Les
efforts conjugués des Arabes, avec la Syrie comme principal
protagoniste, parvinrent à arrêter les combats en
novembre, comme par miracle. Elias Sarkis, récemment investi
de ses fonctions et les chefs de l’OLP, furent convoqués
à Riyad par les chefs d’Etat arabes. Les négociations
une fois initiées avec un cessez-le-feu immédiat,
furent continuées au Caire. La ligne de démarcation
ou Ligne Verte allant de Hazmieh (début de la
route d’Aley) jusqu’au Port, qui avait divisé
Beyrouth en deux moitiés, fut abolie comme par enchantement.
L’unité de Beyrouth était rétablie.
Une
Force Arabe de Dissuasion (FAD) fut constituée
par les Pays Membres et placée sous le commandement du
Président libanais avec, à leur tête, le Général
libanais Ahmad el-Hajj.
C’était
théoriquement, une solution salutaire et bien « charpentée
» car elle mettait fin avant tout à la Guerre de
Deux Ans.
Mais
la réalité était toute différente
:
Trêve
branlante intercalée entre la « Guerre des deux ans
» et les «Cent Jours» :
L’euphorie
qui a suivi les Sommets Riyad-Le Caire commença à
être troublée dans les semaines qui suivirent. Deux
évènements semblent illustrer la précarité
de cette période située entre la fin des années
1976 et Juin 1978, ajoutés à un assassinat retentissant.
La
visite d’Anwar El-Sadate à Jérusalem (19-21
Novembre 1977)
Fin
1977, dans un élan d’un pacifisme inattendu
(mais secrètement préparé), le Président
égyptien Sadate s’écria : « Je suis
prêt à aller n’importe où dans le monde
pour conclure une paix juste avec Israël ». Menahem
Begin, Premier ministre israélien de l’époque,
le prit au mot et l’invita (cela était déjà
convenu sous cape) à Jérusalem ! Bien entendu Sadate
accepta, à l’incommensurable fureur de Hafez Assad.
Comme
le Liban était la terre de refuge préférée
de tous les opposants aux régimes divers de la région,
il devint naturellement le lieu où les antagonistes arabes
s’affrontaient indirectement. Donc, pour combattre l’initiative
de Sadate, perçue comme essentiellement « perverse
» pour la cause arabe, la Syrie ranima les affrontements
sanglants au Liban (6).
A
partir de ce moment, les flambées devinrent plus régulières
durant toute la première partie de 1978, c’est-à-dire
jusqu’à la déflagration de ce qui fut appelé
« la guerre des Cent Jours ». L’incident
de l’école militaire en est un des nombreux exemples.
L’incident
de l’Ecole militaire (7 Février 1978)
En
effet l’accrochage a eu lieu entre les forces syriennes
à Yarzé et la garnison de l’Ecole Militaire
de Fiyadieh le 7 Février 1978 : les soldats syriens,
prétendant suivre les directives du sommet de « Riyad-Le
Caire » provoquèrent les libanais en plaçant
un barrage de contrôle devant l’Ecole Militaire et
soumirent les soldats à un contrôle d’identité.
De plus, ils saisirent 16 véhicules militaires. L’armée
libanaise résista énergiquement et infligea des
pertes sévères aux forces syriennes qui ripostèrent
en bombardant l’Ecole Militaire à l’artillerie
lourde. Une instance judiciaire fut saisie du conflit mais ne
tira jamais aucune conclusion, étouffant ainsi la responsabilité
syrienne. Cet accrochage ébranla le pays et confirma les
visées persistantes de la Syrie sur le Liban.
De
plus, la FAD, omniprésente, notamment dans les villages
exclusivement chrétiens comme Dhour-Choueir/Bologna, était
la source de nombreuses frictions et surtout de tensions : des
habitations libanaises étaient occupées par les
soldats syriens. Plus grave encore, des jeunes étaient
enlevés par les forces d’occupation et disparaissaient
sans retour. En représailles, des éléments
indisciplinés de Libanais armés, agissant de leur
propre impulsion, tendaient des embuscades à des soldats
syriens… Le malaise entre les occupants et la population
grandissait de jour en jour et devenait le germe de la crise majeure
qui éclata plus tard entre la Syrie et les forces chrétiennes.
Assassinat
de Kamal Joumblatt
Parmi
les innombrables évènements tragiques qui eurent
lieu au cours de cette année noire, un incident grave mérite
une attention particulière : « un parti démocratique
libanais » avait été formé en 1976
pour s’opposer à l’entrée de l’armée
syrienne au Liban devenue temporairement adversaire de l’OLP.
Son fondateur et animateur était Kamal Joumblatt, grand
leader de la communauté Druze et allié des groupes
islamo-gauchistes pro-palestiniens. De par son niveau culturel
et politique, il avait une large audience qui rendait son opposition
à la Syrie très gênante. On était mi-Mars
1977.
La
prépondérance absolue des forces syriennes dans
la FAD, sonna l’heure des comptes, hélas pour Joumblatt
: en plein jour, dans son fief du Chouf où les Druzes le
vénèrent comme leur chef prestigieux, il fut abattu
par un groupe armé à quelques dizaines de mètres
d’un poste sécuritaire syrien. Aucune enquête
ne fut ouverte, mais les milieux politiques, médiatiques
et populaires sont fermement convaincus que cet assassinat était
l’œuvre de la Syrie, chose que la famille Joumblatt
ne démentit jamais. Ce n’était en fait que
le début d’une série d’assassinats ayant
pour cible les leaders (chrétiens et musulmans) protagonistes
de l’unité libanaise réelle, constituant donc
des obstacles aux plans syriens.
En
réaction l’assassinat de leur chef, Kamal Joumblatt,
et mus par l’impulsion atavique du sentiment de vengeance,
les Druzes prépondérants dans la région,
massacrèrent plus de cent chrétiens, certains disent
même deux cents…
Quel
Dialogue ?
Simultanément
à ces évènements, les Libanais des deux bords
recherchaient le dialogue en vue d’une réforme et
d’un statut qui puisse, à l’avenir, épargner
au pays des déchirures aussi catastrophiques.
Or,
comment entamer, puis entreprendre un dialogue que chacun des
interlocuteurs conçoit d’une façon toute différente
?
Pendant
que les intentions de toutes les parties semblaient sincèrement
tournées vers une solution de paix durable, plusieurs opinions
s’exprimèrent faisant apparaître leur caractère
parfois diamétralement opposé. On pourra en juger
par 4 articles écrits à cette époque, reproduits
en annexe *
* Ces 4 articles seront publiés
sur le site ultérieurement.
6* Lire "La Guerre des autres" de Ghassan Tuéni,
éditions An Nahar, Beyrouth 1988.