1-
Le Liban, dans sa superficie de 10.400 kilomètres carrés,
renferme aujourd'hui la plus forte densité de chrétiens
dans toute la région qui formait au VIIème siècle
l'immense Empire Byzantin à la veille de la montée
de l'Islam (exception faite des pays balkaniques libérés
du joug turc au XIXème siècle).
2-
Les chrétiens d'Orient remontent par une filière ininterrompue
jusqu'aux Apôtres qui, dès le lendemain de la Pentecôte,
ont évangélisé les populations riveraines de
la Méditerranée Orientale, depuis Jérusalem
et Jaffa jusqu'à Antioche en passant par le Liban et l'Anti-Liban.
Le jeune et fougueux émissaire du Sanhédrin, Saul,
parti avec ses cavaliers sur "le Chemin de Damas" pour
y persécuter la chrétienté déjà
florissante, fut ébloui et jeté à terre à
l'entrée de la ville par la lumière de Jésus
le Ressuscité et, une fois catéchisé et baptisé
par Ananie (Actes IX, 3-19), devint Paul, l'Apôtre des Nations.
3-
L'Eglise d'Antioche, la première et la plus vénérable
des temps apostoliques après celle de Jérusalem ("ce
fut à Antioche que pour la première fois les disciples
furent appelés chrétiens", Actes XI, 26), est
celle à laquelle se rattache l'immense majorité des
chrétiens du Liban: maronites, grecs-orthodoxes, grecs-catholiques.
Ils s'en réclament avec fierté et leurs chefs hiérarchiques
portent toujours le titre de Patriarche d'Antioche.
4-
Lorsque la vague de l'invasion de l'Islam déferla sur l'empire
byzantin, puis sur tout le monde méditerranéen, effaçant
dans certaines régions toute trace de christianisme comme
dans la patrie de St Augustin, les chrétiens d'Orient conservèrent
la flamme de leur foi à travers les siècles malgré
les persécutions et les avanies, et trouvèrent leur
point de chute et leur terre d'asile au Liban.
Ainsi
dans l'océan d'Islam qui s'étend du Pakistan et de
l'Afghanistan jusqu'au Maroc et à la Mauritanie, le Liban
est l'unique îlot où le chrétien jouit pleinement
de ses droits de citoyen à part entière.
5-
Après la fin de la Première Guerre Mondiale, les pays
détachés de l'Empire Ottoman accédèrent
progressivement à l'indépendance qu'ils recouvrèrent
entièrement à l'issue de la Seconde Guerre Mondiale.
Mais tous ces pays, le Liban excepté, ne tardèrent
pas à se retrouver sous des régimes autocratiques
ou totalitaires non moins despotiques que celui de l'empire qui
les avait dominés, régimes où, avec plus ou
moins de rigueur, les mots de démocratie et de liberté
n'existent que dans les discours et les journaux muselés.
La
Syrie qui a connu le premier coup d'Etat militaire en 1949 (colonel
Husni Zaim), a cru récupérer la démocratie
en renversant la dictature du colonel Adib Chichakli en 1954. Mais
les discours frénétiques de Nasser appelant à
la lutte pour l'hégémonie de l'Islam eurent vite raison
des timides velléités démocratiques, et les
masses fanatisées réclamèrent elles-mêmes
l'union Syro-Egyptienne sous la même dictature. Or, le Liban
était au bord de l'abîme et risquait de basculer lui
aussi, n'était la farouche résistance des chrétiens
en 1958 qui a sauvé la démocratie et la liberté.
Tout
musulman libanais sincère ayant le courage de la vérité
reconnaît que, sans les chrétiens, le Liban aurait
depuis longtemps perdu son indépendance, soit par une annexion
pure et simple à la Syrie, soit par sa réduction à
l'état de "région" (dans la Patrie Arabe)
expression chère à la dialectique du Baas Socialiste
totalitaire qui gouverne à Damas et à Baghdad.
6-
Le Liban, aujourd'hui :
a)
sur le plan de la culture et de la civilisation, il est l'héritier
d'une tradition multimillénaire, et plus précisément
bimillénaire, issue de la Méditerranée et du
Christianisme et commune aux peuples d'Europe et de l'Occident.
Par le rayonnement de ses universités qui dispensent les
diverses disciplines culturelles et techniques, par le niveau de
son enseignement classique, par son bilinguisme qui déborde
sur un trilinguisme (français-anglais-arabe) largement répandu,
le Liban jusqu'en 1975 jouit d'une influence dans le Proche et le
Moyen-Orient inversement proportionnelle à la modicité
de son territoire. Déjà, au début de ce siècle,
Maurice Barrès dans son "Enquête au Pays du Levant"
lui décernait ce témoignage:
"
Notre pensée la plus pure, héritière d'Athènes,
de Rome et de Paris, s'inscrit dans l'âme des enfants du
Liban. Liban, terre de souvenirs et pleine de semences".
Depuis
que le Liban a été libéré du joug turc,
cette citation devrait être complétée par celle
de Malherbe:
"Et
les fruits passeront la promesse des fleurs".
b)
sur le plan des contacts et du rapprochement entre les peuples,
le Liban occupe une place privilégiée. De par leur
ouverture à la culture arabe, leur maîtrise de la langue
du Coran où les chrétiens ont souvent surpassé
les musulmans, les Libanais ont assuré un rôle unique
de lien et d'articulation entre l'Occident chrétien et le
monde islamique.
c)
sur le plan de la démocratie et des libertés, un rapide
tour d'horizon permet de constater que seul le Liban de 10.400 kilomètres
carrés sauvegarde la démocratie et les libertés
essentielles de l'homme dans une zone intercontinentale de plusieurs
millions de kilomètres carrés.
d)
sur le plan chrétien, le Liban est le dernier bastion de
la chrétienté d'Orient laquelle a diffusé l'Evangile
dans le monde dès les temps apostoliques. Les chrétiens
minoritaires vivant en pays d'Islam, dans la condition de "zimmi"
(citoyen de seconde zone, toléré, protégé),
regardent constamment vers le Liban comme le havre de paix pour
eux ou pour leurs enfants, le jour où ils devront quitter
le pays qui ne fait que les "tolérer". Et c'est
ainsi qu'ils puisent le courage de persévérer dans
la foi.
Si
jamais, par malheur, Le Liban perdait sa liberté et ce qui
fait sa raison d'être, ce serait le début du processus
de l'extinction lente mais sûre de la plus ancienne chrétienté
du monde.
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