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LIBAN
Survol de Trente Années Tragiques

M. Albert Sara


Béchir Gemayel, prestigieux homme d'Etat
dans une situation en pourrissement

 

A partir de 1978, Béchir Gemayel, chef incontesté des forces chrétiennes, est apparu bientôt comme un bâtisseur à mesure que le pays luttait pour se libérer de l’occupant syrien et palestinien. Il se révéla être un organisateur de haute taille, ayant une conception à la fois classique et réaliste de la nation rajeunie et moderne et rejetait les méthodes de la veille classe politique pratiquées depuis des décennies. Aussi, il était perçu par ses partisans et même par ses opposants comme une figure de renouveau déterminée à combattre toute corruption ainsi que le laisser-aller extrême qui permirent la dégradation de la situation libanaise.

Il fit appel à des personnalités d’expérience et de compétence indiscutables qui se constituèrent en comités de travail d’une efficacité et d’un sérieux autrement plus productif que n’en avait jamais connu l’administration de la République.

Ces comités de travail se donnèrent à leur tâche avec une conscience et une énergie rares. Les plus déprimés reprenaient courage dans un mouvement d’enthousiasme grandissant et contagieux.

Béchir Gemayel était proche de la population et était présent sur tous les fronts, galvanisant ses partisans et prônant l’idée du Liban des 10.452 km2 libéré de toute occupation étrangère. Plus tard, il parvint à établir des voies de rapprochement avec les leaders musulmans comme Saeb Salam (8), Chafic El-Wazzan (9), Osman Dana et Takieddine Solh.

Mais l’occupant « veillait au grain » et par des flambées allumées de façon imprévue maintenait une atmosphère d’incertitude et de tension délétère.

L’affaire Salim Laouzi est malheureusement une illustration de l’atmosphère qui régnait dans le pays à la fin des années 1970. Eminent journaliste sunnite de position indépendante, Sélim Laouzi publiait dans son hebdomadaire Al-Hawadess des articles reflétant une pensée libre pleine de modération et d’esprit de conciliation. Laouzi était aimé et respecté par les citoyens de tous bords et représentait une lueur d’espoir pour les Libanais assoiffés de liberté et d’entente. Son indépendance d’esprit, sa modération et son courage d’appeler les choses par leur nom lui valurent des menaces à peine voilées par les autorités syriennes. Il fut obligé de se réfugier à Londres. Néanmoins, il continua à partir de ses bureaux des rives de la Tamise, à publier son hebdomadaire à Beyrouth que les Libanais de tous bords se hâtaient d’acheter le matin de sa parution.

Mais ce qui amena le martyre de Salim Laouzi, ce fut la publication par la revue Al-Hawadess du 17.12.1979 du compte-rendu – supposé ultra secret – de l’Assemblée Générale du parti régnant à Damas, le Baas, où des critiques acerbes furent proférées contre le Pouvoir. Hélas pour Laouzi, c’était signer son arrêt de mort : Peu de temps après, mourut sa mère à Beyrouth. Il appela le premier Salim Hoss pour lui demander s’il y avait un risque pour lui à venir à Beyrouth pour accomplir son devoir filial. Sur tranquillisation de Hoss, il quitta Londres et arriva chez lui pour recevoir les condoléances. Quand il reprit le chemin de l’aéroport de Beyrouth, parsemé de barrages syriens, il disparut. Après des recherches angoissées, tant du gouvernement libanais que des proches, son cadavre fut retrouvé, la main droite mutilée.

On ne pouvait donner aux Libanais un message plus clair pour museler tous ceux qui oseraient dévier de la ligne imposée par la Syrie.

Le Liban continua à vivre dans l’insécurité et la précarité, la division du pays se manifestant par de nouvelles lignes de démarcation qui devenaient autant de foyers de combat et de mort. Des séries d’explosions de voitures piégées, emportant avec elles de nombreuses victimes, rappelaient sans cesse aux Libanais l’état de guerre, ravivaient en eux les fanatismes et augmentaient le sentiment d’abandon et de désespoir. L’aéroport de Beyrouth, sous contrôle syrien, devint un symbole d’insécurité dont l’accès était dangereux et imprévisible et les combats continus imposèrent régulièrement sa fermeture totale pour des périodes indéterminées. Les compagnies aériennes réduisirent puis annulèrent progressivement leurs vols pour Beyrouth, contribuant au sentiment grandissant d’isolation des Libanais. Le commerce également se maintenait péniblement dans un état de stagnation extrême. On ne voyait pas le bout du tunnel.

Devant ce marasme persistant, l’action de Béchir Gemayel devenait de plus en plus gênante pour ses ennemis. Il survécut à plusieurs attentats dont un, au printemps 1981, qui emporta sa petite fille Maya, âgée de deux ans.

8* Leader sunnite et plusieurs fois premier ministre. Il était un des artisans du pacte national et était respecté par les citoyens de tous bords.

9* Leader musulman sunnite qui était premier ministre sous le sexennat de Elias Sarkis.

   

* Prochaine communication:
   Deuxième invasion israélienne du 6 juin 1982. Intervention islamique iranienne.
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