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LIBAN
Survol de Trente Années Tragiques

M. Albert Sara


Les Cent Jours

 

Durant l’année 1978, la Syrie qui voyait Béchir Gémayel prendre d’une main de plus en plus ferme et efficace les forces militaires et politiques de l’Est, décida de frapper un grand coup et d’en finir avec la Résistance libanaise. Elle possédait un avantage qui, selon les calculs les plus réalistes, devait lui donner des résultats décisifs. En effet, à Beyrouth même, dans la partie Est où les forces chrétiennes avaient assuré une solide sécurité pendant les « deux ans », les soldats de la FAD venus « pacifier » le pays prirent position dans les immeubles les plus élevés de la ville et s’assurèrent ainsi un contrôle de tout le secteur chrétien. Ce fut le démarrage du cycle tragique qui fut nommé la sinistre « guerre des cent jours ».

Cela commença en pleine période de calme par un drame odieux dans une petite région chrétienne à faible distance de Baalbeck, le village de Kaa’. Dans les débuts de la « guerre de deux ans », ce village, avec un courage et une pugnacité exceptionnels, avait soutenu victorieusement un siège sauvage des éléments chiites et gauchistes en nombre bien supérieur. Depuis les sommets Riyad-Caire, il vivait dans une paix assez stable, s’étant imposé au respect de ses voisins. Il comprenait une proportion importante de jeunes de carrières libérales et de professeurs. Les vacances venaient de commencer avec le retour de ces jeunes dans leurs familles.

Dans la nuit du 29 Juin 1978, des forces syriennes (prétendument FAD) pénétrèrent au village de Kaa’. 35 jeunes gens furent arrêtés à leur domicile et emmenés pour soi-disant un « interrogatoire ». Le lendemain on apprit que 30 d’entre eux avaient été assassinés. Le pays fut pétrifié à l’annonce de ce massacre à caractère confessionnel et qui avait comme but clair de raviver les anciens démons du fanatisme. Une semaine plus tard, alors que le pays était encore sous le choc de ce récent carnage, l’armée syrienne commença le bombardement systématique de Beyrouth Est ainsi que de la ville chrétienne de Zahlé, capitale de la Békaa. Les Syriens qui avaient pris position sur les plus hauts immeubles de Beyrouth, dans un soi-disant but de surveillance, hissèrent en fait les redoutables « Orgues de Staline » (6) qu’ils utilisèrent pour tirer en direct leurs fusées meurtrières sur la population civile. Leurs cibles premières étaient les hôpitaux, les boulangeries et les réservoirs d’eau de la ville. L’intensité des bombardements atteignit souvent 1 ou 2 obus par minute pendant plusieurs heures de suite. Durant toute une semaine, les habitants réfugiés dans leurs abris souterrains, connurent une vie d’enfer, alors que les médias internationaux ne rapportaient que des échos partiels de ce drame. Au bout de 8 jours de bombardements ininterrompus et devant l’émotion internationale, les forces syriennes cessèrent l’intensité de leurs attaques sur Beyrouth Est. Mais la violence continua dans la Békaa et spécialement à Zahlé.

Durant le reste de lété 1978, les Syriens qui avaient maintenu leurs positions sur les immeubles en plein cœur des quartiers chrétiens, continuèrent leurs harcèlements tant à Beyrouth Est que dans la Békaa pour aboutir au drame qui a soulevé l’horreur du monde : le 30 Septembre, les batteries syriennes disséminées un peu partout reprirent, de plus belle, leurs bombardements de la population civile sur tout l’Est chrétien. L’intensité et le calibre des armes utilisées étaient encore plus grands que durant les attaques de Juillet.

Les médias internationaux donnaient la priorité aux évènements libanais, ce qui a eu (enfin !) pour effet, après des bombardements ininterrompus d’une semaine de provoquer la « saisine » (7) du Conseil de Sécurité. Celui-ci, réuni le 6 Octobre 1978, rendit sa décision dans la résolution n°436 ordonnant le cessez-le-feu.

Finalement, la Syrie fut forcée de retirer ses soldats des positions occupées dans la zone chrétienne qu’ils avaient réquisitionnées. Cette bataille avait coûté très cher aux habitants de Beyrouth Est (plusieurs centaines de morts).

Mais leurs quartiers étaient désormais libérés de l’occupation syrienne. Leurs rues et leurs maisons n’étaient plus hantées par les francs-tireurs.

Néanmoins, l’ensemble du territoire restait à portée de l’artillerie syrienne installée sur tous le points stratégiques surplombant le territoire.

6* Orgues de Staline, nom donné à l'engin de tir simultané de plusieurs fusées, l'un des plus redoutables envoyés par l'URSS.

7* Saisine: le fait de saisir une juridiction.

 

   

* Prochaine communication:
   Béchir Gemayel, prestigieux homme d'Etat dans une situation en pourrissement.
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