Les
chefs chrétiens se groupèrent pour former comme un
« conseil supérieur » devant diriger la politique
face aux adversaires dont le but devenait bien clair : faire du
Liban une patrie de rechange pour les Palestiniens.
Le
Front Libanais se constitua donc en Mars 1976
comprenant : Le Président Camille Chamoun, président-fondateur
du Parti National Libéral, Cheikh Pierre Gemayel, président
des Kataeb, le Dr Charles Malek qui avait été élu
Président de l’Assemblée Générale
de l’ONU, le Professeur Fouad E. Boustany, recteur de l’Université
Libanaise, Edouard Honein, ancien ministre, le R.P. Charbel Kassis,
supérieur général de l’Ordre Maronite
Libanais. Les supérieurs généraux des autres
ordres religieux étaient invités à se joindre
(facultativement) à cette formation.
Lorsque,
en Février 1976, le Palestiniens tirèrent
des obus sur le palais de Baabda endommageant le bâtiment,
le Président Frangié transférera les services
de la présidence au palais municipal de Zouk, près
de Jounieh, et fut en contact permanent avec le Front Libanais.
Espoirs
et Angoisses
Les
flambées commencèrent à augmenter en fréquence.
Mais entre une flambée et la suivante, la vie reprenait son
cours normal. Cependant, le gouvernement faible de Rachid Solh (que
le Président de la République Frangié avait
appelé au pouvoir dans un but – illusoire – d’apaisement)
n’osait pas se décider à faire appel à
l’armée qui était accusée par l’opposition
gauchiste et musulmane d’être «entre les mains
des chrétiens».
On
sentait, derrière les troubles croissants, la main de la
Syrie qui d’ailleurs ne s’en cachait pas.
Enfin,
en Juillet 1975, Frangié dut faire appel à
Rachid Karamé (imposé par la Syrie) pour former un
nouveau gouvernement. Rachid Karamé s’exécuta
aussitôt et s’adjugea simultanément les fonctions
de Premier ministre et de ministre de la défense nationale,
devenant donc le chef suprême de l’armée.
Raymond
Eddé, chef du Bloc National (4), leader
chrétien modéré et qui avait maintenu son franc
parler avec les protagonistes des deux bords, interpella aussitôt
Karamé avec son ton familier : « Rachid bey, vous
êtes musulman, vous êtes chef du gouvernement et en
même temps ministre de la défense. Ainsi, l’Armée
est entièrement entre vos mains. Vous ne pouvez donc plus
opposer aucune excuse pour ne pas commander à cette armée
de rétablir l’ordre et sauver le pays du chaos
».
Mais
Karamé, quoique maître de la force armée, s’obstina
dans son attitude passive et refusa d’engager l’armée.
Cette attitude déçut l’espoir de l’ensemble
des citoyens anxieux de voir l’ordre rétabli dans le
pays. Il était désormais clair que la Syrie tirait
les ficelles pour maintenir un équilibre dans le conflit
qui opposait les antagonistes.
L’été
1975 se passa dans un calme relatif, malgré quelques
drames restés sans sanctions.
A
la mi-Septembre 1975, alors que rien ne présageait
une escalade et que les accrochages isolés s’engageaient
seulement à coups de kalachnikovs, le canon tonna brusquement
à partir de l’Ouest (sous contrôle palestinien),
et Beyrouth commença à se scinder en deux dans un
climat de guerre.
Que
faisait le gouvernement de Rachid Karamé ? Il donnait, par
les médias, des conseils apaisants, déclarant vouloir
« conserver l’armée comme dernière
carte »…
En
Octobre 1975, un pas de plus est franchi dans l’escalade
: le Souk Sursok, partie populeuse du centre commercial et symbole
de la convivialité islamo-chrétienne, flamba dans
un incendie impressionnant. Toutes les formations économiques
(à majorité musulmane) – Chambre de Commerce
en tête – accourent chez Karamé, lui enjoignant
énergiquement d’engager l’armée pour rétablir
l’ordre et sauver la capitale pendant qu’il en était
encore temps. M. Karamé déclara « qu’il
allait prendre l’avis d’Abou-Ammar (5)
sur la question », se contentant de prodiguer de bonnes
paroles.
Le
centre-ville, colonne vertébrale de l’économie
libanaise, fut alors la proie des pillages par des bandes armées.
La rue des Banques du centre-ville vit, au printemps de 1976,
le pillage systématique d’au moins 11 banques par les
milices palestiniennes qui firent appel à des experts amenés
d’Europe, probablement la Mafia elle-même, pour forcer
les coffres-forts des caves. Selon le Guinness book of records,
le plus grand vol de banque de l’histoire eut lieu à
la British Bank of the Middle East où environ $50 millions
auraient été pillés. Parmi les milices identifiées,
on retrouve la « Saiqua » (milice palestinienne sous
le contrôle direct du pouvoir syrien) et le « front
démocratique de Libération de Palestine ». On
signale que des miliciens des 2 organisations s’entre-tuèrent
lors du partage du butin.
L’année
1976 s’écoule au milieu des destructions et
des drames les plus sanglants. Des cessez-le-feu laborieusement
négociés ne durèrent que quelques jours ou
quelques heures …
Ce
fut ce qu’on appela « la guerre de deux ans
», durant laquelle, on estime le nombre de victimes à
plus de 50.000, pour les morts seulement.
Pendant
ce temps, les Palestiniens continuèrent à monter en
puissance. D’autres fronts s’ouvrirent et la bataille
s’étendit à la montagne. Les victoires des Palestiniens
et de leurs alliés libanais se succédèrent.
Tandis que la position des chrétiens libanais s’affaiblissait
militairement, l’emprise palestinienne sur le Liban augmente
au-delà des limites autorisées préalablement
par le pouvoir syrien, risquant de constituer une menace directe
au rôle prépondérant de la Syrie dans la région.
Devant
ce changement d’équilibre des forces en jeu, l’armée
syrienne décida d’intervenir directement dans le conflit.
Début Juin 1976, une colonne de chars syriens pénètre
en territoire libanais et investit Saida en s’engageant dans
des combats directs avec les forces palestiniennes. Cette nouvelle
escalade appelait de façon urgente un règlement de
la crise qui risquait de s’étendre à la région.
En
Septembre 1976, un nouveau président de la République
Libanaise, Elias Sarkis choisi par la Syrie, succéda à
Sleiman Frangié dont le sexennat était arrivé
à son terme.
4*
Bloc National : Parti politique non confessionnel, centriste fondé
par Emile Eddé en 1940 qui s'est abstenu de prendre part
aux combats armés durant la guerre.
5*
Abou-Ammar : nom de guerre de Yasser Arafat, chef de l'OLP. |