliers condamnant comme «
projet partitionniste » tout ce qui ne serait pas, à
quelques retouches près, un retour pur et simple au système
politique unitaire dans sa rigidité d’avant l’évènement,
voilà une singulière façon de concevoir et
de pratiquer le dialogue.
Ne
réalise-t-on pas que cela pourrait aboutir à le saboter
?
Le
Réveil 16-17-77
A.S.
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