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LE STATUT DE L'OPPOSITION

Quelle Opposition avons-nous ?
Comment devrait-elle évoluer ?

Me Camille Ziadé
Ancien Député

Une Opposition multiconfessionnelle de plus en plus forte et écoutée et prête au bras de fer avec le Pouvoir en cas de manipulations lors des élections

Actuellement nous avons une Opposition et l'on s’est rapprochés les uns des autres. Elle est formée de :

  1. Kornet Chehwane qui occupe une grande partie de la scène chrétienne quoiqu’en disent les détracteurs. Tendance modérée, très proche du Patriarche par les convictions politiques et par la politique elle-même. Elle a réussi en 3 ans, petit à petit, à dégager un discours qui se tient, qui est raisonnable et modéré.
  2. La Rencontre démocratique de Walid Joumblatt. Ce sont les députés, le Blob parlementaire de Walid Joumblatt et à l’intérieur, vous avez le parti socialiste progressiste (le PSP).
  3. Le Renouveau démocratique de Nassib Lahoud dont je fais partie.
  4. Le Forum démocratique de Habib Sadek
  5. La Gauche démocratique qui s’est formée depuis 1 mois : Elias Attallah, Samir Kassir…Ce sont en grande partie ceux qui ont quitté le parti communiste, ils ne sont pas d’accord avec la langue de bois du parti communiste.
Ces 5, cela fait plusieurs années qu’ils collaborent ensemble et se rapprochent. Ils se réunissent, se visitent, on essaye d’harmoniser l’Opposition sur beaucoup de plans et ce sont ces 5 qui sont à la base d’un document qui va être publié lundi à 12 heures à l’hôtel Bristol. Ces 5 formations sortent un document commun.
  • Il faut ajouter à cela le Bloc National de Carlos Edde. Il ne fait pas partie des 5 principaux, mais il est là, il a participé à ce document qui va sortir ce lundi et il l’a signé.
  • Très proche d’eux, vous avez le Parti Communiste qui n’a pas signé le document.

Donc si nous voulons parler d’Opposition, nous avons ces 5 qui sont à la base de ce document + le Bloc National. Nous avons en plus dans l’opposition le Parti Communiste et le Courant Aouniste mais qui n’ont pas signé le document. Donc le Bloc National a signé le document et sera présent lundi. Les deux autres ne l'ont pas signé mais font partie de l'Opposition.

Ce document commun, les 5 nous sommes d'accord sur beaucoup de points. Mais il y a deux points sur lesquels nous sommes un peu divergents:

  • L'envoi de l'armée au Sud et le rôle de la Résistance
  • Le retrait syrien

Mais sur tous les autres points, nous sommes d'accord : sur le côté démocratique du pays, sur la nécessité d'en finir avec les Services de Sécurité, sur un changement de nos relations avec la Syrie car ça ne peut plus continuer comme cela, sur la protection des Libertés démocratiques, sur le changement de la politique économique. Nous sommes donc d'accord sur tous ces points, sauf sur les 2 points divergents sur lesquels nous allons poursuivre le dialogue pour arriver à des positions harmonieuses.

Donc pour le moment, c'est une Opposition qui a une force et c'est la première fois. Il y a autour d'elle, essentiellement, les députés de Kornet Chehwane, ceux de la Rencontre démocratique, ceux du Renouveau démocratique et quelques députés, individus qui ont voté contre l'amendement constitutionnel mais nous ne savons pas s'ils seront présents ou pas lundi. Certains de ces 29 députés ont voté contre l'amendement mais pour le Gouvernement. Nous ne savons pas où ils en sont aujourd'hui. Ils sont quelque part dans l'Opposition mais ne font pas partie de tout ça.

C'est donc une Opposition qui demande un changement dans les relations avec la Syrie. Nous demandons tous l'application de Taef selon lequel, en ce qui concerne le retrait syrien, ce retrait doit avoir lieu au bout de 2 ans jusqu'à la Bekaa et là il doit y avoir une espèce d'agenda sur les futurs retraits et les 2 gouvernements doivent préciser où ils doivent rester pour des considérations stratégiques. Mais certains veulent un retrait immédiat alors que d'autres acceptent l'application de Taef.

Cette Opposition va vers des élections, c'est pour cela qu'elle est entrain de demander un Gouvernement neutre pour gérer ces élections, si on veut avoir des élections vraiment représentatives de l'opinion des Libanais. C'est une chose trop importante pour être laissée à des candidats qui ont déjà pris position sur beaucoup de points. Donc un Gouvernement neutre, accessoirement, pour éviter d'amener des observateurs de l'étranger. Si nous avons un Gouvernement neutre qui gère les élections, on n'a plus besoin d'observateurs étrangers.

En ce qui concerne la loi électorale, on ne sait pas quel va être le projet du Gouvernement et comme il a la majorité au Parlement, il peut faire passer la loi qu'il veut.

Aussi, nous avons une très grande appréhension car ces élections vont dégager un Parlement qui, dans 3 ans, va élire le nouveau Président de la République. C'est ce Parlement qui va faire les lois et qui donnera la confiance au Gouvernement, un Gouvernement qui doit changer obligatoirement après les élections. C'est un Parlement qui est excessivement important et nous n'avons aucune confiance, nous avons beaucoup d'appréhensions en ce qui concerne les manipulations qui auront lieu durant les élections.

Quant à la loi, quant à l'intervention des Services de Sécurité, celle des Syriens, de la classe politique du Gouvernement, avec tout cela, nous allons vers un affrontement démocratique mais avec, malheureusement, beaucoup de manipulations.

Donc au Liban, à cause de ce qui se passe au Moyen Orient, de ce que nous avons fait depuis 10 ans, de la poussée de l'opinion publique, nous allons vers un changement. Ce tournant aurait dû être pris au moment des élections présidentielles, ce qui est logique, on aurait dû arriver à une élection présidentielle, à un Président qui puisse gérer et organiser ce changement avec un Gouvernement, des élections donc avec les instruments constitutionnels et le cadre d'un tel changement .

Malheureusement, ça n'a pas été le cas. Il y a eu l'amendement constitutionnel, la formation du Gouvernement qui lui, est très peu représentatif, non seulement parce qu'il a obtenu un nombre de voix très faible mais à cause de la qualité de ces voix. Quand on entre dans les détails, c'est très impressionnant. Les représentants des 3 grandes villes sunnites (Beyrouth, Saida et Tripoli) ont voté contre ou se sont abstenus, la montagne, la quasi-totalité druzo-maronite a voté contre ou s'est abstenue et vous avez là Beyrouth et le Mont Liban, donc 3 grandes communautés ... le poids des voix de ces 3 communautés était contre le Gouvernement...

Maintenant nous allons vers des élections. Malheureusement, on aurait dû avoir ces 3 cadres, ces 3 instruments de changement. Si ces élections se passent comme il faut, on aura un Parlement qui sera l'instrument du changement, qui traduira ce changement, le répercutera. Mais s'il y a manipulation, nous allons vers une grande crise entre l'Opposition qui devient de plus en plus forte, qui représente le pays et une classe politique qui représente le pouvoir des Syriens, qui est une création des Syriens et qui s'accroche.

  • L'Opposition devrait-elle aller d'avantage dans le sens d'une unification ? Quelle est votre vision de l'Opposition ?

Le grand intérêt de cette Opposition c'est que maintenant on ne peut plus dire que c'est une Opposition chrétienne. Il y a Walid Joumblatt et son Bloc, plusieurs députés musulmans, c'est vraiment un noyau dur et important, une opposition multiconfessionnelle. C'est le grand intérêt de ce qui est entrain de se passer. C'est pour cela qu'elle est plus écoutée à l'extérieur et qu'elle a pris une envergure très importante. Tous les regards des Libanais sont tournés vers elle, même s'ils n'arrivent pas tous à s'exprimer. Donc c'est excessivement important que l'Opposition ait pris cette tournure.

  • L'Opposition pourrait-elle aller plus loin que ce document ?

Oui, mais il faut d'abord régler les 2 points de divergence. Puis nous allons ensuite très vite, après les fêtes, et dès que la loi électorale sera votée, entrer en campagne. Il va y avoir des alliances. Il y a ces 5, 6, 7 formations qui vont s'allier pendant ces élections et auront aussi d'autres alliés. On va voir qui va intégrer l'Opposition. Nous allons voir quel résultat on va avoir. Donc on va dans les prochains mois vers un bras de fer entre l'Opposition et le Pouvoir avec beaucoup d'appréhension et la population - je suis en contact quotidien avec les gens - se rend parfaitement compte que nous allons vers un grand moment. Mais comment va-t-il évoluer ?

 

Entretien conduit par Marie-Claude Saadé-Hélou le 10.12.04
   
   

Me Camille Ziadé
Membre du Rassemblement de Kornet Chehwane
Membre du Bureau politique du Mouvement "Le Renouveau Démocratique"

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