Premièrement,
il existe de nombreuse techniques de méditation
qui ont des liens étroits avec les traditions religieuses
dont elles découlent. De plus, les descriptions
ancestrales sont souvent subjectives et varient avec le
vocabulaire des auteurs qui est aussi très différent
du vocabulaire de la recherche empirique. Finalement,
les phénomènes qui se produisent dans la
méditation sont difficilement reproductibles, tout
comme les résultats des différentes études
dans lesquelles on ne prend souvent pas le soin de décrire
précisément la technique dont il est question.
La variété des techniques
Les
différentes techniques de méditation peuvent
être classées selon le type d’exercice
mental qu’elles nécessitent ou selon leur
orientation vers une conception d’un Dieu (Goleman,
1977). Il existe deux types de méditation correspondant
à des exercices mentaux très différents.
Les méditations de type concentration ont pour
but de faire converger le flot des pensées en fixant
l’esprit sur un seul objet, le thème de la
méditation. L’objet de concentration peut
être un mantra, comme dans le cas de la méditation
transcendantale (voir le tableau ci-dessous), un texte
sacré ou le mouvement de la respiration. L’essence
de la méditation de concentration est la non-distraction
à travers laquelle le pratiquant apprend à
développer une vision claire et unique. Le second
type est la méditation introspective (mindfulness,
insight meditation) dont l’exercice principal consiste
à observer tous les phénomènes de
l’esprit et à développer la position
de témoin. Il existe, finalement, un troisième
type de méditation qui marie les techniques de
concentration et d’introspection et que l’on
nomme méditation mixte ou intégrée.
Ici, le méditant débute une séance
par la pratique de la concentration jusqu’à
ce qu’il ait atteint un certain niveau de détente
physiologique. Il poursuit la session en élargissant
son attention au flot de ses pensées, sensations
et perceptions. Il devient l’observateur des différents
phénomènes de la conscience. Les techniques
de méditation Vipassana de la tradition bouddhiste
tibétaine et Zazen de la tradition Zen peuvent
être considérées comme des techniques
mixtes (voir le tableau ci-dessous).
Classification
des traditions et techniques de méditation (adapté
de Goleman, 1977)
Tradition
|
Technique
|
Théistes / Non-théistes
|
Type d’exercice mental.
|
Bouddhiste
tibétain
|
Vipassana
|
Non-théiste
|
Mixte
|
Zen
|
Zazen
|
Non-théiste
|
Mixte
|
Krisnamurti
|
Connaissance de soi
|
Non-théiste
|
Introspection
|
Méditation transcendantale
|
Méditation transcendantale
|
Non-théiste
|
Concentration
|
Hésychasme chrétien
|
Prière
du cœur
|
Théiste
|
Concentration
|
Raja Yoga
|
Samadhi
|
Non-théiste
|
Concentration
|
La
deuxième façon de classer les différentes
techniques de méditation porte sur leur orientation
vers une conception d’un Dieu. Certaines techniques
relèvent de traditions théistes dans lesquelles
la méditation permet au pratiquant de tendre vers
l’unité, c’est-à-dire de ne
faire qu’un avec Dieu (Voir tableau ci-dessus. Dans
ces traditions, des règles de vie très strictes
peuvent accompagner la pratique de la méditation.
L’abandon des possessions individuelles, le retrait
graduel de la vie sociale, la fréquentation des
disciples de la même tradition en sont quelques
exemples. Dans les traditions non-théistes (voir
tableau ci-dessus), la méditation amène
le pratiquant vers le zéro, vers l’épuisement
des fonctions mentales. Toutes les pratiques non-théistes
proclament l’observation des processus mentaux comme
la base du développement de la conscience. Il n’y
a pas de règles de vie strictes même si certaines
traditions encouragent le développement d’une
attitude de simplicité et d’humilité
dans le quotidien. Les interactions sociales et les activités
quotidiennes sont autant de moments privilégiés
pour poursuivre l’observation de soi.
La question de la définition
Il
y a en général deux grands types de définitions
de la méditation. Premièrement, il y a celles
qui l’associent à une technique d’auto-régulation
au même titre que la relaxation musculaire ou le
biofeedback (Snaith, 1998). Ce type de définition
est quelquefois réductif et ne semble pas rendre
justice à toute la richesse du processus méditatif.
Puis, il y a les définitions qui relient la méditation
à une forme de quête spirituelle (Desjardins,
1992). Dans ce cas, le vocabulaire est souvent éthéré
et subjectif, ce qui nous donne l’impression de
ne pas savoir exactement de quoi il s’agit. Afin
de refléter la richesse de la méditation
et de conserver une certaine objectivité nous retiendrons
la définition de Craven (1989) qui la situe dans
son contexte culturel :
«
La méditation réfère à un
groupe de techniques reconnues comme permettant de rehausser
certaines habiletés telles la concentration, la
régulation des états conscients et la conscience
de soi. Les techniques de méditation sont traditionnellement
enchâssées dans la psychologie de la conscience
de certaines disciplines comme le Bouddhisme et le Yoga
et sont utilisées pour favoriser le développement
personnel et la croissance spirituelle. Ainsi, la méditation
a été plus intimement associée au
système des croyances religieuses et philosophiques
de l’Inde et de l’est de l’Asie.»
(Craven, 1989, p.648).
Nous
retiendrons aussi que la méditation peut être
définie de manière plus spécifique
comme « un ensemble de techniques qui ont en commun
de tenter consciemment de fixer l’attention d’une
manière non-analytique et d’éviter
de s’attacher à des pensées discursives
ou ruminatives. » (Shapiro & Walsh,1984, p.
6). Cette dernière définition décrit
la méditation à l’extérieur
d’une quelconque forme de quête spirituelle.
La
méditation est l’une des plus vieilles formes
de thérapie (Walsh, 1992). En orient, l’origine
de sa pratique se perd dans l’antiquité.
La plupart des textes d’origine regorgent de termes
indiens et sanskrits, cette langue sacrée et littéraire
de la civilisation brahmanique (environ 800 à 600
ans avant Jésus-Christ). Ces textes ont été
rédigés par des moines ou des maîtres
spirituels mais la majeure partie de la transmission des
connaissances sur la méditation s’est effectuée
par tradition orale et par l’enseignement des maîtres
aux disciples. Ainsi, l’esprit du chercheur occidental
est souvent insatisfait par les connaissances contenues
dans les textes sacrés. Il s’agit d’une
matière qui repose sur l’expérience,
l’intuition et l’introspection plutôt
que sur la démarche scientifique (Wilber, 1980).
Même si la voie de l’introspection des mystiques
orientaux repose sur une tradition rigoureuse qui est
le fruit de quelques milliers d’années d’évolution,
le chercheur occidental a souvent l’impression d’être
en eaux troubles lorsqu’il aborde cette matière
qui ne répond pas aux critères de la voie
empirique.
Conclusion : Les voies de la connaissance
L’histoire
de l’étude scientifique de la méditation
a environ 75 ans alors que l’enseignement de cette
pratique se transmet de maîtres à disciples
depuis plus de 3000 ans. A notre avis, il ne fait pas
de doute que la recherche sur la méditation en
est à ses débuts et qu’il faudra surmonter
plusieurs défis pour qu’elle continue de
progresser. Il faut aller au-delà de la simple
technique d’auto-régulation et avoir l’ouverture
d’observer des phénomènes qui peuvent
nous paraître marginaux, bizarres ou carrément
douteux d’un point de vue scientifique. Pour approfondir
nos connaissances des phénomènes mystiques,
Wilber (1980) propose trois voies d’investigation
qui sont, selon lui, les voies universelles de la connaissance.
Premièrement, il y a l’empirisme: c’est
la voie qui s’intéresse aux faits et aux
données. En psychologie transpersonnelle, elle
se concrétise dans l’étude des effets
physiologiques de la méditation et s’intéresse
particulièrement à la reproductibilité
des phénomènes. Deuxièmement, il
y a la voie de la logique qui est celle des grands théoriciens.
Le modèle d’actualisation de Maslow et la
psychanalyse de Freud sont des exemples fascinants de
théories fondées sur la logique qui ont
permis d’approfondir notre connaissance de la nature
humaine. Puis, troisièmement, il y a la voie de
l’introspection qui s’intéresse au
développement, à la croissance et à
la connaissance de soi. C’est la voie de la psychothérapie,
de la méditation et de toutes les techniques d’exploration
individuelles et de groupe qui s’intéresse
à la quête de sens, au spirituel. C’est
une voie qui est concernée par la recherche de
la vérité. A notre avis, c’est sur
le chemin de chacune de ces voies que nous devrons progresser
pour comprendre un peu plus ce qu’est la méditation
et comment elle peut être utile à notre épanouissement
collectif.
BIBLIOGRAPHIE
Craven, J. L. (1989). Meditation and Psychotherapy.
Canadian Journal of Psychiatry, 34, 648-653.
Desjardins, A. (1989). Approches de
la méditation. Paris : Édition de la
Table Ronde.
Goleman, D. (1977). Douze formes de
méditation. Paris :Fayard.
Maslow, A. (1970). The Father Reaches
of Human nature. The Journal of Transpersonal Psychology,
1, 1-9.
Shapiro, D. H., & Walsh, R. N. (1984).
Meditation: Classic and Contemporary Perspectives. New-York:
Aldine Publishing Company.
Snaith, P. (1998). Meditation and Psychotherapy.
British Journal of Psychiatry, 173, 193-195.
Walsh, R. (1992) The Search for Synthesis:
Transpersonal Psychology and the Meeting of East and West,
Psychology and Religion, Personal and Transpersonal. Journal
of Humanistic Psychology, 31(1), 19-45.
Wilber, K. (1980). The Pre-Trans Fallacy.
Re Vision, fall .
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