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LA REGENERATION
DE LA VIE POLITIQUE AU LIBAN

Comment régénérer la vie politique libanaise ?

M. Albert Sara
Ancien avocat et homme d'affaires
Président d'honneur de la Société Ksara

Par une Jeunesse qui doit s'intéresser à la politique
et sous l'angle de la conservation de l'Indépendance
de ce pays

 
Quand on aborde ce sujet, on pense aux jeunes évidemment puisqu’il s’agit de régénération et forcément aux étudiants, à cette Jeunesse qui est entrain de s’enrichir, d'éclore, de chercher la connaissance, le savoir et qui, particulièrement au Liban, doit s’intéresser avant tout à la politique.

J’ai été étudiant en France pendant quelques années. En France aussi, la Jeunesse s’intéresse à la politique, mais pour eux, le sujet est moins crucial que chez nous, car c’est un pays organisé qui a toute une Histoire, qui a des classes politiques organisées, des penseurs, des écrivains etc., alors qu’ici, notre indépendance est toute jeune. Je n’ai pas besoin de faire de l’Histoire maintenant et de rappeler comment elle a été galvaudée, comment les personnalités responsables de l’Histoire de ce pays se sont comportées en politique et je ne vais pas énumérer les fautes, ce serait trop long ! Mais, c’est pour vous dire que la position de la Jeunesse libanaise est autrement plus délicate et difficile que celle de la Jeunesse dans un pays comme la France ou d’autres pays européens.

Les jeunes doivent s’intéresser à la politique parce que notre pays, le Liban, est remis en question quand il y a une crise et surtout aujourd’hui devant le spectacle de cette mondialisation où l’individualité, la distinction d’un pays devient moins accusée qu’autrefois, avec l’Union européenne où les pays de la vieille Europe envisagent et vont probablement faire une petite diminution de leur souveraineté au profit de la tonalité de l’Union européenne.

Au Liban, les visées sur notre pays remontent à une Histoire assez ancienne et les revendications des autres pays et surtout de la Syrie ne sont pas nouvelles. Alors la situation est, ici, autrement plus difficile. Les jeunes doivent donc évidemment s’intéresser à la politique. Ceci est nécessaire et sous l’angle de la conservation de l’indépendance de ce pays qui est remise en question par tant d’éléments même internes, de chez nous. Il faut donc défendre cette entité libanaise et c'est une chose essentiellement politique.

Il y a également le volet institutions. Nos institutions sont posées dans un cadre depuis le mandat français qui nous a donné l’organisation alors que nous n’étions qu’une province autonome de l’Empire ottoman. Nous avions notre autonomie mais nous n’avions pas notre indépendance complète dans son vrai sens. Nous devons donc certainement beaucoup à la France , il faut le reconnaître - sous réserve des critiques que nous avons faites chacun d’entre nous, même les grands amis de la France ont trouvé à critiquer - pour la structure de notre indépendance.

Alors aujourd’hui, la Jeunesse doit penser à la consolidation de ces structures et à des réformes. Tous les pays sont entrain de penser à des réformes mais ici, nous devons faire des réformes très importantes pour garantir l’indépendance, l’intégrité et l’intégralité des institutions. Ces jeunes doivent s’adonner à des recherches et à des approfondissements du sujet et doivent avoir, en eux-mêmes, un esprit - je ne dirais pas combatif pour ne pas effaroucher les gens - mais plutôt un esprit de défense contre d’une part, la fragilité de ce pays et d’autre part, l’adversité ou l’attitude adverse d’autres pays qui en veulent au nôtre. La meilleure façon de se défendre c’est de donner à ce pays des institutions saines et les moyens de sauvegarder dans chaque secteur un travail intègre, de placer la question de l’intégrité au-dessus de tout en ayant en vue le fait que la corruption est un élément très dangereux, pour nous encore plus que pour d’autres. Maintenant, nous découvrons qu’il y a d’autres pays qui, malgré leur force et leurs institutions souffrent pourtant de la corruption. A plus forte raison nous-mêmes, nous devons nous défendre contre cette corruption. La corruption doit donc être réprimée par des institutions judiciaires évidemment et par d’autres organes de contrôle et de répression.

Alors, voilà, beaucoup de choses pour la Jeunesse et qui doivent accaparer leur esprit et attirer tout le temps leur activité (plutôt que de se livrer et on ne va pas faire maintenant les prédicateurs pour les mœurs et les amusements qui appellent les jeunes). Nous supposons qu’il y a une Jeunesse sérieuse qui pense à son pays. Vous parlez d’une régénération vous-même, donc une jeunesse qui cherche à régénérer ce pays.


Entretien conduit par Marie-Claude Saadé-Hélou le 7.12.04
   

 

 

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