Systèmes de représentation
proportionnelle
L'objectif
fondamental des systèmes de représentation proportionnelle
(RP) est de réduire l'écart entre la part du vote
national que reçoit un parti et sa part de sièges
au parlement; si un parti important obtient 40 % des suffrages,
il devrait obtenir approximativement 40 % des sièges, alors
qu'un petit parti recueillant 10 % des voix devrait occuper 10 %
des sièges au parlement. On croit souvent que la meilleure
façon d'atteindre la proportionnalité est d'utiliser
des listes de partis, méthode selon laquelle les partis politiques
présentent des listes de candidats aux électeurs sur
une base nationale ou régionale (voir RP à scrutin
de liste (RPSL) ); toutefois, on obtient tout aussi bien la proportionnalité
lorsque la composante proportionnelle d'un SMAC compense l'absence
de proportionnalité dans les résultats issus d'une
circonscription électorale majoritaire (voir Système
mixte avec compensation (SMAC) ). On peut réussir tout aussi
bien avec un scrutin préférentiel : le vote unique
transférable, qui permet aux électeurs de classer
les candidats en ordre de préférence, dans des circonscriptions
plurinominales, est un autre système proportionnel bien connu
(voir Scrutin unique transférable ).
Les
systèmes de représentation proportionnelle (RP) sont
un choix fréquent parmi les nouvelles démocraties.
Plus de 20 démocraties établies, et un peu moins de
la moitié de toutes les démocraties « libres
», utilisent une variation quelconque de RP (voir Distribution
globale des systèmes électoraux ). Les systèmes
RP dominent en Amérique Latine et en Europe de l'Ouest et
ils représentent le tiers des systèmes en Afrique.
Même si les sièges sont souvent accordés au
sein de circonscriptions plurinominales à vocation régionale,
dans un certain nombre de pays (comme l'Allemagne, la Namibie, Israël,
les Pays-Bas, le Danemark, l'Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande)
la distribution des sièges au parlement est effectivement
déterminée par le scrutin national global.
Dans
un système RP, la formule utilisée pour calculer la
répartition des sièges après que les voix ont
été comptées peut avoir un effet marginal sur
les résultats de l'élection. On peut utiliser soit
la méthode de la « plus forte moyenne » ou celle
du « plus fort reste » (voir Attribution des sièges
en fonction des votes ). Cependant, du point de vue des résultats
globaux d'un système RP, il est encore plus important de
tenir compte de deux facteurs, soit la représentation au
sein des circonscriptions (voir Étendue des circonscriptions
) et le seuil établi pour la représentation (voir
Seuils ). Plus le nombre de représentants au sein d'une circonscription
est élevé et plus son seuil de représentation
est faible, plus le système électoral sera proportionnel
et plus les petits partis minoritaires auront de chances d'être
élus. En Israël, le seuil est de 1,5 %, alors qu'en
Allemagne, il est de 5 %. Aux îles Seychelles, on impose un
seuil de 10 % pour les 23 sièges RP. En Afrique du Sud, en
1994, en l'absence d'un seuil légal de représentation,
le Parti africain démocrate-chrétien a décroché
deux des 400 sièges, avec seulement 0,45 % du suffrage national.
D'autres choix importants s'imposent comme la définition
des limites des circonscriptions électorales (voir Délimitation
des circonscriptions ); la façon dont les partis constituent
leurs listes de portes (voir Listes bloquées, non bloquées
et flexibles ); la complexité du bulletin de vote (p. ex.
l'éventail des choix offerts à l'électeur -
entre partis ou entre candidats et partis (voir Modes de scrutin
)); les arrangements formels ou informels pour la « mise en
commun des votes »; et la marge tolérée pour
les ententes entre les partis, comme le permettent les systèmes
qui utilisent l'apparentement (voir Apparentement ).
Répartition des sièges
Les
systèmes RP offrent un ou deux « paliers » pour
attribuer les sièges ou que leurs listes sont bloquées,
non bloquées ou flexibles (panachage). Les pays qui attribuent
les sièges selon un seul palier peuvent le faire par l'entremise
de listes nationales, comme en Namibie et aux Pays-Bas, ou entièrement
à l'aide des listes régionales, comme en Finlande
(voir Finlande
: choix de candidat et proportionnalité de parti )
et en Suisse (voir La
Suisse ). Le VUT a presque toujours servi dans des systèmes
à un seul palier (comme en Irlande (voir La
réforme électorale en Israël )).
L'attribution
selon deux paliers peut se faire à partir de listes nationales
et de listes régionales, comme en Afrique du Sud (voir Afrique
du Sud : Élaboration d'un système électoral
et gestion de conflits en Afrique ), de listes régionales
seulement, comme au Danemark, d'une représentation proportionnelle
à scrutin de liste à l'échelle nationale combinée
avec des circonscriptions électorales uninominales, comme
en Allemagne (voir Allemagne
: le premier système mixte avec compensation )
et en Nouvelle-Zélande (voir Nouvelle-Zélande
: une démocratie à la westminster solidement ancrée
qui passe à la RP ), ou de listes régionales
combinées avec des circonscriptions électorales uninominales,
comme en Bolivie (voir Bolivie
: réforme électorale en amérique latine
). Au milieu des années 1980, Malte (voir Malte
- Vote unique transférable adapté ) a transformé
son système VUT en un système à deux paliers
en accordant un certain nombre de sièges compensatoires additionnels
si un parti obtenait la majorité des voix mais un nombre
de sièges inférieur à ses rivaux.
RP à scrutin de liste (RPSL)
Dans
la plupart des 75 systèmes RP nommés dans Distribution
globale des systèmes électoraux , on utilise une forme
quelconque de RP à scrutin de liste; on préconise
le SMAC ou le VUT dans seulement neuf cas.
Sous
sa forme la plus simple, la RP à scrutin de liste implique
que chaque parti présente une liste de candidats aux électeurs;
les électeurs votent pour un parti, puis les partis se voient
attribuer des sièges en proportion de leur part globale du
suffrage national. Les candidats élus sont tirés des
listes selon leur position sur celles-ci (voir RP à scrutin
de liste : avantages et RP à scrutin de liste : désavantages
).
RP à scrutin de liste
: avantages
À
plusieurs égards, les arguments les plus convaincants en
faveur de la RP tiennent au fait que ce système évite
les anomalies des systèmes majoritaires et qu'il favorise
une assemblée législative plus représentative
(voir Scrutin majoritaire uninominal : désavantages ). Comme
en attestent un certain nombre d'exemples de pays en voie de développement
cités dans ce manuel, pour plusieurs nouvelles démocraties,
particulièrement celles qui font face à des divisions
sociales prononcées, la représentation de tous les
groupes au Parlement peut être une condition quasi essentielle
de la consolidation démocratique. L'absence de représentation
des minorités et des majorités dans ces systèmes
politiques naissants peut avoir des conséquences catastrophiques
(voir Afrique
du Sud : Élaboration d'un système électoral
et gestion de conflits en Afrique ).
En
général, on fait l'éloge des systèmes
RP pour les raisons suivantes.
Ils traduisent fidèlement les suffrages
exprimés en sièges
Ils
évitent ainsi certains des résultats les plus déstabilisants
et « injustes » issus des systèmes électoraux
majoritaires. Les « sièges compensatoires » accordés
aux plus gros partis sont réduits et les petits partis ont
accès au parlement sans devoir recueillir des proportions
énormes de suffrages.
Ils entraînent peu de votes gaspillés
Comme
on l'a démontré plus tôt, lorsque les seuils
sont peu élevés, presque tous les suffrages exprimés
lors d'élections RP se traduisent par l'élection du
candidat choisi. Par le fait même, les électeurs deviennent
plus convaincus qu'il vaut la peine de se déplacer pour se
rendre aux urnes au moment de l'élection, puisqu'ils peuvent
être plus confiants que leur vote aura une incidence, si minime
soit-elle, sur les résultats des élections.
Ils facilitent l'accès des petits
partis à la représentation
À
moins que le seuil soit démesurément élevé
ou que le nombre de représentants de la circonscription soit
anormalement faible, tout parti politique qui obtient un certain
pourcentage de l'appui électoral devrait mériter une
représentation à l'assemblée législative.
Cela satisfait au principe de l'inclusion, qui peut être essentiel
à la stabilité dans les sociétés divisées
et avoir des avantages pour la prise de décisions dans toutes
les démocraties.
Ils incitent les partis à présenter
des listes de candidats inclusives et reflétant la diversité
sociale
L'objectif
d'un système RPSL est de recueillir le maximum de suffrages
au scrutin national, peu importe l'origine des voix. Chaque voix,
même dans une région où le parti est faible,
compte pour le quotient minimal et, par conséquent, un siège
de plus. Même s'il ne faut pas en exagérer l'importance,
l'expérience d'Afrique du Sud suggère que le système
RPSL crée un environnement politique qui permet aux partis
de présenter des listes de candidats multiraciales et multi-ethniques.
Ils augmentent la probabilité que
des représentants des minorités culturelles soient
élus
Quand,
comme c'est souvent le cas, les comportements de l'électorat
concordent avec les divisions culturelles ou sociales de la société,
le système électoral RPSL peut contribuer à
assurer que le Parlement comprenne des députés issus
tant de la majorité que de la minorité. Cela s'explique
par le fait que les partis peuvent être amenés à
créer des listes de candidats équilibrées,
qui répondent aux intérêts d'une vaste gamme
d'électeurs. Par exemple, l'Assemblée nationale élue
en Afrique du Sud en 1994 comptait 52 % de noirs (11 % de Zoulous,
les autres étant d'origine Xhosa, Sotho, Venda, Tswana, Pedi,
Swazi, Shangaan et Ndébélé), 32 % de blancs
(un tiers d'Anglais, deux tiers d'Afrikaners), 7 % de métis
et 8 % d'Indiens. Le Parlement namibien est diversifié de
façon semblable, comptant des représentants issus
des communautés Ovambo, Damara, Herero, Nama, Baster et blanches
(de langues anglaise et allemande).
Ils augmentent la probabilité que
des femmes soient élues
Les
systèmes électoraux RP sont souvent considérés
comme étant plus susceptibles de permettre l'élection
des femmes que les systèmes majoritaires. En pratique, les
partis peuvent utiliser les listes pour promouvoir l'avancement
des femmes en politique et pour permettre aux électeurs d'élire
des femmes sans limiter leur capacité de voter pour d'autres
considérations. Comme on l'a déjà vu, dans
des circonscriptions uninominales, la plupart des partis mettent
de l'avant le candidat « le plus généralement
acceptable » et cette personne est rarement une femme. Quoiqu'une
grande partie de la preuve qu'il existe un lien entre la RP et la
représentation des femmes vienne des démocraties de
l'Ouest, une tendance semblable semble se manifester dans les nouvelles
démocraties, comme celles en Afrique (Afrique du Sud, Mozambique),
en Amérique Centrale et en Amérique du Sud (Argentine,
Brésil et Costa Rica).
Ils limitent l'agrandissement des «
fiefs électoraux »
Parce
que les systèmes RP récompensent les partis minoritaires,
quelques sièges leur étant attribués, ces systèmes
seront moins susceptibles de produire des situations dans lesquelles
un seul parti détient tous les sièges dans une province
ou une circonscription électorale donnée.
Ils donnent lieu à des gouvernements
plus efficaces
Certains
maintiennent que, dans les démocraties établies, les
gouvernements élus par l'entremise de scrutins RP sont plus
efficaces que ceux qui le sont par SMU. L'expérience de l'Europe
de l'Ouest semble démontrer que les systèmes parlementaires
élus à la RP jouissent de gouvernements qui restent
au pouvoir plus longtemps, d'un taux de participation électorale
plus élevée et d'une meilleure performance économique.
On peut expliquer cette tendance par le fait que les changements
fréquents de gouvernement entre deux partis idéologiquement
opposés, qui se produisent plus fréquemment dans les
SMU, entravent la planification économique à long
terme, alors que les gouvernements de coalition issus des systèmes
RP ont tendance à engendrer la stabilité et la cohérence
de la prise de décisions qui permettent l'épanouissement
national.
Ils donnent une plus grande visibilité
au partage du pouvoir entre les partis et les groupes d'intérêts
Dans
plusieurs nouvelles démocraties, le partage du pouvoir entre
la majorité numérique de la population qui détient
le pouvoir politique et la petite minorité qui détient
le pouvoir économique est une réalité indéniable.
Lorsque la majorité numérique domine le Parlement,
les négociations entre les divers blocs de pouvoir sont moins
visibles, moins transparents et moins imputables. On maintient que
le système RP, particulièrement en Afrique, de par
la prise en compte de tous les intérêts au Parlement,
offre plus d'espoir que les décisions pourront être
scrutées par l'opinion publique et qu'elles tiendront compte
d'une plus grande portion de la société.
RP à scrutin de liste
: désavantages
La
plupart des critiques du système RP tournent autour de deux
thèmes principaux : sa tendance à créer des
gouvernements de coalition avec tous les désavantages qu'ils
entraînent et l'absence, dans la plupart des cas, d'un lien
d'imputabilité géographique entre le député
et son électorat. En général, on critique les
systèmes RP parce qu'ils entraînent les situations
suivantes.
- Des gouvernements
de coalition. Ces gouvernements mènent souvent à
des impasses législatives et à l'incapacité
subséquente de mettre en oeuvre des politiques cohérentes
au moment où les besoins sont les plus pressants. Ils
font face à des risques particulièrement élevés
immédiatement après la transition, lorsque les
nouveaux gouvernements ont d'importants défis à
relever. La prise de décisions rapide et cohérente
peut être entravée par des cabinets formés
par une coalition et des gouvernements d'unité nationale
divisés par des factions.
- Une fragmentation
déstabilisatrice du régime de partis. Le système
RP reflète et facilite la fragmentation du régime
de partis. Au moment des négociations visant à
former des coalitions, un tel pluralisme peut permettre à
des petits partis minoritaires de tenir en otage les plus grands
partis. De ce point de vue, l'inclusivité du système
RP est perçu comme une faiblesse. En Israël, par
exemple, les partis religieux extrémistes sont souvent
un élément crucial de la formation des gouvernements
et l'Italie a connu cinquante ans d'instabilité, résultat
des changements de gouvernements de coalition.
- Une plate-forme
pour les partis extrémistes. Dans ce sens, on critique
souvent les systèmes RP parce qu'il donnent une présence
sur la scène parlementaire aux partis extrémistes
de gauche ou de droite. Certains ont avancé que la République
de Weimar devait sa chute au fait que le système électoral
RP avait permis aux groupes extrémistes de s'implanter.
- Des coalitions
qui ont trop peu d'intérêts communs soit du point
de vue de leurs politiques ou de leur base partisane. Ces «
coalitions fondées sur la commodité » sont
parfois comparées aux plus fortes « coalitions
fondées sur l'engagement » produites par les autres
systèmes (comme le vote alternatif), au sein desquelles
les partis dépendent des votes des partisans des autres
partis pour leur élection.
- La difficulté
de renverser un parti au pouvoir. Sous un système RP,
il peut être très difficile de renverser un parti
de taille moyenne. Lorsque les gouvernements sont normalement
des coalitions, il est vrai que certains partis politiques sont
omniprésents au gouvernement, en dépit de leurs
faibles performances électorales à l'occasion.
Aux Pays-Bas, en dépit d'une part toujours moindre de
suffrages, le parti Christian Democratic Appeal (CDA) est demeuré
le partenaire principal dans des gouvernements de coalition
pendant 17 ans.
- L'affaiblissement
du lien entre les députés et leurs électeurs.
Lorsqu'une simple RPSL est utilisée et que les sièges
sont attribués dans des circonscriptions nationales gigantesques,
comme c'est le cas en Namibie ou en Israël (voir Namibie
: une représentation proportionnelle de listes
et
La
réforme électorale en Israël
), le système est souvent critiqué pour son
effet destructeur sur les liens entre les électeurs et
leur député. Les électeurs sont incapables
de déterminer l'identité des personnes qui vont
les représenter, que ce soit le représentant de
leur ville, de leur circonscription électorale ou de
leur village, au moment de l'élection; ils sont également
relativement impuissants face à une personne qui, selon
eux, s'est mal acquittée de ses fonctions ou s'est mal
comportée et qu'ils voudraient rejeter. Ce facteur a
été particulièrement critiqué dans
certains pays en voie de développement, à vocation
rurale, où l'identification des électeurs à
leur région de résidence est parfois considérablement
plus forte que leur identification à un parti politique.
Dans
le même ordre d'idées, le système RP à
base de listes nationales bloquées est critiqué parce
qu'il remet trop de pouvoir entre les mains des chefs de parti et
du parti central. La position d'un candidat sur la liste de partis
et, par conséquent, ses chances de succès dépendent
en grande partie de sa capacité de se faire apprécier
par la direction du parti, pour qui la relation avec l'électorat
est d'importance secondaire.
En
outre, l'adoption d'un système RP présume l'existence
d'une structure de partis reconnus, puisque les électeurs
doivent voter pour des partis plutôt que des personnes ou
des groupes de personnes. Cela rend la RPSL particulièrement
difficile à implanter dans les sociétés où
il n'y a pas de partis ou qui sont en train de mettre en place une
telle structure.
Finalement,
d'autres obstacles à l'utilisation des systèmes RP
viennent du fait qu'ils sont peu connus dans les pays ayant des
liens coloniaux avec l'Angleterre ou la France et que certaines
variations sont perçues comme étant trop compliquées
pour être facilement comprises des électeurs ou pour
la mise en application par les administrations électorales.
Système mixte avec compensation
(SMAC)
Les
systèmes mixtes avec compensation (SMAC), qui servent en
Allemagne (voir Allemagne
: le premier système mixte avec compensation ),
en Nouvelle-Zélande (voir Nouvelle-Zélande
: une démocratie à la westminster solidement ancrée
qui passe à la RP ), en Bolivie (voir Bolivie
: réforme électorale en amérique latine
), en Italie, au Mexique, au Venezuela et en Hongrie, tentent
de combiner en un seul système électoral les aspects
positifs des systèmes électoraux majoritaires et des
systèmes RP. Une proportion du Parlement (environ la moitié
dans le cas de l'Allemagne, de la Bolivie et du Venezuela) est élue
par des scrutins majoritaires, normalement à partir de circonscriptions
uninominales, et les autres sont élus par RPSL. Cette structure
pourrait paraître semblable au système mixte sans compensation
décrit plus tôt; mais la distinction principale est
que le SMAC permet d'utiliser la liste des sièges RP pour
compenser toute disproportionnalité dans les sièges
de circonscriptions. Par exemple, si un parti remporte 10 % des
votes nationaux mais aucun siège de circonscription, on lui
accordera un nombre de sièges issus de la représentation
proportionnelle à scrutin de liste pour que leur représentation
atteigne approximativement 10 % du parlement.
À
une exception près, dans les sept pays qui utilisent le SMAC,
tous les sièges des circonscriptions électorales sont
élus par SMU, alors qu'en Hongrie on utilise le système
à deux tours décrit précédemment. L'Italie
utilise une méthode considérablement plus compliquée,
réservant un quart des sièges au parlement pour compenser
les votes gaspillés dans les circonscriptions uninominales.
Le Venezuela compte 102 sièges SMU, 87 sièges RPSL
et 15 sièges RP compensatoires. Au Mexique, on réserve
200 sièges RPSL pour compenser les résultats inégaux
normalement très prononcés des 300 sièges SMU,
mais une loi limite à 315 sièges la représentation
d'un seul parti au parlement, nombre qui est réduit à
300 sièges si ce parti a recueilli moins de 60 % des suffrages.
Système mixte avec
compensation : avantages
Tout
en conservant les avantages de la proportionnalité des systèmes
RP, le système mixte avec compensation (SMAC) assure également
que les électeurs jouissent d'une représentation géographique.
Ceux-ci profitent également de deux votes, un pour le parti
et un pour leur député local.
Système mixte avec
compensation : désavantages
C'est
un problème, lorsqu'il s'agit d'attribuer les sièges
au parlement, le fait que leur vote pour un député
local soit beaucoup moins important que leur vote pour un parti
est un élément que les électeurs ne peuvent
pas toujours comprendre. En outre, un peu comme les difficultés
mentionnées plus tôt à l'égard du système
mixte sans compensation, le SMAC peut créer deux classes
de députés (voir Scrutin parallèle : désavantages
).
Il
faut également se rappeler qu'en ce qui concerne la conversion
des suffrages en sièges, le SMAC peut être un système
électoral tout aussi proportionnel qu'une pure RPSL et qu'il
comporte, par le fait même, les avantages et désavantages
des systèmes RP. Cependant, l'une des raisons pour lesquelles
le SMAC est parfois considéré comme étant moins
approprié qu'un système RPSL est qu'il peut donner
lieu à des anomalies que l'on qualifie de « votes stratégiques
». En Nouvelle-Zélande, en 1996, dans la circonscription
de Wellington Central, les stratèges du Parti national ont
incité les électeurs à ne pas voter pour leur
candidat, parce qu'ils avaient calculé que, selon la formule
d'attribution du SMAC, son élection n'accorderait au Parti
national aucun siège additionnel au parlement, mais qu'il
remplacerait simplement un autre député de la liste
du Parti national. Pour eux, il était donc préférable
de laisser élire un candidat d'un autre parti, pourvu qu'il
partage les convictions et l'idéologie du Parti national,
que de « gaspiller » des votes pour appuyer leur propre
candidat.
Scrutin unique transférable
Les
politologues ont souvent considéré le vote unique
transférable (VUT) comme l'un des systèmes électoraux
les plus attrayants, mais il n'a servi que dans des cas très
limités lors d'élections parlementaires nationales
- en Irlande depuis 1921 (voir Irlande
: un système typique de vote unique transférable
), à Malte depuis 1947 (voir Malte
- Vote unique transférable adapté ) et
à une occasion en Estonie en 1990. Il sert également
en Australie, pour les élections à la Chambre de l'assemblée
tasmanienne, à l'Assemblée législative du territoire
de la capitale australienne et au Sénat fédéral
(voir Vote
alternatif en Australie ) ainsi qu'en Irlande du Nord,
pour les élections locales. Les principes du système
furent élaborés indépendamment, au dix-neuvième
siècle, par Thomas Hare en Grande-Bretagne et Carl Andræ
au Danemark. Le VUT sert pour des circonscriptions plurinominales;
on demande aux électeurs de classer les candidats en ordre
de préférence sur leur bulletin de vote de la même
façon que dans le vote alternatif ou préférentiel.
Dans la plupart des cas, cette indication de préférence
est facultative, les électeurs n'étant pas obligés
de classer tous les candidats en ordre de préférence;
s'ils le désirent, ils peuvent en marquer seulement un. Après
que le total des suffrages concernant le premier choix a été
compté, le décompte commence par l'établissement
du « quotient » de voix requis pour l'élection
d'un seul candidat. Le quotient est calculé à l'aide
d'une formule simple :
Quotient
= (suffrages/sièges+1) + 1
La
première étape consiste à compter le nombre
total de voix de premier choix pour chaque candidat. Tout candidat
qui a reçu plus de voix de premier choix que le quotient
est immédiatement élu. Si personne n'atteint le quotient,
le candidat ayant recueilli le plus faible nombre de premiers choix
est éliminé et ses voix de deuxième choix sont
redistribuées aux candidats qui demeurent dans la course.
En même temps, les voix de surplus des candidats déjà
élus (c.-à-d. les voix qui dépassent le quotient)
sont redistribuées selon les deuxièmes choix exprimés
sur les bulletins de vote. Afin d'être juste, tous les bulletins
de vote d'un candidat sont redistribués, mais chacun de ceux-ci
ne reçoit qu'une fraction procentuelle d'une voix, de sorte
que le total des suffrages redistribués est égal au
surplus du candidat (sauf en Irlande, où on utilise un échantillon
pondéré). Si un candidat a obtenu 100 voix, par exemple,
et que son surplus s'élève à 10 voix, alors
chaque bulletin de vote sera redistribué à une valeur
de 1/10 e de voix. Ce processus continue jusqu'à ce que tous
les sièges de la circonscription aient été
attribués.
Scrutin unique transférable
: avantages
Le
VUT est probablement le plus sophistiqué de tous les systèmes
électoraux, car il offre un choix entre les partis et entre
les candidats au sein des partis. Le résultat final présente
également un degré assez élevé de proportionnalité
et le fait que, dans la plupart des pays qui utilisent actuellement
le VUT, les circonscriptions plurinominales soient relativement
petites signifie que l'on peut y maintenir le lien géographique
si important entre l'électeur et son représentant.
En
outre, les électeurs peuvent influencer la composition des
coalitions post-électorales, comme en Irlande, et le système
offre des primes pour les ententes entre les partis sous la forme
d'échanges de choix. Pour les candidats indépendants,
le VUT offre également de meilleures chances d'élection
que la RPSL, parce que les électeurs choisissent entre les
candidats plutôt qu'entre les partis, quoiqu'une liste de
parti puisse s'ajouter en option à un VUT, ce qui se produit
pour le sénat australien (voir Vote
alternatif en Australie ).
Scrutin unique transférable
: désavantages
Le
système est souvent critiqué parce que le vote préférentiel
est une méthode inconnue dans plusieurs sociétés
et qu'il présuppose, à tout le moins, un degré
d'alphabétisation et une certaine facilité avec les
chiffres. Le dépouillement d'un VUT est également
très complexe, ce qui peut le rendre moins attrayant pour
certains.
Le
VUT présente également les désavantages de
tous les parlements élus par des méthodes RP, comme
la tendance, sous certaines conditions, à augmenter le pouvoir
des petits partis minoritaires. En outre, contrairement à
la RPSL, le système peut à l'occasion entraîner
la fragmentation interne de partis politiques, parce qu'au moment
de l'élection, les candidats d'un même parti sont en
concurrence entre eux, tout autant qu'ils le sont avec les candidats
de l'opposition, pour l'obtention des voix.
En
pratique, cependant, plusieurs des éléments de critique
soulevés ne posent pas de problème. Les élections
VUT en Irlande (voir Irlande
: un système typique de vote unique transférable
), à Malte (voir Malte
- Vote unique transférable adapté ) et
en Tasmanie (voir Vote
alternatif en Australie ) ont toutes produit des gouvernements
relativement stables et légitimes formés de un ou
deux partis principaux.