Les
gouvernements arabes englobés dans cette débâcle,
une des plus terribles de leur histoire, estimèrent se
donner bonne conscience en patronnant les mouvements de guérillas
contre Israël. D'autre part, toute une génération
de jeunes, qui étaient enfants en 1948, avait
atteint l'âge de porter les armes et brûlait de
s'en servir. On les a appelés fedayin, pluriel
de feda'i, (« volontaire prêt à
affronter la mort »). Ils se recrutaient dans les
camps de réfugiés, notamment ceux implantés
au Liban. Leur armement pouvait provenir des sources les plus
lointaines, comme la Libye ou l'Iran. Les pays pétroliers,
dont le souci primordial était de ne pas s'impliquer
militairement, se laissaient volontiers rançonner pour
des sommes colossales dans l'aide obligatoire à fournir
aux combattants.
Les
divers mouvements de résistance se groupèrent en
une entité, devenue de plus en plus puissante, sous le
nom d'O.L.P. (Organisation de Libération de la Palestine),
dont le chef incontesté était Yasser Arafat. Succédant
à l'inconséquent Ahmad Choukeiri balayé par
la catastrophe de 1967.
Alors
qu'un pays comme la Syrie a édicté des règlementations
très strictes, voire sévères, limitant et
surveillant tous mouvements de Palestiniens tant à l'intérieur
qu'à l'extérieur des camps, (Ordre du ministre de
la Défense Hafez El-Assad du 4 Mai 1969) remplissant
toute une page de journal), le Liban, maillon faible de la chaîne,
arrivait à peine à contenir les débordements
croissants des Fedayin. La cause de la Résistance palestinienne,
proclamée sacrée par les leaders arabes, était
obligatoirement « embrassée » par
le Liban, où tous les prétextes étaient occasion
à des manifestations et défilés populaires.
A titre d'exemple, lorsqu'un Fedai'i était tué en
Jordanie ou en Syrie, c'est au Liban qu'il fallait l'enterrer,
justifiant ainsi la traversée de la frontière syro-libanaise
par un cortège imposant dans une manifestation impressionnante
de puissance. Il arrivait même que le cercueil fût
vide, mais l' OLP cherchait à étaler sa force
même par des mystifications cousues de fil blanc.
Vers
la fin des années soixante, l' OLP se lança bientôt
dans des escarmouches à la frontière Sud du Liban
en un cycle infernal d'agressions-représailles, dont les
Libanais des villages frontaliers libanais étaient les
premières victimes. C'était maintenant aux Libanais
de devenir des réfugiés dans leur propre pays et
de venir grossir la ceinture de misère autour des agglomérations,
notamment de la capitale.
Les
empiètements de l' OLP sur la souveraineté libanaise
devenaient plus audacieux, portant atteinte parfois même
à la sécurité des citoyens. Plusieurs se
souviennent encore du mémorable accrochage entre Palestiniens
et Forces de l'Ordre survenu en plein centre, devant l'Eglise
des Capucins, le Vendredi Saint 1969.
Cependant,
non contents de tout laxisme dont jouissaient les Palestiniens,
les milieux gauchistes et musulmans libanais, influencés
par Damas et Nasser, trouvaient que l'Etat ne donnait pas assez
de liberté d'action aux Fedayin. La « rue
beyrouthine » principalement musulmane et la classe
politique (dont les éléments modérés
n'osaient pas manifester leur dissidence) appuyèrent ainsi
ouvertement la liberté d'action des Fedayin. Et même
le Premier ministre (sunnite) Abdallah Yafi, s'écria de
façon spontanée, au passage d'un cortège
ramenant un « cercueil » de la frontière
syrienne, « Je suis le premier feda'i ! ».
Ce
fut le début de la scission de la société
libanaise entre musulmans pro-palestiniens et chrétiens
refusant l'aventure néfaste qui commençait à
se dessiner.