Quelle
Opposition avons-nous ?
Comment devrait-elle évoluer ?
M. Elias Abou Assi Secrétaire Général du PNL
3 composantes,
un axe de réflexion, 3 rubriques:
Climat électoral, Découpage électoral et
Observateurs
Où en est l'Opposition actuellement ?
Pour
ce qui est de l'opposition, ce n’est un secret pour personne
qu’il y a une coopération, une concertation entre 3
composantes: les Assises de Kornet Chehwan d’un côté,
Walid Joumblat et la Gauche démocratique de l’autre.
Nous sommes entrain de réfléchir sur un papier qui
serait l’équivalent d’un programme commun entre
les 3 composantes étant donné qu’il y a une
approximation de la vision, de l’analyse faite par les 3.
Bien sûr la question des élections figurera en bonne
place. Mais, contrairement à ce que les milieux gouvernementaux
essayent de faire croire aux Libanais que tout dépend d’une
loi électorale, nous pensons que si la loi électorale
est très importante - nul ne saurait le contester - c’est
une condition nécessaire, mais loin d'être suffisante.
L'élection dépend tout d'abord d'un climat, d'un contexte.
Quelle que soit la loi, si l’environnement dans lequel on
évolue, l’ambiance, le contexte ne s'y prêtent
pas, à quoi bon la loi ? On ne peut pas pratiquer la démocratie
en prison. Ce serait une solution en trompe-l’oeil.
Nous
avons donc structuré la question des élections sous
plusieurs rubriques:
Le
climat de l’élection : Faire régner un climat
de sérénité (c’est le moins qu’on
puisse dire) afin que les électeurs puissent se déterminer.
Le
découpage électoral : Le découpage électoral,
les circonscriptions sont très importants, encore faut-il
que ce découpage ne soit pas comme à l’accoutumée
taillé sur mesure. Je ne vous cache pas que parfois il
y a des infiltrations, des révélations derrière
les coulisses qui laissent planer le doute sur les intentions
des pôles du pouvoir et on parle même de scénarios
catastrophe comme le fait d’amputer une région d’un
regroupement, d’une masse d’électeurs afin
de coller cette masse artificiellement à une autre, pour
les besoins de la cause.
L'observation
: Il va falloir recourir à des observateurs. Ces observateurs
seraient-ils officiels (observateurs gouvernementaux) ou relèveraient-ils
d’organisations non gouvernementales ? Pour nous, l’un
et l’autre sont les bienvenus. Mais si le Gouvernement n’a
rien à cacher, il ne devrait pas, à priori, opposer
une fin de non recevoir à cette proposition.
Donc
ces 3 rubriques servent d’axe de réflexion, pour l’instant,
à ces 3 composantes.
Allez-vous
vous arrêter à ces 3 rubriques ou irez-vous au-delà
?
Certainement
pas ! Les élections, quoique importantes, ne sont pas et
ne peuvent pas être une fin en soi. Il est question du Liban
en tant que réédification d’un Etat, d’un
Etat moderne, respectueux du pluralisme et de la spécificité
de toutes les familles qui constituent sa société,
un Etat qui accompagne les tendances de la mondialisation et de
l’évolution. Donc il ne s’agit pas d’un
Etat vétuste et délabré, un Etat totalitaire
comme ils le préconisent…
Par
conséquent, il y a des têtes de chapitres :
La
souveraineté : comment recouvrer la pleine souveraineté
?
Comment
trouver des solutions aux questions problématiques
comme les hameaux de Chebaa ? Ces hameaux constituent-ils
un obstacle vraiment infranchissable ou ne seraient-ils qu’un
alibi afin que la Syrie puisse continuer la lutte par partie
interposée ? Donc, on cherche à faire éclater
la vérité.
Jusqu’à
la question casse-tête de savoir comment gérer
la problématique de l’endettement.
Ce
sont là les principaux volets qui nous préoccupent
le plus.
L'Opposition
est-elle appelée à rester ce qu'elle est ou à
aller au-delà ? Avez-vous un programme pour aller
plus loin ou vous resterez là où vous êtes
pour le moment et vous verrez plus tard ?
A
partir du moment où on définit une feuille de route
avec les buts qu'on s'est fixés et la mission qu'on s'est
assignée, c'est-à-dire comment regrouper tout en respectant
les spécificités de chaque famille, de chaque composante,
la porte reste grande ouverte à tout le monde, à tous
ceux qui sont de notre avis, qui adhèrent à nos principes
et à nos buts.
Quand
vous dites « à nos buts, à nos principes »,
de qui parlez-vous?
Pour l'instant, des
3 composantes que je viens d'énumérer.
Donc
pour le moment, vous avez ce programme. Vous regardez vers l'avenir,
mais vous n'avez pas encore quelque chose de précis.
Non !
L'Opposition en est donc là !
Oui !
Mais la balle est dans le camp d'autrui. A titre d'exemple, le président
Hariri doit, en fin de compte, trancher ce dilemme. Il s'est enfermé
dans un dilemme. On le comprenait lorsqu'il était au pouvoir.
On le comprend moins à l'heure qu'il est et on le comprendra
moins encore demain, dès lors qu'il y va de la pérennité,
de la survie du pays en tant qu'Etat indépendant, souverain,
moderne etc.
Qu'attendez-vous
du président Hariri ?
Qu'il
adhère à ces principes. Je ne dis pas « nos
principes » car les principes sont universels. La souveraineté
n'appartient à aucune formation en particulier, ni la modernité,
ni la spécificité du Liban. Ce n'est pas l'apanage
du PNL ou des autres.
Où
en êtes-vous avec le général Michel Aoun ?
Il y a un dialogue qui n'a jamais fait défaut
entre les opposants, surtout Kornet Chehwan et le général
Michel Aoun. Le général Aoun s'est-il concerté
avec les Assises de Kornet Chehwan pour prendre ses positions ?
La réponse est négative. D'un côté,
les impératifs du lieu et du moment lui ont dicté
un comportement en solo et d'un autre côté, ce sont
des questions hyper sensibles pour qu'elles soient débattues
sur le marché public, comme par exemple le fait de défendre
un point de vue devant le Congrès etc. Il est très
difficile d'en débattre publiquement. Cela dit, les buts
sont les mêmes. Quant aux moyens, si la politique est l'art
du possible, l'on en jugera par la suite sur les résultats
de chaque processus.
Là où les choses en sont arrivées,
je ne considère pas qu'il soit erroné d'analyser
la situation comme étant dans le droit chemin à
partir du moment où il est question de la légalité
internationale. Le général Aoun n'a pas conclu de
marché avec une tierce partie, avec un Etat tiers. Il n'a
pas été chercher un soutien auprès d'Israël
ou d'un Etat arabe comme c'était le cas autrefois lorsqu'on
jouait la carte de l'Irak contre la Syrie, la carte de la Syrie
contre l'Egypte, contre l'Arabie Saoudite etc. On s'est adressé
à la légalité internationale. Maintenant,
y a-t-il un problème entre les pôles du pouvoir et
la légalité internationale ? Il semble que
oui, il y a un problème, mais c'est à eux de trouver
la solution. En ce qui nous concerne, nous adhérons à
fond à la légalité internationale d'autant
plus qu'un pays minuscule comme le nôtre, avec les dimensions
qu'il a, n'a pas d'autre choix, d'autre option que de se fier
à la légalité internationale. Donc, si on
nous blâme pour cela, on accepte d'être blâmés.
Etes-vous
d'accord avec le général Aoun lorsqu'il dit qu'au
Liban il
n' y a pas d'opposition mais des opposants ?
Je viens
de sortir d'un cours de Relations internationales et je venais de
dire que « le non alignement n'a jamais existé
en tant que tel ; tout au plus existait-il quelques non alignés ».
Pour paraphraser cette formule, je peux dire que oui et non !
Si le général Aoun vise Kornet Chehwan, je ne peux
que lui donner tort. S'il fait allusion à quelques uns de
ces gens de circonstance qui, lorsqu'ils ne sont pas au Gouvernement,
font de l'opposition et après sont les pires gouvernementaux
et d'un loyalisme à toute épreuve, il a parfaitement
raison.
Mais qu'il me soit permis de ne
pas partager l'analyse du général Aoun s'il accusait
(je ne veux pas lui faire un procès d'intention) toute l'opposition
à commencer par Kornet Chehwan, comme si elle n'existait
pas. Elle existe. Elle a fait preuve d'existence. Elle essaye d'être
sereine. Elle procède au coup par coup. Il n' y a pas d'autre
alternative, le rapport de force étant ce qu'il est et à
la lumière de l'évolution éventuelle de la
situation et de l'évolution du problème proche oriental
en particulier. Donc on ne peut qu'en tenir compte.
Peut-être
faisait-il allusion aux différentes oppositions et non
pas seulement à celle de Kornet Chehwan ?
Oui,
par exemple entre Walid Joumblatt et nous ou la Gauche démocratique.
Je ne suis pas entrain de dévoiler des secrets. Walid Joumblatt
a lui-même fait état de sa position favorable à
la présence de l'armée syrienne dans la Bekaa alors
que nous réclamons inlassablement le retrait des forces syriennes ;
il est pour la résistance et la continuation des opérations
militaires sous prétexte de Chebaa alors que nous y sommes
opposés ; nous sommes pour l'envoi de l'armée
à la frontière du Sud alors que lui s'y oppose et
cela ne nous empêche pas de gérer nos différents
et nos sensibilités et de mettre sur la table ce que nous
avons en commun et dans un Etat pluraliste comme le nôtre,
nous n'avons pas d'autre option. On ne peut pas cataloguer les gens.
Je ne peux pas refuser de m'asseoir autour d'une table avec quelqu'un
s'il n'adhère pas à 100% à mes thèses.
Sinon, cet Etat cessera d'exister.
Peut-on
aller vers une plus grande homogénéité au
niveau de l'opposition ?
Tout
dépend de ce que l'on entend par homogénéité.
Je vais être plus direct. On fait un bilan, un tableau avec
A et B. Si l'on met ce qu'il y a de commun entre le général
Aoun et KC, entre KC et les autres, il y a certainement beaucoup
plus de points en commun avec le général Aoun sur
le plan national (retrait etc.) qu'avec les autres. Mais il y a
une sorte d'obligation qu'impliquait l'occupation, l'absence de
libertés au Liban : une partie chrétienne ne
saurait, quelle qu'en soit la dimension, effectuer une percée
parce qu'elle est accusée de sectarisme. Que nous reproche
l'autre bord ? Que KC est un rassemblement chrétien.
Donc ce tabou est rompu grâce à l'adhésion de
forces musulmanes. Par conséquent, il faut que KC joue le
rôle de pont, de transition entre d'un côté le
général Aoun avec qui elle a beaucoup de points communs
et les autres pour briser ce mur opaque derrière lequel se
cachent les francs-tireurs qui continuent à tirer sur nous
en nous accusant d'être sectaires, chrétiens etc. Une
sorte de recoupement de la nécessité !
Votre
papier sera-t-il prêt bientôt ?
Il faut compter une semaine, une dizaine
de jours, deux semaines au maximum. Nous avons achevé une
première ébauche et nous allons avoir des réunions
continues afin d'aplanir quelques difficultés de forme.
Entretien conduit par Marie-Claude
Saadé-Hélou le 30.11.04