GLOBALADVOCACY . c o m

Chacun d'entre vous peut créer l'évènement!

   




 

 

 

 

LIBAN
Survol de Trente Années Tragiques

M. Albert Sara

Quelle réconciliation nationale ?

Décidemment, les invites à la réconciliation se font plus fréquentes.

Les leaders dont la voix, durant les affrontements, était restée inaudible, couverte par les clameurs des occupants étrangers, retrouvent aujourd’hui leur bagou pour proclamer dans les réunions, iftars et autres agapes : « Nos mains sont tendues à tous. En avant donc pour la réconciliation nationale et tous les problèmes s’arrangeront » (An Nahar 27-8-77 p.2).

C’est la même voix de celui (Rachid Karamé, ndlr) qui, pendant les échanges d’obus et les enlèvements de civils, se contentait de lancer des appels à la concorde et à l’amour au lieu d’envoyer l’Armée, gardienne de l’ordre, dans le centre-ville encore intact, ajoutant devant le micro sur un ton artificiellement ingénu : « Je ne puis comprendre pourquoi vous vous battez ! Au lieu de cela, profitez du dimanche et du beau temps pour aller à la plage… » (Citation du chef du gouvernement Rachid Karamé). Cette sinistre plaisanterie était chaque fois suivie d’une nouvelle flambée de violence.

Maintenant, l’appel à la « réconciliation nationale » dans les circonstances actuelles n’est pas moins sinistre que les appels à « l’amour entre concitoyens » diffusés par le premier ministre il y a deux ans : en effet, une réconciliation sans bases ne ferait que camoufler le prodrome d’une nouvelle tuerie.

Or, sur quelles bases croit-on réaliser la prétendue réconciliation ? Pour se réconcilier, il faut au préalable pouvoir préciser pour quelles causes on s’est entretué et qui s’est battu contre qui. Il faut aussi que les antagonistes d’hier soient les interlocuteurs valables d’aujourd’hui. Et il ne suffit pas d’appeler à la réconciliation pour devenir un interlocuteur valable, surtout lorsqu’on s’est trop longtemps contenté du rôle de spectateur.

D’autre part, il faut dénoncer l’attitude qui consiste à tendre les bras à l’ « autre » pour une étreinte que l’on sait factice, dans le but de se rallier la faveur de l’opinion en faisant étalage de bonnes intentions.

Un adage dit que « l’enfer est pavé de bonne intentions ». Or, ce qui compte, ce sont les actes et rien que les actes, surtout dans ces moments dramatiques ; ainsi :

- dire que « les accords du Caire sont exécutés à 90% au moment où la Cité sportive était encore un dangereux arsenal palestinien, c’est jalonner de mines le sentier de l’entente ;

- accepter ce qui se passe au Sud sans formuler la moindre réserve, c’est faire preuve d’une singulière indifférence au sort tragique de cette partie du Liban ;

- tolérer la présence armée de ceux qui voulaient « libérer » la route de la Palestine en passant par Jounieh, c’est prendre délibérément parti contre les concitoyens avec qui l’on prétend reconstituer l’unité de la nation.

Dans ces circonstances, ceux qui proclament désirer la réconciliation tout en ne changeant rien aux conditions qui ont favorisé les affrontements, pratiquent une politique qui va retarder de plus en plus le rapprochement des frères désunis. Bien pire, en voulant se faire passer pour la colombe qui se heurte à l’agressivité du faucon, on approfondit le fossé entre les parties.

Il a été prouvé plus d’une fois que seule la franchise est payante. Les accords doublés d’arrière-pensée ne sont qu’un sédatif provisoire et les réconciliations bâclées dans une fragile euphorie sont un marché de dupes promis à des lendemains tragiques.

Ceux qui croient que les agapes de circonstance créent un climat suffisant pour un appel à la réconciliation se trompent lourdement et font montre de courte-vue politique. Mais le comble, c’est de les voir prétendre que la réconciliation est possible tout de suite et qu’ils la désirent eux-mêmes sincèrement, laissant entendre par là que ce sont « les autres » qui accumulent les obstacles et empêchent le retour du pays à la bonne santé.

Pareille attitude est aux antipodes de la sincérité dont ils se targuent. Il est temps de la dénoncer pour que les leaders responsables y mettent un terme.

Le Réveil 3-9-77
A.S.

 

doteasy.com - free web hosting. Free hosting with no banners.

 

 

 

 

Copyright © 2004-2005 GlobalAdvocacy.com
All Rights Reserved 
   User Agreement | Privacy Policy