GLOBALADVOCACY . c o m

Chacun d'entre vous peut créer l'évènement!

   



 

 

 

 

LA REGENERATION
DE LA VIE POLITIQUE AU LIBAN

Comment régénérer la vie politique libanaise ?

M. Mohammad Kabbani
Député

Par le retour des éléments intérieurs libanais en tant qu'éléments efficients dans toutes les décisions et options, la sauvegarde des meilleures relations privilégiées avec la Syrie, un positionnement entier et en toute conviction aux côtés des Arabes dans le conflit avec Israël et la reconstitution des partis

Telle que posée, la question suppose une réponse de l’intérieur qui parte de l’idée que la vie politique est stagnante, morte ou gelée. La question suppose donc cette introduction et la prend pour base pour dire que ce qui est demandé est la régénération de la vie politique tout en s’interrogeant sur la manière de le faire.

Je suis d’accord qu’il y a de grande défectuosités dans la vie politique libanaise et l’expression la plus couramment employée dans les milieux politiques et médiatiques, c’est que la vie politique est « en panne ». Cela veut dire qu’elle est là, mais « en panne », présente, mais comme dans un dépôt ou un coffre dont la porte serait fermée à clé de telle sorte que cette vie politique a besoin d’être remise en mouvement et régénérée, la porte rouverte et qu’une poussée soit donnée à l’activité politique au Liban.

Bien sûr, le Liban s’est toujours caractérisé par un dynamisme politique qui a marqué sa vie et constitué un modèle unique dans une région où il n’y a pas de vie politique, où l’individu fait la loi, quelque soit cet individu, qu’il soit roi, prince, président, cheikh ou autre. La vie politique est «en panne» en ce sens qu’elle est stagnante, immobile et ne connaît aucun changement, interaction ou vitalité.

Bien sûr, il y a des gens qui disent qu’il y a une vie politique. Peut-être, mais cette vie politique n’est autre qu’un transfert de directives, d’instructions et d’ordres, du supérieur à l’inférieur, ce qui veut dire que c’est une question de préceptes à observer, de contrainte, de coercition et parfois cela arrive à beaucoup plus que cela comme moyens de pression et de sanction, à tout ce qu’une personne, au sommet du pouvoir, peut exercer comme moyens pour affirmer sa domination.

Le Liban constituait le modèle unique dans le monde arabe. Mais il faut signaler, en toute franchise, que ce modèle subissait aussi des influences diverses, non seulement dans sa dynamique mais aussi dans l’aspect démocratique car le jeu politique était toujours influencé par l’extérieur surtout dans les choix principaux.

Depuis l’Indépendance et jusqu’à Taef, la position essentielle et peut-être la seule agissante était la Présidence de la République comme le prévoyait la Constitution. Les élections à la Présidence de la République, dans la majorité écrasante de ses échéances, donnaient lieu à des interventions pour le choix de tel président ou pour faire pencher la balance pour tel ou tel autre président. Mais il n’ y avait pas de « création » de Président. Ceci veut dire qu'il y avait des candidats, mais au début, il y avait une lutte franco-britannique pour le choix du Président et nous avons tous lu ou nous nous en souvenons, si nous sommes d’un âge avancé, comment les Britanniques ont réussi à faire prévaloir Camille Chamoun sur Hamid Frangié en 1958 et comment le grand leader arabe Abdel Nasser s’est entendu avec l’éminent Président Fouad Chéhab sur le fait que Abdel Nasser donnerait son accord à l’accession de Fouad Chéhab à la présidence laissant à celui-ci les coudées franches au niveau de la politique intérieure en contre partie d’une coordination totale en ce qui concerne la politique étrangère, ce qui a eu pour conséquence le choix par Fouad Chéhab de Charles Hélou comme Président de la République en 1964. 1970 fut peut-être la seule étape au cours de laquelle le jeu politique libanais fut laissé aux calculs intérieurs et Sleiman Frangieh remporta la victoire avec un écart d’une seule voix. En 1976, l’élection du président Sarkis fut le résultat d’une entente entre les Américains et les Syriens. Puis, malheureusement, la décision devint israélienne dans le choix de Béchir Gemayel et après lui Amine Gemayel. A Taef, il y a eu un choix libanais au départ, appuyé par les Arabes et l’accord se fit en faveur de René Moawad. Puis après les changements rapides qui eurent lieu, la décision a commencé à être syro-libanaise et ce fut Elias Hraoui. Mais après cela, la décision est devenue entièrement syrienne pour la prorogation du mandat d’Elias Hraoui, l’élection d’Emile Lahoud et la prorogation à Emile Lahoud. Après Taef il y eu une autre position qui est devenue importante et même plus qu’importante, c’était le Conseil des ministres car il devenait l’autorité de décision lorsqu’il se réunissait et le Conseil des ministres ainsi que le Premier ministre prenaient de l’importance. Après Taef le choix est donc devenu syrien.

Ce que je veux dire par là, c’est que la personne active dans la vie politique au Liban a des choix très limités et que les décisions essentielles lui parviennent préemballées. Ce n’est pas nous qui avons choisi Emile Lahoud. Nous avons voté pour Emile Lahoud. Ce n’est pas nous qui avons choisi Elias Hraoui. Les députés d’alors ont voté pour le choix qui avait été le résultat d’un accord et qui était Elias Hraoui. Ce n’est pas nous qui avons décidé la prorogation mais nous avons voté pour la prorogation en tant que choix fait et décidé par les Syriens.

Comment régénérer la vie politique ?

1- Par le retour des éléments intérieurs libanais en tant qu'éléments efficients dans toutes les décisions et options, la sauvegarde des meilleures relations privilégiées avec la Syrie et la prise en considération des justes intérêts nationalistes syriens. Aussi, si notre choix est ce qui a été conclu à Taef, c'est-à-dire des relations privilégiées avec la Syrie, cela doit être accompagné d’une sincérité et d’une conviction dans les relations avec la Syrie pour que le régime syrien soit tranquille sur le fait que les Libanais traitent avec lui sur base qu’il est le grand frère et que les relations privilégiées sont le destin et le choix du Liban.

Si nous parvenons à cette conviction générale des Libanais et que nous le traduisons par l'affirmation de ces relations privilégiées, à mon avis, ceci aidera beaucoup à la reformulation du rôle syrien au Liban de manière à ce que ses droits nationalistes soient sauvegardés et que les Libanais puissent réactiver leur vie politique.

2- Naturellement, il y a également d’autres postulats qu’il faut prendre en considération afin que la vie politique se remette en mouvement. L’autre aspect des relations privilégiées avec la Syrie, c’est la conviction totale que notre unique ennemi est Israël et ceux qui appuient Israël et donc que nous nous tenions entièrement et en toute conviction aux côtés des Arabes dans la question du conflit avec Israël et non pas que nous nous tenions comme si nous n’avions rien à faire avec cette question car cette affaire a été essayée par certains dans le passé et le résultat fut la destruction pour le Liban. Etre donc convaincu de la position nationaliste qui est l’arabité du Liban, ce qui se traduit en premier lieu, par les relations privilégiées avec la Syrie et en deuxième lieu, par une position adverse vis-à-vis d’Israël étant donné qu’il s’agit là d’un projet sioniste qui veut dominer toute la région et non pas seulement la Palestine. Ceci serait le pas le plus grand et le plus important pour régénérer notre vie politique.

3- Mais il y a aussi la question de la reconstitution des partis car il n’y a pas de vie politique sans partis. Et il y a deux choses importantes aujourd’hui : durant l’Indépendance, bon nombre de ces partis avaient un cachet national et ils sont presque tous entrés, surtout les plus actifs d’entre eux, dans le cadre des communautés et sont malheureusement devenus les partis des communautés.

Au début, seuls les « Kataeb » étaient le parti des maronites. Puis ils ont été suivis par le « PNL » après 1958. Avec le temps, le parti socialiste progressiste, après que la proportion des chrétiens, des sunnites et des chiites ait diminué, s’est transformé en parti de la communauté druze. Le mouvement « Amal » est le parti de la communauté chiite. Le «Hezbollah» qui a suivi la ligne de la résistance nationale se comporte sur le plan nationaliste en tant que parti nationaliste pour tous les Libanais mais, dans les questions intérieures, il se comporte comme le parti le plus fort sur la scène chiite.

Lorsque je parle donc de reformuler la vie des partis, cela veut dire qu’il faut encourager de nouveau la création de partis nationaux dans lesquels se rassembleraient des membres venus d’appartenances confessionnelles différentes pour une même pensée et une même action politiques. Il y a bien sûr des partis qui, à la base ne sont pas confessionnels, mais ils se sont affaiblis. Le parti communiste par exemple, est un parti non confessionnel mais qui s’est affaibli à cause du fait qu’il a été éloigné du pouvoir. Le parti nationaliste syrien a accédé à une position au pouvoir mais qui, à mon avis, est plus importante que son volume réel en tant que parti ordinaire. Il occupe ce volume au Parlement et au Conseil des ministres à cause de ses relations spéciales avec la Syrie.

Mais il y a d’autres tentatives qui méritent d’être relevées et dont la plus saillante, peut-être, est le « Mouvement du Renouveau Démocratique » présidé par le député Nassib Lahoud qui a la confiance et le respect de tous les Libanais avec, à ses côtés, des personnes éloignées de tout esprit confessionnel comme le député Misbah el Ahdab, Bassem al Jisr et d’autres comme eux.

A mon avis, encourager les partis politiques doit devenir notre but dans l’étape prochaine et l’un des facteurs qui contribuent à mettre en mouvement la vie politique et encourage les partis politiques est le système électoral ou la loi électorale. La loi électorale qui aide nécessairement à la naissance et à l’évolution des partis est le système proportionnel qui fait de la candidature individuelle un acte suicidaire et parfois même interdit par la loi. Par conséquent, les personnes actives dans le domaine politique se voient obligées de se rassembler dans des partis, soit des partis élitistes, soit des partis populaires, mais dans les deux cas, ils se rassemblent dans des partis qui élaborent des programmes et participent aux élections sur base de programmes. A partir de là et avec de grandes circonscriptions « mélangées » pour le système proportionnel, les partis sont alors obligés de devenir des partis «mélangés» pour assurer un appui populaire à leurs candidats aux élections législatives. Cette question va donc se poser dans une étape prochaine.

Naturellement, il est inutile de parler de la liberté de presse car la presse est libre au Liban. Je crois donc que tous ces facteurs réunis peuvent régénérer une vie politique saine au Liban.

 

Entretien conduit par Marie-Claude Saadé-Hélou le 3.1.05
   

M. Mohammad Kabbani
Député
Président de la Commission parlementaire des Travaux publics, des Transports, de l'Energie et des Eaux.

 

   Copyright © 2004-2005 GlobalAdvocacy.com
All Rights Reserved 
   User Agreement | Privacy Policy