Durant
l’année 1978, la Syrie qui voyait Béchir
Gémayel prendre d’une main de plus en plus ferme
et efficace les forces militaires et politiques de l’Est,
décida de frapper un grand coup et d’en finir avec
la Résistance libanaise. Elle possédait un avantage
qui, selon les calculs les plus réalistes, devait lui donner
des résultats décisifs. En effet, à Beyrouth
même, dans la partie Est où les forces chrétiennes
avaient assuré une solide sécurité pendant
les « deux ans », les soldats de la FAD venus «
pacifier » le pays prirent position dans les immeubles les
plus élevés de la ville et s’assurèrent
ainsi un contrôle de tout le secteur chrétien. Ce
fut le démarrage du cycle tragique qui fut nommé
la sinistre « guerre des cent jours ».
Cela
commença en pleine période de calme par un drame
odieux dans une petite région chrétienne à
faible distance de Baalbeck, le village de Kaa’. Dans les
débuts de la « guerre de deux ans », ce village,
avec un courage et une pugnacité exceptionnels, avait soutenu
victorieusement un siège sauvage des éléments
chiites et gauchistes en nombre bien supérieur. Depuis
les sommets Riyad-Caire, il vivait dans une paix assez stable,
s’étant imposé au respect de ses voisins.
Il comprenait une proportion importante de jeunes de carrières
libérales et de professeurs. Les vacances venaient de commencer
avec le retour de ces jeunes dans leurs familles.
Dans
la nuit du 29 Juin 1978, des forces syriennes (prétendument
FAD) pénétrèrent au village de Kaa’.
35 jeunes gens furent arrêtés à leur domicile
et emmenés pour soi-disant un « interrogatoire ».
Le lendemain on apprit que 30 d’entre eux avaient été
assassinés. Le pays fut pétrifié à
l’annonce de ce massacre à caractère confessionnel
et qui avait comme but clair de raviver les anciens démons
du fanatisme. Une semaine plus tard, alors que le pays était
encore sous le choc de ce récent carnage, l’armée
syrienne commença le bombardement systématique de
Beyrouth Est ainsi que de la ville chrétienne de Zahlé,
capitale de la Békaa. Les Syriens qui avaient pris position
sur les plus hauts immeubles de Beyrouth, dans un soi-disant but
de surveillance, hissèrent en fait les redoutables «
Orgues de Staline » (6) qu’ils
utilisèrent pour tirer en direct leurs fusées meurtrières
sur la population civile. Leurs cibles premières étaient
les hôpitaux, les boulangeries et les réservoirs
d’eau de la ville. L’intensité des bombardements
atteignit souvent 1 ou 2 obus par minute pendant plusieurs heures
de suite. Durant toute une semaine, les habitants réfugiés
dans leurs abris souterrains, connurent une vie d’enfer,
alors que les médias internationaux ne rapportaient que
des échos partiels de ce drame. Au bout de 8 jours de bombardements
ininterrompus et devant l’émotion internationale,
les forces syriennes cessèrent l’intensité
de leurs attaques sur Beyrouth Est. Mais la violence continua
dans la Békaa et spécialement à Zahlé.
Durant
le reste de l’été 1978,
les Syriens qui avaient maintenu leurs positions sur les immeubles
en plein cœur des quartiers chrétiens, continuèrent
leurs harcèlements tant à Beyrouth Est que dans
la Békaa pour aboutir au drame qui a soulevé l’horreur
du monde : le 30 Septembre, les batteries syriennes disséminées
un peu partout reprirent, de plus belle, leurs bombardements de
la population civile sur tout l’Est chrétien. L’intensité
et le calibre des armes utilisées étaient encore
plus grands que durant les attaques de Juillet.
Les
médias internationaux donnaient la priorité aux
évènements libanais, ce qui a eu (enfin !) pour
effet, après des bombardements ininterrompus d’une
semaine de provoquer la « saisine » (7)
du Conseil de Sécurité. Celui-ci, réuni le
6 Octobre 1978, rendit sa décision dans la résolution
n°436 ordonnant le cessez-le-feu.
Finalement,
la Syrie fut forcée de retirer ses soldats des positions
occupées dans la zone chrétienne qu’ils avaient
réquisitionnées. Cette bataille avait coûté
très cher aux habitants de Beyrouth Est (plusieurs centaines
de morts).
Mais
leurs quartiers étaient désormais libérés
de l’occupation syrienne. Leurs rues et leurs maisons n’étaient
plus hantées par les francs-tireurs.
Néanmoins,
l’ensemble du territoire restait à portée
de l’artillerie syrienne installée sur tous le points
stratégiques surplombant le territoire.
6* Orgues
de Staline, nom donné à l'engin de tir simultané
de plusieurs fusées, l'un des plus redoutables envoyés
par l'URSS.
7* Saisine:
le fait de saisir une juridiction.