GLOBALADVOCACY . c o m

Chacun d'entre vous peut créer l'évènement!

   




 

 

 

 

LA REGENERATION
DE LA VIE POLITIQUE AU LIBAN

Comment régénérer la vie politique libanaise ?

Me Boutros Harb
Député

Par un courant de Redressement moral et national qui permette l'élaboration d'un programme de Réformes

Je crois que le désintérêt que nous sentons dans notre société sur le plan national et politique est dû au fait que les gens ont le sentiment que la participation à la vie politique ne peut pas changer les choses, ne peut pas changer la situation à cause des forces qui gèrent le pays de façon illégale et anticonstitutionnelle, des lois électorales, et de l’absence totale d’un contrôle constitutionnel sur les travaux du Gouvernement et des parlementaires.

Tout cela n’encourage pas les gens de bonne volonté sur lesquels on peut compter à régénérer la vie politique, à s’engager dans la vie politique. Il y a un désintérêt et une indifférence dus à ce facteur psychologique qui, en fin de compte, est fatal pour nous et pour les intellectuels du pays. Car, si l’on parle d’une vie politique active avec la participation des forces actives du pays, on ne peut compter que sur les intellectuels et les gens cultivés. Or les gens cultivés sont les plus indifférents. Ils considèrent que sur le plan social, ils n’arrivent pas à vivre comme il faut car les données économiques et sociales ne sont pas bonnes et en ce qui concerne l’avenir, ils sont inquiets. C’est d’ailleurs à cause de cela qu’on voit une hémorragie tuante des forces actives de la société.

Comment régénérer ? C’est une grande question. A mon avis, on ne peut pas régénérer dans les conditions actuelles du pays surtout que (je l’avoue et je suis de l’opposition) l’opposition en elle-même ne se présente pas comme une force novatrice dans le pays. Elle n’est pas vue comme une unité ayant un programme. L’opposition, ce sont des gens qui se plaignent à haute voix, qui n’ont pas réellement de programme commun mais qui, incidemment, se rencontrent et la plupart du temps se critiquent.

C’est la raison pour laquelle les intellectuels et les personnes cultivées dont je vous parlais ne trouvent pas dans la vie politique du pays un espoir leur permettant de miser sur un changement et c’est pour cela que je suis réellement inquiet. Le changement au niveau de l’Education tout d’abord, dans le sens de l’obligation de respecter les principes et les pactes qui régissent notre société, la modification de la Constitution et des données présentes peuvent être source d’espoir. Mais dans les conditions actuelles, je suis désolé de vous dire que je suis écoeuré !

Inviter des personnes qui n’ont pas d’appartenances très radicales ou qui ne sont pas motivées par des ambitions personnelles ? Il y a une partie des Libanais, des intellectuels qui croient dans le pays et luttent pour le pays. Ils ne sont pas nombreux et c’est pour cela que je trouve que le plus grand parti du pays, ce sont les indifférents.

Je suis parfois un peu perplexe lorsque je vois qu’il y a, par exemple, une partie des Libanais qui me font sentir qu’ils ont une cause. Je les envie (non en tant que personne mais en tant que société) car en général, dans notre environnement, on a l’impression que la cause n’est pas la même pour tout le monde et même que la cause est limitée et ne va pas au-delà. Il y a des gens qui pensent, par exemple, que notre seule cause est de reconstituer notre indépendance, que notre problème, c’est le Syrien. Ce n’est pas vrai. Ce n’est pas seulement cela. C’est un problème parmi tant d’autres car, à mon avis, si les Syriens quittent en amis, ils ne créeront pas de problèmes.

Mais si nous allons continuer avec la même mentalité, la même éducation civique, la même conception du pouvoir et de notre participation au pouvoir, nous pourrons reperdre dans quelques années notre indépendance et la volonté libre et c’est ce qui m’effraie. Et c’est là que je considère que nous ne sommes pas arrivés (moi-même et d’autres comme moi) à créer un courant de redressement moral et national qui permette le lancement d’un mouvement de réformes, non seulement au niveau de l’Etat, mais au niveau de la mentalité des gens. C’est un grand problème que nous avons.

Faut-il attendre que l’on atteigne notre vitesse de croisière, la normalisation, pour commencer une chose pareille ? Peut-être qu’on n’y arrivera jamais si pareil mouvement n’est pas lancé car l’une est la conséquence de l’autre. Mais d’un autre côté, essayer de créer maintenant ce mouvement, avec les contributions qui existent dans les clans du refus, c’est encore plus difficile, car les plus grands ennemis d’un mouvement de réforme ne sont pas ceux qui sont au Gouvernement mais ceux qui ne veulent pas qu’un courant se crée car il pourrait éventuellement toucher au halo des forces de l’opposition. Que vous le vouliez ou pas, il y a des gens qui sont là dans l’opposition qui ont un certain halo. Si un courant de vraies réformes, de réformes sociales, politiques se crée, ces gens se considèrent comme étant lésés. C’est pour cela qu’ils réagissent par le refus et n’encouragent pas le changement.

Ce qui est aussi malheureux, c’est notre jeunesse dans les universités. Ils sont monopolisés, pris au départ pour les canaliser dans une voie, dans tel ou tel front. Ce qui réunit les gens, ce sont seulement les slogans de souveraineté et d’indépendance, des slogans qui ne constituent pas un Etat. Ce sont des questions très importantes mais ce ne sont pas les seules importantes. Il y a donc un problème de fond que l’on doit affronter sérieusement.

Il faudra que se crée un courant qui ne provoque pas chez les autres des réactions, un instinct de refus, qui ne les incite pas à le refuser par le fait même qu’il soit là. Si ce courant est bien conçu, il pourrait englober toutes ces forces de refus. Il ne serait pas là pour lutter politiquement pour avoir le pouvoir mais pour changer la situation, notre mentalité, notre façon de voir l’avenir.

Malheureusement, on est tellement terre à terre qu’ils sont très rares ceux qui peuvent concevoir un mouvement pareil et qui considèrent que ce mouvement n’aura pas d’arrière pensées, de buts non déclarés. C’est pour cela qu’ils en ont peur.

Il est certain que l’un des fondements de base de toute société, de tout Etat est d’avoir son indépendance mais, comme je l’ai dit, limiter notre bataille serait commencer dans l’inconnu parce qu’au Liban nous avons beaucoup de problèmes intérieurs, de grands problèmes intérieurs et rien ne sauverait la situation que la création d’un Etat de Droit qui serait la seule garantie pour tout le monde. Aujourd'hui, la nouvelle génération est divisée : fanatisme d’un côté, fanatisme de l’autre…

Entretien conduit par Marie-Claude Saadé-Hélou le 2.12.04
   


Copyright © 2004-2005 GlobalAdvocacy.com
All Rights Reserved 
   User Agreement | Privacy Policy