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LIBAN
Survol de Trente Années Tragiques

M. Albert Sara


Sommets de Riyad - Le Caire
(Novembre 1976)

 

Les efforts conjugués des Arabes, avec la Syrie comme principal protagoniste, parvinrent à arrêter les combats en novembre, comme par miracle. Elias Sarkis, récemment investi de ses fonctions et les chefs de l’OLP, furent convoqués à Riyad par les chefs d’Etat arabes. Les négociations une fois initiées avec un cessez-le-feu immédiat, furent continuées au Caire. La ligne de démarcation ou Ligne Verte allant de Hazmieh (début de la route d’Aley) jusqu’au Port, qui avait divisé Beyrouth en deux moitiés, fut abolie comme par enchantement. L’unité de Beyrouth était rétablie.

Une Force Arabe de Dissuasion (FAD) fut constituée par les Pays Membres et placée sous le commandement du Président libanais avec, à leur tête, le Général libanais Ahmad el-Hajj.

C’était théoriquement, une solution salutaire et bien « charpentée » car elle mettait fin avant tout à la Guerre de Deux Ans.

Mais la réalité était toute différente :

  • Les 95% de la FAD étaient constituées par l’armée syrienne, déjà présente (et toute puissante) sur le terrain et dont les buts de domination étaient clairs.
  • Le Président Sarkis, quoique nommé Commandant en Chef de la FAD, ne pouvait même pas ordonner la mutation d’un capitaine de la FAD « placée sous ses ordres », ni le Général Hajj déplacer un sergent… Ce dernier conscient de sa dignité, demanda aussitôt d’être relevé et fut nommé ambassadeur du Liban à Londres. Il fut remplacé par le Général Sami Khatib, ancien officier du fameux Deuxième Bureau chéhabien et qui, jusqu’à la fin de sa carrière militaire, n’eut même pas à signer la désignation d’un caporal.

Trêve branlante intercalée entre la « Guerre des deux ans » et les «Cent Jours» :

L’euphorie qui a suivi les Sommets Riyad-Le Caire commença à être troublée dans les semaines qui suivirent. Deux évènements semblent illustrer la précarité de cette période située entre la fin des années 1976 et Juin 1978, ajoutés à un assassinat retentissant.

La visite d’Anwar El-Sadate à Jérusalem (19-21 Novembre 1977)

Fin 1977, dans un élan d’un pacifisme inattendu (mais secrètement préparé), le Président égyptien Sadate s’écria : « Je suis prêt à aller n’importe où dans le monde pour conclure une paix juste avec Israël ». Menahem Begin, Premier ministre israélien de l’époque, le prit au mot et l’invita (cela était déjà convenu sous cape) à Jérusalem ! Bien entendu Sadate accepta, à l’incommensurable fureur de Hafez Assad.

Comme le Liban était la terre de refuge préférée de tous les opposants aux régimes divers de la région, il devint naturellement le lieu où les antagonistes arabes s’affrontaient indirectement. Donc, pour combattre l’initiative de Sadate, perçue comme essentiellement « perverse » pour la cause arabe, la Syrie ranima les affrontements sanglants au Liban (6).

A partir de ce moment, les flambées devinrent plus régulières durant toute la première partie de 1978, c’est-à-dire jusqu’à la déflagration de ce qui fut appelé « la guerre des Cent Jours ». L’incident de l’école militaire en est un des nombreux exemples.

L’incident de l’Ecole militaire (7 Février 1978)

En effet l’accrochage a eu lieu entre les forces syriennes à Yarzé et la garnison de l’Ecole Militaire de Fiyadieh le 7 Février 1978 : les soldats syriens, prétendant suivre les directives du sommet de « Riyad-Le Caire » provoquèrent les libanais en plaçant un barrage de contrôle devant l’Ecole Militaire et soumirent les soldats à un contrôle d’identité. De plus, ils saisirent 16 véhicules militaires. L’armée libanaise résista énergiquement et infligea des pertes sévères aux forces syriennes qui ripostèrent en bombardant l’Ecole Militaire à l’artillerie lourde. Une instance judiciaire fut saisie du conflit mais ne tira jamais aucune conclusion, étouffant ainsi la responsabilité syrienne. Cet accrochage ébranla le pays et confirma les visées persistantes de la Syrie sur le Liban.

De plus, la FAD, omniprésente, notamment dans les villages exclusivement chrétiens comme Dhour-Choueir/Bologna, était la source de nombreuses frictions et surtout de tensions : des habitations libanaises étaient occupées par les soldats syriens. Plus grave encore, des jeunes étaient enlevés par les forces d’occupation et disparaissaient sans retour. En représailles, des éléments indisciplinés de Libanais armés, agissant de leur propre impulsion, tendaient des embuscades à des soldats syriens… Le malaise entre les occupants et la population grandissait de jour en jour et devenait le germe de la crise majeure qui éclata plus tard entre la Syrie et les forces chrétiennes.

Assassinat de Kamal Joumblatt

Parmi les innombrables évènements tragiques qui eurent lieu au cours de cette année noire, un incident grave mérite une attention particulière : « un parti démocratique libanais » avait été formé en 1976 pour s’opposer à l’entrée de l’armée syrienne au Liban devenue temporairement adversaire de l’OLP. Son fondateur et animateur était Kamal Joumblatt, grand leader de la communauté Druze et allié des groupes islamo-gauchistes pro-palestiniens. De par son niveau culturel et politique, il avait une large audience qui rendait son opposition à la Syrie très gênante. On était mi-Mars 1977.

La prépondérance absolue des forces syriennes dans la FAD, sonna l’heure des comptes, hélas pour Joumblatt : en plein jour, dans son fief du Chouf où les Druzes le vénèrent comme leur chef prestigieux, il fut abattu par un groupe armé à quelques dizaines de mètres d’un poste sécuritaire syrien. Aucune enquête ne fut ouverte, mais les milieux politiques, médiatiques et populaires sont fermement convaincus que cet assassinat était l’œuvre de la Syrie, chose que la famille Joumblatt ne démentit jamais. Ce n’était en fait que le début d’une série d’assassinats ayant pour cible les leaders (chrétiens et musulmans) protagonistes de l’unité libanaise réelle, constituant donc des obstacles aux plans syriens.

En réaction l’assassinat de leur chef, Kamal Joumblatt, et mus par l’impulsion atavique du sentiment de vengeance, les Druzes prépondérants dans la région, massacrèrent plus de cent chrétiens, certains disent même deux cents…

Quel Dialogue ?

Simultanément à ces évènements, les Libanais des deux bords recherchaient le dialogue en vue d’une réforme et d’un statut qui puisse, à l’avenir, épargner au pays des déchirures aussi catastrophiques.

Or, comment entamer, puis entreprendre un dialogue que chacun des interlocuteurs conçoit d’une façon toute différente ?

Pendant que les intentions de toutes les parties semblaient sincèrement tournées vers une solution de paix durable, plusieurs opinions s’exprimèrent faisant apparaître leur caractère parfois diamétralement opposé. On pourra en juger par 4 articles écrits à cette époque, reproduits en annexe *

*   Ces 4 articles seront publiés sur le site ultérieurement.
6*  Lire "La Guerre des autres" de Ghassan Tuéni, éditions An Nahar, Beyrouth 1988.

   

* Prochaine communication:
   Invasion Israélienne du Sud - Mars 1978, « La 425 »    Cliquez ici

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