Scrutins à
majorité simple
Les systèmes
à majorité simple se distinguent par le fait qu'on les
retrouve presque toujours dans des circonscriptions uninominales.
Dans un scrutin majoritaire uninominal, le candidat ayant obtenu le
plus grand nombre de voix est déclaré vainqueur, même
s'il n'a pas reçu la majorité absolue des voix (voir
Scrutin majoritaire uninominal (SMU) ). Lorsque ce système
est utilisé dans des circonscriptions plurinominales, il devient
un scrutin majoritaire plurinominal (voir Scrutin majoritaire plurinominal
). Les électeurs ont alors autant de voix qu'il y a de sièges
à pourvoir, les candidats ayant obtenu le plus grand nombre
de suffrages étant élus, peu importe le pourcentage
des suffrages qu'ils ont reçu. Les systèmes majoritaires,
tels que le vote alternatif en Australie (voir Vote préférentiel
) et le scrutin à deux tours en France (voir Scrutin à
deux tours ), visent l'obtention d'une majorité absolue (c.-à-d.
plus de 50 %) avant d'accorder la victoire à un candidat. En
l'absence d'une majorité absolue au premier tour, chacun de
ces systèmes offre à l'électeur un deuxième
choix afin de déclarer un vainqueur.
Scrutin
majoritaire uninominal (SMU)
Actuellement,
on retrouve les scrutins majoritaires uninominaux au Royaume-Uni et
dans les pays qui ont subi l'influence historique de la Grande-Bretagne.
À part le Royaume-Uni, les cas les plus étudiés
sont ceux du Canada, de l'Inde, de la Nouvelle-Zélande et des
États-Unis d'Amérique, quoique la Nouvelle-Zélande
soit passée au système de représentation proportionnelle
en 1993 (voir Nouvelle-Zélande
: une démocratie à la Westminster solidement ancrée
qui passe à la RP ).
Le SMU
est en usage dans une douzaine de nations des Caraïbes, en Amérique
Latine, à Belize et anciennement en Guyane, dans dix États
asiatiques (y compris le Pakistan, le Bangladesh, le Népal
et la Malaisie) et dans plusieurs îles du Pacifique Sud. En
Afrique, 18 pays, principalement d'anciennes colonies britanniques,
utilisent le scrutin majoritaire uninominal. En tout, 68 des 211 pays,
soit un peu moins du tiers, utilisent un SMU (voir Distribution globale
des systèmes électoraux ).
Dans
le scrutin majoritaire uninominal, le vainqueur est simplement le
candidat qui recueille le plus grand nombre de voix; théoriquement,
il pourrait gagner avec deux voix, si chacun de ses opposants n'en
obtenait qu'une. Les variations apportées à ce système
le transforment en scrutin majoritaire plurinominal, en scrutin majoritaire
à deux tours ou en vote unique non transférable (voir
Scrutin majoritaire plurinominal , Scrutin à deux tours et
Vote unique non transférable (VUNT) ). Cependant, une autre
adaptation du SMU, que l'on classe tout de même dans cette catégorie,
a servi au Népal au début des années 1990. Dans
ce cas précis, en raison du faible taux d'alphabétisme
des électeurs, on a présenté les candidats sous
le symbole d'un parti plutôt qu'individuellement; les électeurs
n'avaient donc qu'à cocher le parti sur le bulletin plutôt
que le candidat. On permettait aux candidats de se présenter
dans plus d'une circonscription électorale, s'ils le souhaitaient.
S'il était élu dans plus d'une circonscription, le candidat
devait choisir laquelle il voulait représenter, puis on procédait
à des élections partielles pour combler les sièges
devenus ainsi vacants.
Pour des
exemples de pays, voir Royaume
Uni : expérimentation de systèmes électoraux au
berceau du scrutin majoritaire uninominal ,
Le
système électoral canadien : étude de cas,
Inde
: scrutin majoritaire uninominal sur une grande échelle et
Papouasie-Nouvelle-Guinée.
Scrutin
majoritaire uninominal : avantages
Le système
majoritaire uninominal (SMU), comme d'autres systèmes électoraux
majoritaires, est reconnu pour sa simplicité et le fait qu'il
permet l'élection de représentants rattachés
à un territoire géographique particulier. On fait fréquemment
la louange du scrutin majoritaire uninominal parce qu'il a tendance
à :
- offrir
aux électeurs un choix clair entre deux partis principaux.
Dans un SMU, les désavantages intrinsèques pour les
partis minoritaires ou de troisième place tendent à
produire un parti de gauche et un parti de droite qui s'échangent
le pouvoir. Les autres partis tendent aussi à s'effriter
et à disparaître, n'atteignant jamais le seuil de popularité
qui leur permettrait d'obtenir le nombre de sièges au parlement
qui correspond au pourcentage de voix que l'électorat national
leur accorde;
- créer
des gouvernements à parti unique. Les sièges en prime
qui reviennent communément au plus grand parti sous le SMU
(par exemple, un parti qui remporte 55 % des sièges avec
45 % des suffrages) font que les gouvernements de coalition sont
l'exception plutôt que la règle. Par conséquent,
on en fait souvent l'éloge du fait que le cabinet n'a pas
à négocier de compromis avec un partenaire de coalition
minoritaire;
- créer
une opposition parlementaire cohérente. En théorie,
l'inverse d'un gouvernement à parti unique puissant est que
l'opposition obtient suffisamment de sièges pour jouer un
rôle de vérification critique et se présente
comme une alternative viable au gouvernement au pouvoir;
- avantager
les partis politiques de grande envergure. Dans le cas de sociétés
renfermant plusieurs groupes ethniques ou factions régionales,
le SMU encourage les partis politiques à élargir leur
base, de façon à englober plusieurs éléments
de la société, tout particulièrement lorsqu'il
y a seulement deux partis principaux et plusieurs groupes sociaux
différents. Ces partis peuvent alors présenter une
vaste gamme de candidats aux élections. En Malaisie, par
exemple, sous un SMU, la coalition au pouvoir est un mouvement à
grande échelle, qui présente des candidats chinois
dans les secteurs malais et vice versa;
- exclure
les partis extrémistes de la représentation parlementaire.
À moins que l'appui d'un parti extrémiste minoritaire
soit concentré géographiquement, il est peu probable
qu'il remporte des sièges dans un scrutin majoritaire uninominal.
Le SMU se distingue ainsi des systèmes purement proportionnels
(RP), où une fraction de un pour cent du vote national peut
assurer la représentation parlementaire;
- maintenir
le lien entre les électeurs et leurs députés.
Le plus souvent, on considère la représentativité
géographique au parlement comme étant l'avantage principal
du SMU : les députés représentent des territoires
précis, composés de villes, de villages ou de régions,
plutôt que le parti uniquement. Plusieurs promoteurs du SMU
font valoir que l'imputabilité réelle d'un représentant
dépend du fait que les électeurs d'une région
le connaissent et qu'ils sont en mesure de le réélire
ou de l'expulser lors des élections. Certains analystes ont
même avancé que cette imputabilité géographique
est particulièrement importante dans les sociétés
agraires et dans les pays en voie de développement;
- permettre
aux électeurs de choisir des gens plutôt qu'uniquement
des partis. Cet avantage se rattache au précédent,
en ce sens que les électeurs peuvent évaluer le rendement
d'un candidat en particulier plutôt que de devoir accepter
la liste des candidats présentée par un parti, comme
c'est le cas dans certains systèmes électoraux RP
à scrutin de liste;
- permettre
à certains candidats indépendants populaires de se
faire élire. Cela est particulièrement important pour
le développement de systèmes de partis, là
où la politique tient souvent aux liens de parenté,
aux clans ou à l'amitié, plutôt qu'elle ne repose
sur une structure établie de partis politiques;
- finalement,
le SMU est particulièrement apprécié parce
qu'il est simple à utiliser et à comprendre. Un vote
valide n'exige qu'une marque à côté du nom ou
du symbole d'un candidat et le nombre de candidats sur le bulletin
de vote est normalement peu élevé, ce qui facilite
la tâche des administrateurs de l'élection.
Scrutin
majoritaire uninominal : désavantages
Les systèmes
majoritaires, le SMU en tête de ligne, font l'objet de critiques
pour les raisons suivantes.
Impossibilité pour les partis minoritaires d'être
représentés équitablement
Dans
ce contexte, le mot équitable signifie qu'un parti qui reçoit
10 % des suffrages devrait remporter environ 10 % des sièges
au parlement. Lors des élections britanniques de 1983, l'Alliance
libérale socio-démocrate a obtenu 25 % des voix mais
seulement 3 % des sièges; en 1981, lors des élections
en Nouvelle-Zélande, le Parti crédit social a recueilli
21 % des suffrages mais seulement 2 % des sièges et aux élections
générales de 1989, au Botswana, le Front national du
Botswana a cumulé 27 % des voix, mais il a obtenu seulement
9 % des sièges. Cette tendance se répète constamment
sous un SMU (voir Royaume
Uni : expérimentation de systèmes électoraux
au berceau du scrutin majoritaire uninominal et Nouvelle-Zélande
: une démocratie à la Westminster solidement ancrée
qui passe à la RP ).
Impossibilité pour les minorités d'être
représentées équitablement
Généralement,
dans un SMU, les partis présentent le candidat le plus acceptable
dans la circonscription électorale, c'est-à-dire celui
qui devrait plaire à la majorité des électeurs.
Il est donc rare, par exemple, de voir un candidat noir comme représentant
d'un parti principal dans une circonscription électorale à
majorité blanche en Grande-Bretagne ou aux États-Unis
et il est fort probable que les minorités ethniques et raciales
soient exclues des parlements élus par l'intermédiaire
du SMU. Par conséquent, si le comportement des électeurs
reproduit les divisions ethniques, l'exclusion des groupes ethniques
minoritaires de la représentation parlementaire peut déstabiliser
le système politique au complet (voir États-Unis
: Minorités ethniques et circonscr ).
Exclusion des femmes du Parlement
La formule
qui favorise le « candidat le plus acceptable » affecte
également les chances d'élection des femmes, puisqu'elles
auront plus de difficulté à se faire accepter comme
candidates par les partis politiques traditionnellement dirigés
par des hommes. À l'échelle mondiale, les résultats
démontrent que les femmes sont élues moins souvent dans
les systèmes majoritaires que dans des systèmes RP.
L'Union interparlementaire, dans son étude intitulée
« Les femmes dans les parlements : 1945-1995 », a constaté
qu'en moyenne les femmes représentent 11 % des députés
dans les démocraties établies qui utilisent le SMU,
mais que cette proportion augmente à 20 % dans les pays qui
utilisent une forme quelconque de représentation proportionnelle.
Cette tendance se manifeste dans les nouvelles démocraties,
tout particulièrement en Afrique.
Potentiel de création de partis politiques axés
sur les clans, l'ethnicité ou les régions
Dans
certaines situations, un SMU peut amener les partis à centrer
leurs campagnes et leurs plates-formes politiques sur des conceptions
hostiles de ce qu'est le clan, l'ethnicité, la race ou le régionalisme.
Lors des élections multipartites au Malawi en 1994, plusieurs
facteurs, dont des antécédents colonialistes, l'activité
missionnaire et l'insistance de Hastings Banda sur l'influence «
Chewa » dans la culture nationale, ont engendré un conflit
régional qui a reflété et dépassé
même dans certains cas les notions préconçues
de frontières ethniques. Le Sud a élu le Front démocratique
uni de Bakili Muluzi, le centre a voté pour le Parti du congrès
du Malawi de Hastings Banda et le Nord a appuyé l'Alliance
pour la Démocratie dirigée par Chakufwa Chihana. Rien
n'incitait ces partis à dépasser les intérêts
de leur région immédiate et de leur base politico-culturelle.
Exagération des « fiefs électoraux »
où un parti remporte tous les sièges dans une province
ou une circonscription électorale
Dans
certains cas, le SMU crée des régions où un parti,
qui y obtient la majorité des suffrages, remporte la totalité
ou la quasi-totalité des sièges au parlement. Un tel
résultat exclut les minorités régionales et renforce
la perception que, en politique, la victoire d'un candidat dépend
de ses contacts et de l'endroit où il habite plutôt que
de ses principes et ses convictions. Au Canada, c'est l'opinion émise
par les opposants au SMU (voir Le
système électoral canadien : étude de cas
).
Nombreux « votes gaspillés » qui ne contribuent
à l'élection d'aucun candidat
Dans
le contexte des « fiefs électoraux » décrits
au paragraphe précédent, on observe que le nombre élevé
de votes gaspillés peut amener les partisans des partis minoritaires
à croire qu'ils ne réussiront jamais à faire
élire un candidat de leur choix. Ce sentiment s'avère
particulièrement dangereux lorsque, dans les nouvelles démocraties,
l'aliénation du système politique augmente les chances
de succès des groupes extrémistes qui prêchent
les activités subversives visant à renverser le système.
Manque de sensibilité à l'égard des
changements de l'opinion publique
La concentration
géographique des partisans d'un parti peut signifier qu'il
peut conserver un contrôle exclusif malgré une chute
appréciable de son appui populaire. Dans certaines démocraties
qui utilisent le SMU, une baisse de 60 % à 40 % du vote national
accordé à un parti peut réduire de 80 % à
60 % le nombre de ses sièges, ce qui n'affecte aucunement sa
position dominante. À moins que les sièges ne soient
chaudement disputés, ce système peut favoriser l'insouciance
vis-à-vis de l'opinion publique.
Possibilités de manipulation des frontières
électorales
En effet,
tout système basé sur des circonscriptions uninominales
ouvre la porte à des manipulations de frontières, sous
la forme d'un découpage arbitraire ou inégal des circonscriptions
(voir Délimitation des circonscriptions ). Une telle manipulation
fut particulièrement évidente au Kenya, en 1993, où
l'on a enregistré des écarts gigantesques dans la composition
des circonscriptions électorales - la plus grande ayant 23
fois plus d'électeurs que la plus petite; par conséquent,
l'Union africaine nationale a réussi à conserver une
imposante majorité parlementaire avec seulement 30 % des suffrages
exprimés.
Scrutin
majoritaire plurinominal
Le scrutin
majoritaire plurinominal (SMP) (voir Scrutin majoritaire uninominal
(SMU) ) est tout simplement un scrutin majoritaire uninominal appliqué
dans des circonscriptions plurinominales. Chaque électeur a
droit à un nombre de voix qui correspond au nombre de sièges
à pourvoir; les électeurs sont normalement libres de
voter pour des candidats individuels, peu importe leur appartenance
politique. Dans la plupart des systèmes à scrutin majoritaire
plurinominal, les électeurs peuvent utiliser aussi peu ou autant
de voix qu'ils le souhaitent. En date du mois de juin 1997, l'Autorité
Palestinienne, les Bermudes, les îles Fidji, le Laos, les îles
Vierges américaines, la Thaïlande, les Maldives, le Koweït,
les Philippines et l'île Maurice utilisaient tous le scrutin
majoritaire plurinominal. Ce système a également servi
en Jordanie en 1989 (voir Jordanie
: la conception d'un système électoral dans le monde
arabe ) et en Mongolie en 1992, mais les deux pays l'ont
remplacé à cause d'un manque de confiance vis-à-vis
les résultats obtenus. Quelques sièges à la Chambre
des communes britannique, particulièrement les sièges
universitaires, ont été comblés au moyen du scrutin
majoritaire plurinominal jusqu'en 1945.
Scrutin majoritaire plurinominal de listes de parti (SMPLP)
Pour
l'élection d'un certain nombre de leurs députés
(tous, dans le cas du Djibouti et du Liban, et presque tous à
Singapour, en Tunisie, en Équateur et au Sénégal),
six pays utilisent un système électoral qui se situe
quelque part entre le SMU et le scrutin majoritaire plurinominal.
On l'a appelé ici le scrutin majoritaire plurinominal de listes
de parti (SMPLP). Comme pour le SMU, les électeurs détiennent
normalement une seule voix mais, contrairement au SMU, il y a des
circonscriptions plurinominales dans lesquelles les électeurs
choisissent des listes de partis où figurent les noms des candidats
plutôt que des candidats individuels. Le parti qui reçoit
le plus grand nombre de voix remporte tous les sièges de la
circonscription électorale, les candidats de la liste entière
étant élus. Comme dans le cas du SMU, une majorité
absolue des voix n'est pas nécessaire.
Dans
certains pays, le SMPLP sert à assurer une représentation
ethnique équilibrée, puisqu'il permet aux partis de
présenter des listes des candidats d'origines ethniques variées
aux élections. Au Liban, par exemple, chaque liste de partis
doit comporter un mélange de candidats des différents
groupes ethniques. À Singapour, on retrouve à la fois
des circonscriptions uninominales et plurinominales. Alors qu'un certain
nombre de députés issus des circonscriptions uninominales
sont élus par SMU, la plupart des députés proviennent
des circonscriptions plurinominales connues sous le nom de circonscriptions
à représentation de groupe, qui élisent chacune
entre trois et six députés figurant sur une liste unique
de candidats d'un parti ou de candidats individuels. Parmi les candidats
inscrits sur chaque liste de parti ou de groupe, on doit retrouver
au moins un membre de la communauté malaise ou indienne ou
d'une autre minorité. Les électeurs font leur choix
entre les diverses listes de candidats; ils ne disposent que d'une
voix. Même s'il ne vote qu'une seule fois, dans la plupart des
circonscriptions électorales, l'électeur choisit en
fait tous les députés avec cette voix. Singapour utilise
également la formule du "meilleur perdant" pour nommer les
candidats à certains sièges de l'opposition - comme
le fait l'Équateur d'ailleurs, où le parti de deuxième
place, s'il a remporté l'équivalent de la moitié
des voix du parti vainqueur, a droit à un siège compensatoire.
Scrutin
majoritaire plurinominal : avantages
On applaudit
souvent au scrutin majoritaire plurinominal parce qu'il permet à
l'électeur de voter pour des candidats individuels et que les
circonscriptions électorales dans lesquelles il se tient couvrent
une superficie géographique raisonnable, tout en mettant en
évidence le rôle des partis et en renforçant les
partis qui montrent le plus de cohérence et d'aptitudes organisationnelles.
Du point
de vue des avantages, le scrutin majoritaire plurinominal de listes
de parti est facile à utiliser, il encourage les partis forts
et permet aux partis de présenter une large gamme de candidats,
ce qui favorise la représentation des minorités.
Scrutin
majoritaire plurinominal : désavantages
Lorsque
les électeurs accordent toutes leurs voix aux candidats d'un
même parti, comme c'est souvent le cas, le système tend
à exagérer tous les désavantages du SMU, particulièrement
son manque de proportionnalité. Par exemple, à l'île
Maurice, en 1982 et en 1995, le parti de l'opposition au parlement
antérieur a remporté tous les sièges au nouveau
parlement en recueillant seulement 64 % et 65 % des suffrages respectivement.
Cette tendance entrave sérieusement le fonctionnement efficace
d'un système parlementaire basé sur les concepts de
gouvernement et d'opposition.
Pour
des raisons semblables, les Philippines songent à abandonner
le scrutin majoritaire plurinominal en faveur d'un système
RP à Scrutin de Liste.
Cependant,
une faille majeure du SMPLP est le fait qu'il produit des résultats
super-majoritaires, en ce sens qu'un parti peut accaparer presque
tous les sièges avec une majorité simple de voix. Lors
des élections de 1991 à Singapour, par exemple, 61 %
des voix ont donné 95 % des sièges du Parlement au Parti
d'action populaire (PAP).
Vote
préférentiel
Le vote
préférentiel est un système électoral
relativement inusité qui, de nos jours, ne sert qu'en Australie
et, sous une forme quelque peu modifiée, au Nauru. Il a également
servi aux élections générales en Papouasie-Nouvelle-Guinée
entre 1964 et 1975 (voir Papouasie-Nouvelle-Guinée
) et en 1996, c'est le système électoral qui était
recommandé aux îles Fidji. Il est donc un bon exemple
de la distribution régionale des systèmes électoraux
dont on a traité plus haut : l'utilisation de ce système,
que ce soit dans le passé, à l'heure actuelle ou dans
un avenir probable est concentrée entièrement en Océanie.
Comme
dans le cas d'un srutin mjoritaire uinominal, les élections
tenues dans le cadre d'un Vote Alternatif (VA) ont normalement lieu
dans des circonscriptions uninominales. Cependant, le VA offre aux
électeurs une gamme d'options beaucoup plus vaste que le SMU
au moment de faire leur choix. Plutôt que de simplement indiquer
leur candidat préféré, dans le VA, les électeurs
classent les candidats dans l'ordre de leur choix, en inscrivant «
1 » à côté du nom de leur candidat préféré,
« 2 » vis-à-vis leur deuxième choix, «
3 » pour leur troisième choix, et ainsi de suite. Le
système permet ainsi aux électeurs d'exprimer leurs
préférences par rapport aux candidats, plutôt
que d'indiquer uniquement leur premier choix. Pour cette raison, on
l'appelle parfois "vote préférentiel" dans les pays
qui l'utilisent (voir Scrutin préférentiel ).
Le VA
se distingue également du scrutin majoritaire uninominal dans
la façon de compter les voix. Comme dans le SMU ou le scrutin
majoritaire à deux tours, un candidat qui a remporté
une majorité absolue de voix (50 % plus une) est élu
immédiatement. Cependant, si aucun candidat n'a atteint la
majorité absolue, le VA élimine le candidat qui a obtenu
le moins de premiers choix et ses bulletins de vote sont revus quant
au deuxième choix exprimé. Ceux-ci sont alors reportés
au compte des candidats qui demeurent en lice selon la préférence
indiquée sur le bulletin. On répète le processus
jusqu'à ce qu'un candidat ait obtenu une majorité absolue,
étant ainsi déclaré vainqueur. Pour cette raison,
le VA est normalement classé parmi les systèmes majoritaires,
puisqu'un candidat doit obtenir une majorité absolue, et non
seulement une majorité simple, des suffrages pour remporter
un siège. Voir les études de cas Vote
alternatif en Australie , Sri
Lanka : des changements tenant compte de la diversité
et Papouasie-Nouvelle-Guinée
.
Vote
préférentiel : avantages
Un avantage
du transfert des bulletins de vote est qu'il permet à plusieurs
candidats alignés de regrouper leurs suffrages, de sorte que
des intérêts divers mais semblables peuvent se combiner
pour obtenir la représentation. Le VA permet également
aux partisans des candidats qui ont peu de chance de se faire élire
d'influencer, par l'entremise de leur deuxième choix, l'élection
d'un candidat principal. Pour cette raison, certains maintiennent
que le VA est le meilleur système électoral dans le
cas de sociétés très divisées, puisqu'il
motive les candidats à solliciter l'appui non seulement de
leurs propres partisans mais également les « deuxièmes
choix » des autres (voir Papouasie-Nouvelle-Guinée
).
Pour
mériter ces préférences, les candidats doivent
présenter une plate-forme variée, apte à plaire
à tous les intérêts, plutôt que de se concentrer
sur des questions sectaires ou extrémistes. L'expérience
du VA vécue dans l'environnement social relativement stable
de l'Australie appuie ces arguments : avant une élection, les
partis principaux, par exemple, essaient de conclure des ententes
avec les partis minoritaires afin d'obtenir les deuxièmes choix
de leurs partisans, un processus appelé échange de choix.
En outre, en raison de l'obligation d'obtenir une majorité
absolue, le VA augmente le taux d'acceptation des députés
élus, améliorant ainsi la perception de leur légitimité.
Vote
préférentiel : désavantages
Le vote
alternatif (VA) comporte un certain nombre de désavantages.
Premièrement, pour être efficace, il exige de la population
un degré raisonnable d'alphabétisation et des notions
de calcul; aussi, parce qu'il est utilisé dans des circonscriptions
uninominales, il peut souvent produire des résultats non proportionnels
par rapport aux systèmes RP. Deuxièmement, il faut se
demander si un système à base de vote alternatif peut
engendrer des comportements plus conciliants dans les sociétés
très divisées où les groupes ethniques sont concentrés
dans des régions géographiques précises et, comme
on l'a décrit dans le cas du sénat australien de 1919
à 1946, il a été démontré que le
VA ne fonctionne pas bien non plus dans des circonscriptions plurinominales
très vastes.
L'unique
exception à cette règle est le Nauru, qui utilise une
version modifiée du VA, surtout dans des circonscriptions électorales
à deux sièges. Le système en vogue au Nauru n'élimine
personne, les différents choix étant simplement comptés
comme des « fractions de voix »; le premier choix vaut
un, le deuxième, un demi, le troisième, un tiers, et
ainsi de suite. Si aucun candidat n'obtient une majorité absolue
sur la base des premiers choix, les autres choix sont alors comptés
et le candidat ayant obtenu le total le plus élevé est
déclaré vainqueur.
Scrutin
à deux tours
Le dernier
type de système majoritaire utilisé pour des élections
parlementaires est le scrutin majoritaire à deux tours (SDT),
que l'on rend également par le concept de ballottage. Ces dénominations
reflètent la caractéristique principale du système,
soit le fait qu'il y ait deux tours de scrutin, à intervalle
d'une semaine à dix jours. Le premier tour se déroule
de la même façon qu'une élection à SMU
normale. Si un candidat obtient une majorité absolue, on le
déclare vainqueur immédiatement, sans avoir à
tenir un deuxième scrutin. Si, cependant, aucun candidat n'obtient
une majorité absolue, on procède alors à un deuxième
tour de scrutin, le scrutin de ballottage, et le vainqueur du deuxième
tour est déclaré élu.
Les détails
procéduraux du deuxième tour varient selon l'État.
La méthode la plus répandue, comme celle appliquée
en Ukraine, consiste à confronter au deuxième tour les
candidats qui se sont classés premier et deuxième au
premier tour; ce système résulte en une majorité
absolue (voir Ukraine
: les dangers du principe de la majorité pour une nouvelle
démocratie ). Il produit un résultat véritablement
majoritaire, en ce sens qu'il faut nécessairement que l'un
des deux candidats obtienne une majorité absolue des suffrages
pour sortir vainqueur. La France, qui est le pays le plus communément
associé au mode de scrutin à deux tours, emploie une
variante de cette façon de procéder pour ses élections
législatives. Ainsi, tout candidat qui a remporté 12,5
% des suffrages au premier tour peut se présenter au deuxième
tour. Celui qui reçoit le plus grand nombre de voix au deuxième
tour, même s'il ne s'agit pas d'une majorité absolue,
est déclaré vainqueur. Contrairement à la majorité
absolue, ce système n'est pas véritablement majoritaire,
puisque cinq ou six candidats peuvent prendre part au deuxième
tour d'élection. On donne donc à cette variante le titre
de scrutin à deux tours à majorité simple.
Les scrutins
majoritaires à deux tours servent à élire plus
de 30 parlements nationaux et un nombre encore plus élevé
de présidents. Comme la France, plusieurs des nations indépendantes
qui utilisent un SDT sont des dépendances territoriales de
la République française ou ont subi une influence quelconque
des Français. En Afrique francophone Sub-saharienne, le système
est utilisé par la République centrafricaine, le Mali,
le Togo, le Tchad, le Gabon, l'île Maurice et le Congo et, en
Afrique du Nord, par l'Égypte. Cuba, Haïti, l'Iran, le
Kiribati ainsi que les îles Comores emploient également
le scrutin à deux tours pour leurs élections législatives,
tout comme les États post-soviétiques du Bélarus,
du Kirghizistan, de Macédoine, de Moldova, du Tadjikistan,
de l'Ukraine et de l'Ouzbékistan. Il n'est pas surprenant qu'en
Europe de l'Ouest, Monaco, à l'instar de la France, utilise
également le SDT. L'Albanie et la Lituanie tiennent des élections
SDT de même que des élections RPSL au sein de leur système
mixte sans compensation, alors que la Hongrie utilise le SDT pour
trancher les résultats dans les circonscriptions électorales
majoritaires sous le système mixte avec compensation.
Scrutin
à deux tours : avantages
Ce système
offre d'abord un certain nombre d'avantages. En tout premier lieu,
il permet aux électeurs de se prononcer en faveur de leur candidat
préféré une deuxième fois, ou même
de changer d'idée quant à leur préférence
entre le premier et le deuxième tour. Ainsi, il partage certaines
caractéristiques des systèmes préférentiels
(voir Vote préférentiel ) comme le vote alternatif,
qui demande de classer les candidats en ordre de préférence,
tout en permettant aux électeurs de faire un choix entièrement
différent au deuxième tour, s'ils le désirent.
Deuxièmement,
il permet aux partis et à l'électorat de s'ajuster aux
changements de l'environnement politique qui peuvent se présenter
entre le premier et le deuxième tour de scrutin. De plus, les
SDT réduisent les problèmes de « division des
votes », une situation qui se produit fréquemment lors
d'élections à SMU, lorsque deux partis semblables se
« divisent » les voix, permettant ainsi à un candidat
moins populaire de remporter le siège. Finalement, parce que
les électeurs n'ont pas à classer les candidats en ordre
numérique de préférence pour indiquer leur deuxième
choix, le SDT est fort probablement mieux adapté aux pays ayant
un taux élevé d'analphabétisme que les systèmes
qui requièrent la numérotation des choix, comme le vote
alternatif ou le vote unique transférable (voir Scrutin unique
transférable ).
Scrutin
à deux tours : désavantages
Il est
peut-être surprenant que le scrutin majoritaire à deux
tours soit au troisième rang des systèmes les plus utilisés
parmi les 211 pays faisant l'objet de ce manuel, puisque ce système
place une pression considérable sur l'administration électorale
qui doit gérer un deuxième scrutin peu après
le premier, ce qui augmente considérablement le coût
global du processus électoral et l'intervalle entre la tenue
d'une élection et la déclaration des résultats;
un tel délai peut entraîner de l'instabilité et
de l'incertitude. Le scrutin majoritaire à deux tours place
également un fardeau additionnel sur l'électeur et on
constate parfois une réduction prononcée de la participation
des électeurs entre le premier tour et le deuxième.
De plus, le SDT comporte plusieurs des désavantages d'un SMU,
sans toutefois offrir sa simplicité. La recherche démontre
que le scrutin majoritaire à deux tours de la France produit
les résultats les plus disproportionnels de toutes les démocraties
de l'Ouest (voir Mali
: un scrutin majoritaire à deux tours en Afrique ).
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