1-
Si nous avons pris, au sein de la Rencontre démocratique,
la décision de nous opposer à la prorogation du mandat
du Président de la République, prorogation qui fut
la cause directe de la résolution 1559 du Conseil de Sécurité,
c'est parce que nous savions parfaitement que cette prorogation
allait provoquer des complications sur le plan international et
qu'elle affaiblirait, sur le plan intérieur, la confrontation
de ces complications. Nous avions besoin, à la lumière
de ce qui se passe en Irak et en Palestine, à la lumière
des changements observés à la veille des élections
américaines, d'une unité intérieure, d'une
entente intérieure, d'éléments apaisants dans
la société libanaise, d'une reconnaissance mutuelle
de la part des différentes composantes de notre société
et de l'amorce d'un dialogue sérieux entre Libanais car nous
ne pouvons pas résister sur le plan politique sans une résistance
intérieure, une résistance sociale et économique.
Cela sans compter qu'en plus des complications politiques, la situation
sociale et économique du pays s'aggravait.
Nous
avons donc prôné le respect de la Constitution, l'alternance
au niveau du pouvoir, d'avantage de libertés et d'avantage
de démocratie car tout cela immunise le Liban, de manière
substantielle, contre les changements qui affectent la région
et l'Orient en particulier. En conséquence, nous avons pris
position contre la prorogation du mandat présidentiel, d'une
part pour le principe, et d'autre part, afin justement de régénérer
la vie politique au Liban et de créer une opposition réelle,
nationale et non une Opposition chrétienne face à
un Loyalisme musulman. Notre but était de créer une
Opposition nationale intérieure en mesure, avec les Loyalistes,
de gouverner le pays de manière démocratique et naturelle.
Mais
ce qui s'est passé, c'est que nous n'avons pas été
écoutés et le Parlement libanais s'est livré
à une course contre la montre (cette course lui était
demandée à travers les différents services
de sécurité au Liban) et cela a donné lieu
à la séance d'amendement de la Constitution à
laquelle nous nous sommes opposés et à la résolution
1559 du Conseil de Sécurité.
De
plus, pour information et ceci est bien connu et documenté,
nous prônions, avant même la 1559, ce que nous prônons
aujourd'hui. Donc, non seulement nous n‘avons rien à voir
avec cette résolution, mais nous l'avons refusée et
avant même que Walid Joumblatt n'effectue sa visite à
Paris, il avait rencontré (il y a deux semaines de cela)
Terjé Roed-Larsen et lui a tenu le même langage que
celui qu'il a tenu à Paris par la suite. De même, lors
de l'Assemblée générale du parti socialiste,
il a également discuté avec nos camarades du parti
des mêmes sujets sur lesquels nous nous exprimons en permanence.
Nous
ne tenons pas de double langage. Nous tenons un langage unique :
nous voulons un Liban démocratique, libre, indépendant,
lié à la Syrie par une relation correcte et saine,
un Liban qui sauvegarde la Résistance jusqu'à la libération
des hameaux de Chebaa car la Résistance fait partie du tissu
libanais. Le peuple libanais s'est tenu à ses côtés
jusqu'à la victoire, tout le peuple libanais, dans toutes
ses composantes et cette position politique a contribué à
donner à l'Opposition libanaise, après la séance
de prorogation, sa dimension nationale et sa puissance, la mettant
à l'abri des coups et attaques d'un Loyalisme appartenant
à une autre confession ou une autre religion.
En
conséquence, nous n'avons pas vu cette fois les « manifestations
des coutelas » mais des manifestations qui accusaient
de trahison une large frange de la classe politique composée
de musulmans, de druzes et de chrétiens. Par « manifestations
des coutelas » nous visons les manifestations qui
avaient lieu par le passé, lorsque par exemple les étudiants,
les Aounistes ou les Forces libanaises manifestaient pour exprimer
leur opinion, une contre-manifestation se produisait, inspirée
par certaines parties religieuses de Tarik el Jadidat et autres,
dans lesquelles les manifestants portaient des bâtons et des
coutelas, menaçant d'en faire usage. Ceci n'est plus possible
maintenant car l'Opposition est devenue une Opposition libanaise,
nationale, non liée à l'étranger, sans aucun
prolongement à l'étranger et ses préoccupations
sont uniquement nationales.
2-
Une loi électorale juste et égalitaire, mais également
un mécanisme électoral. Donc, une loi et un mécanisme.
Mais qui va surveiller cette loi ? Qui va élaborer cette
loi ? C'est une question importante. Qui va surveiller les
élections ? Ceci, également, est une question
importante.
Au
Liban et cela est bien connu, nous sommes passés après
la guerre par différentes étapes électorales :
1992, 1996 et 2000. Pour être fidèle au passé,
je dois dire que certaines lois ont été élaborées
en vue de servir ceux que l'on appelle « Les tenants
de la Ligne » et ces lois ont facilité l'accession
au Parlement des « rouleaux compresseurs »
et des « bus ». Les décisions
du Parlement sont devenues en conséquence tenues et maîtrisées et
le Parlement a perdu sa vie politique, preuve en est que le Parlement
ne peut ni faire chuter un gouvernement, ni coopter un premier ministre
car, en ce domaine, la décision provient d'un autre lieu.
A
partir de là, une loi électorale moderne, juste, transparente,
qui sauvegarde la bonne représentation à travers la
petite circonscription (caza) qui ne serait pas élaborée
sous la direction de l'actuel Gouvernement dont nous demandons la
démission et le départ car ce Gouvernement est partie
et il s'est exprimé en tant que partie. Le Gouvernement a
exprimé clairement qu'il était partie et que le plus
fort gagne, sur base de la résolution 1559.
Par
conséquent, nous n'avons pas confiance dans l'actuel Gouvernement
et nous en demandons le départ et la venue d'un Gouvernement
neutre qui ne soit pas avec nous, mais à condition qu'il
ne soit pas aussi avec les autres. Donc un Gouvernement neutre,
pour tout le Liban, qui puisse veiller à l'élaboration
d'une loi électorale juste qui respecte la bonne représentation.
Les élections législatives se passeraient alors sous
la surveillance de ce Gouvernement libanais, national, indépendant,
non tenu par les Services de Sécurité et leurs ramifications.
Dès
lors, nous respecterions toute décision que prendrait ce
Parlement élu car il représenterait effectivement
le peuple et la volonté du peuple et c'est ainsi que la vie
politique deviendrait active.
La
véritable charnière est donc une loi électorale
claire, moderne, juste et une surveillance interne des élections,
au moyen d'un Gouvernement qui ne soit pas celui du président
Karamé.
3-
Les ONG contribuent à améliorer la vie politique.
La société civile libanaise est une société
très dynamique et il faut lui donner un rôle et du
poids afin qu'elle contribue également à enrichir
la vie politique, comme je l'avais dit précédemment
et cela aux côtés d'une
Opposition correcte, de Loyalistes dont la préoccupation
serait le Liban et non les intérêts des autres et enfin
d'une Loi électorale moderne.
Dès
lors, nous pourrons espérer au Liban une vie politique active,
comme par le passé. Le Liban ne peut vivre que sur base de
la Liberté, de la Démocratie et du pluralisme. Le
Liban est le pays des Libertés et s'il venait à perdre
cette empreinte, il perdrait sa raison d'exister en Orient.
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