Malheureusement,
l'opposition en général est entrain de réagir
à la situation mais n'est pas entrain d'agir. L'opposition
a certainement des objectifs, mais ce qui lie les opposants, ce
sont les refus, les négations. Ce n'est pas un programme.
Qu'est ce qui unit aujourd'hui
Walid Joumblatt, Rafic el Hariri, Kornet Chehwan et Michel Aoun ?
Le refus de l'intervention syrienne dans les affaires libanaises.
Mais ceci ne veut pas dire que toutes ces parties ont la même
façon de voir comment traiter ce problème. Par exemple,
Walid Joumblatt bien qu'il soit de notre avis ne peut pas aller
plus loin et dire : j'accepte la 1559, le Hezbollah doit être
démantelé, ses armes ramassées par l'Etat et
la milice dissoute, nous voulons que l'armée aille aux frontières;
ce que nous nous disons; ce que Michel Aoun dit; ce que les FL disent;
ce que Rafic el Hariri ne peut pas dire aussi…
L'ingérence syrienne dans
les affaires quotidiennes du Liban est refusée par tout ce
groupe, mais ils ne vont pas au-delà. Par exemple sur le
plan de la politique intérieure, personnellement, je fais
partie d'une opposition qui était contre la politique de
Rafic el Hariri avec laquelle Walid Joumblatt était d'accord
et était même partie prenante. Sur le plan de la réforme
on peut ne pas être d'accord. Donc ce qui nous lie, c'est
la négation concernant le rôle syrien au Liban sans
aller plus loin pour dire quelle conception nous avons des relations
libano syriennes. Nous n'avons peut-être pas de vues communes.
Ce qui nous lie est momentané. Si on demande à Rafic
el Hariri, quels sont ses objectifs pour l'avenir du Liban, ils
seront certainement différents des miens et de ceux de Kornet
Chehwan. Si on demandait à Walid Joumblatt, ce serait la
même chose. Donc il n'y a pas de discussions en profondeur
entre les différentes branches de l'opposition et c'est ce
qu'il faut faire. Si on ne le fait pas c'est peut-être parce
qu'on est sûrs qu'on ne sera pas d'accord sur tout et qu'on
veut probablement éviter une discordance.
Bien sûr, je ne veux pas parler
du problème de ceux qui sont au Gouvernement et qui applaudissent,
ils ont eux de plus grands problèmes que nous. Mais il faut
avouer qu'un pays qui sort d'aussi grands évènements
tels que ceux du Liban, un peuple qui a tant souffert a besoin de
quelque temps pour arriver au stade de maturité qui lui permette
de faire de grandes réalisations.
Personnellement, je crois
qu'il faut qu'on pense à la manière de poser des principes
communs, qu'on laisse de côté les choses sur lesquelles
on n'est pas d'accord, qu'on essaye d'adopter un document en commun
qui englobe les orientations générales et sur lequel
nous travaillons déjà avec Walid Joumblatt. A partir
de ce moment là, on pourra commencer à travailler
en commun dans un sens ou dans un autre, pour certains problèmes
ou d'autres. Au moins quelques problèmes auront été
posés avec une façon commune de les voir, une conception
commune de ces problèmes et de leurs solutions. Maintenant
c'est le refus qui nous unit et ceci vaut pour toute l'opposition.
Mais si l'on parle de l'opposition
chrétienne ce n'est pas très différent. Il
y a des personnes et des groupes qui font partie de l'opposition,
mais chacun pour une raison différente de l'autre. Certainement
que le refus de l'ingérence syrienne et la volonté
d'indépendance sont communs. Mais si l'on entre dans les
détails et qu'on demande au Courant National de Michel Aoun,
quelle est sa conception du Liban de demain, personne ne le sait ;
si on pose aux FL la même question, ils ne le savent pas non
plus. Il n'y a donc pas eu de dialogue approfondi entre ces oppositions
chrétiennes pour dire quelles sont nos orientations ou quelle
formules nous proposons? J'entends par exemple Michel Aoun
dire que Taef est mauvais. Mais quelles sont les stipulations mauvaises
de Taef ?
Tout ceci ne veut pas dire
que l'opposition n'est pas bonne, mais nous sommes toujours dépassés
car les évènements sont entrain de se précipiter
et ne nous donnent pas le temps de réfléchir et de
mûrir les choses ? Mais nous sommes déjà
dans l'obligation de le faire. Je donne un exemple : l'invitation
de Michel Aoun à un Congrès auquel participerait la
Syrie. C'est de l'irréalisme et il le sait à l'avance.
Beaucoup de Libanais ne participeraient pas à une initiative
prise par Michel Aoun.
Il ne s'agit pas de marquer
des points les uns sur les autres. Il s'agit de créer une
ambiance. L'opposition et ceux qui sont au pouvoir sont tous Libanais
malgré toutes leurs divergences. Ensemble ils feront l'avenir
et si l'opposition seule va faire l'avenir, les autres seraient
dans l'opposition et le pays serait divisé en 2.
Donc le travail sérieux
qu'on doit faire c'est d'essayer de créer une plate-forme
commune sur les principes entre ceux qui sont dans l'opposition
et ceux qui n'y sont pas. Certainement que c'est difficile, surtout
dans les conditions actuelles. Mais tout le monde sent qu'on ne
peut plus tenir et il y a lieu, peut-être après les
élections, de lancer un projet pareil. Avant les élections,
ce serait très difficile. Il serait bon de limiter notre
action avant les élections et de s'entendre sur les principes
d'une loi électorale à venir qui pourrait éventuellement
amener, au minimum, les Libanais à élire des gens
représentatifs car maintenant c'est catastrophique. Peut-être
alors qu'après les élections, une ambiance nouvelle
pourrait être créée pour lancer le vrai dialogue
en profondeur.
Là, je serais enclin
à dire que si ceux qui ont le pouvoir de décision
(je parle des Syriens et non de ceux qui sont au pouvoir au Liban
car il ne leur revient pas à eux de décider mais d'exécuter
les décisions syriennes) permettaient à l'opposition
d'arriver aux institutions, ne faisaient pas en sorte de l'en empêcher,
une fois les gens représentés au Parlement, le dialogue
pourrait commencer plus sérieusement et à ce moment
là, on pourrait réfléchir tranquillement. Je
sais que les conditions vont être difficiles, que ce que je
dis, beaucoup de gens le trouvent irréalisable, mais je n'ai
pas le choix. Le jour où le dialogue dans ce pays s'arrête,
le pays s'arrête. C'est pourquoi j'ai très peur, car
nous sommes en période de crise, que le dialogue s'arrête.
C'est pour cela que, malgré
notre position concernant la reconduction du mandat du Président
et le Gouvernement, j'ai été personnellement au Palais
présidentiel, non pour le plaisir d'y aller, mais pour dire
que ce Palais est celui de tous les Libanais et que malgré
les divergences, nous devons garder le contact pour pouvoir dialoguer
au moment où on en a besoin ou au moment où les circonstances
permettent le dialogue. |