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DES REPERES DANS UN DESORDRE ORGANISE
Par René AGGIOURI



Sur la manière de traiter avec le gouvernement palestinien du Hamas, des divergences commencent à apparaître entre les divers partenaires, l’Europe, les Etats-Unis, Israël, d’une part et, d’autre part, les principaux pays arabes.

L’Europe s’est ingéniée à imaginer une procédure pour continuer à aider les populations palestiniennes, sans passer par le gouvernement de M. Hannyé. C’est la quadrature du cercle. Mais les responsables européens croient pouvoir s’en sortir en dépit des obstacles que l’Administration américaine compte dresser devant leur initiative.

Car les Etats-Unis, pour ce qui concerne les secours qu’ils affirment vouloir continuer à apporter à la population palestinienne, ont multiplié les difficultés de transfert de capitaux ou de denrées de première nécessité. La volonté de fermer toutes les portes est à la base de cette politique.

Quant au gouvernement israélien de M. Olmert, il continue d’ignorer les appels à la trêve et au dialogue que multiplie le Hamas; il poursuit sa chasse aux militants palestiniens, maintient le blocus du territoire de Gaza et ne cesse de le bombarder. Pourtant, des voix s’élèvent en Israël même préconisant une politique d’ouverture et de dialogue, sans conditions préalables. Apparemment, ces voix n’ont aucune chance d’être entendues; mais elles servent à donner bonne conscience à une fraction de la société israélienne.

Telles sont donc les positions des trois principaux acteurs qui jouent avec le destin des Palestiniens et, au-delà, avec la paix dans l’une des régions les plus sensibles du monde.

***

Du côté des pays arabes, les positions à quelques exceptions près, sont plus subtiles vis-à-vis des diverses tendances qui se partagent la scène palestinienne.

On peut les passer rapidement en revue. C’est toujours significatif.
Ainsi, pour commencer par l’exception la plus notable, la Syrie. Selon une tradition bien établie, le gouvernement de ce pays apporte son appui aux groupements palestiniens les plus rigides. C’est un exemple de la sclérose qui caractérise la politique de Damas depuis un demi-siècle.

C’est sans espoir.

L’Egypte se complaît, désormais, dans un rôle flatteur de médiateur. Mais sans véritable perspective de résultat concret, sinon peut-être d’apaisement.

La Jordanie, directement menacée dans son existence même, en est réduite à un rôle de vigile.

L’Arabie saoudite, enfin, dont le poids est tel qu’on ne peut l’ignorer, s’en tient jusqu’ici à un appui moral aux efforts de conciliation de l’Egypte. Riyad ne se compromettra pas davantage.

Ainsi, dans l’ensemble, du côté arabe, il n’y a pas véritablement d’initiative nouvelle. On s’en tient toujours aux propositions de la fameuse conférence de Beyrouth. Les Arabes croyaient y avoir offert à Israël des conditions de paix raisonnables. Mais Israël a ignoré cette main tendue. Et pendant que son armée sème la terreur, les Arabes délibèrent, tâtonnent, piétinent. Et c’est ainsi que les groupuscules clandestins prennent le relais pour répondre à la terreur par la terreur.
Israël mène cette danse macabre sur une musique biblique qui trouve un écho enthousiaste à la Maison-Blanche où, comme chacun sait, on cultive la doctrine des “christian born again” qui voient dans la reconstitution du royaume de Salomon, le triomphe final du Christ par la conversion de tout le peuple juif. La folie peut être une maladie contagieuse.

L’Europe embarrassée essaie de se maintenir dans le mouvement à coup de millions d’euros aux Palestiniens. Elle table toujours sur une éventuelle reprise du dialogue rationnel. Mais, en réalité, les choses étant ce qu’elles sont, c’est sans espoir.

Les Israéliens, profitant de l’affaiblissement du monde arabe, peuvent compter sur la présence militaire des Etats-Unis dans la région pour poursuivre impunément leur entreprise de colonisation.

La politique du fait accompli leur a généralement réussi. Ils y comptent plus que jamais dédaigneux de toutes les critiques et de toutes les oppositions.

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La clé de toute cette lamentable histoire est et a toujours été l’Amérique. Dès l’instant où les Etats-Unis ont pris le relais de la Grande-Bretagne pour résoudre le conflit de Palestine, l’ambiguïté est devenue la caractéristique dominante des rapports entre les diverses parties. Aux yeux du monde arabe, l’Amérique jouissait d’une aura d’impartialité, avec une solide réputation de puissance opposée au système colonial. Au surplus, de très gros intérêts pétroliers faisaient croire que Washington ne trahirait jamais ses partenaires arabes.

Mais c’était sans compter avec la prédominance des tendances bibliques dans les milieux dirigeants américains. A commencer déjà, par le président Truman à qui on doit le premier acte de reconnaissance d’un Etat juif. M. Truman était un lecteur assidu de la Bible. Il l’avait lue quatre fois, dit-on, d’un bout à l’autre. Il avait toujours admis que l’Ancien Testament avait joué un rôle décisif dans la promesse qu’il avait faite aux Juifs qu’un jour, ils retrouveraient leur patrie.

Depuis Truman, cette prédominance de la tendance biblique dans la politique américaine, n’a pas varié sauf, peut-être, durant la présidence Eisenhower. Une certaine ambiguïté continuait de planer sur la politique américaine en Orient, jetant le trouble dans un monde arabe partagé entre le doute et la confiance dans le rôle des intérêts pétroliers qu’on croyait décisifs, tenté en même temps par les sirènes de Moscou.

Aujourd’hui, avec George W. Bush toute ambiguïté a cessé. Bible en main, Washington a son siège fait. Les Arabes ne sont plus entendus à Washington. Israël seul y peut donner de la voix. On y est persuadé qu’à la fin des temps, il rejoindra les foules des “Christian born again” pour entonner les mêmes hosanna sur cette terre prédestinée de Palestine. Folies que tout cela?... Mais qui peut prétendre avoir le monopole de la sagesse?...


Article paru dans "La Revue du Liban"
du 24 juin 2006


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