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Systèmes électoraux

Systèmes électoraux

Ce module traite des questions liées au modèle de représentation et au type de démocratie que les différents systèmes électoraux peuvent offrir. Le système électoral pour lequel opte un pays est à la base de sa structure politique et demeurera possiblement en place pour une longue période. Cette décision ne doit donc être prise qu'après mûre réflexion.

Le fichier "Aperçu" du présent module présente une discussion générale de cette question. Les personnes qui souhaitent plutôt s'adresser à la structure d'un système électoral peuvent consulter le fichier "Principes conceptuels" . Par ailleurs, le fichier "Choix d'un système" offre des exemples des processus par lesquels certains systèmes électoraux ont été choisis et ont évolué. Enfin, le fichier "Composantes conceptuelles" énonce les diverses caractéristiques que comportent les systèmes électoraux en général, y compris la fréquence des élections, le nombre de représentants à la législature, les diverses formes de scrutin et l'attribution des sièges selon les votes obtenus.

Dans le présent module, les différents systèmes électoraux sont rassemblés sous trois principaux groupes, soit les systèmes majoritaires, les systèmes semi-proportionnels et les systèmes de représentation proportionnelle.

  • Scrutins à majorité simple
  • Systèmes semi-proportionnels
  • Systèmes de représentation proportionnelle

Ces trois groupes se répartissent ensuite en dix sous-groupes.

Aperçu

Le choix d'un système électoral est, pour une démocratie, l'une des décisions institutionnelles les plus importantes; cependant, ce choix se fait rarement de façon consciente et délibérée. La décision est souvent purement accidentelle, le résultat d'un concours inusité de circonstances, d'une mode éphémère ou d'une bizarrerie de l'histoire; le colonialisme et l'influence de voisins très puissants en sont souvent des facteurs déterminants. On sait que, dans la majorité des cas, le choix d'un système électoral a de profonds effets sur l'avenir de la vie politique d'un pays. Une fois choisi, le système demeure habituellement en place, car les intérêts politiques viennent s'y greffer et en tirer profit.

S'il est vrai que les systèmes électoraux sont rarement choisis de façon délibérée, il est encore plus vrai que leur choix correspond rarement aux conditions historiques et sociales d'un pays. Toute nouvelle démocratie doit se choisir (ou se voir léguer) un système électoral afin d'élire une assemblée législative, mais ce choix est souvent soumis à l'une des contraintes suivantes :

  • certains politiciens peuvent ne posséder ni les connaissances ni l'information suffisantes pour comprendre toute l'ampleur et la portée de leur décision;
  • d'autres, par ailleurs animés d'un esprit partisan, peuvent se servir de leur connaissance des systèmes électoraux pour promouvoir leurs propres intérêts.

Dans un cas comme dans l'autre, de tels choix risquent, à long terme, de nuire au bien-être politique du pays et peuvent parfois comporter des conséquences désastreuses pour l'avenir démocratique d'une nation.

La compréhension des choix qu'offre un système électoral revêt donc autant d'importance que le choix lui-même. Il ne fait aucun doute cependant qu'une telle décision est souvent prise dans un vide politique. La recherche d'avantages politiques est presque toujours un des facteurs - et parfois le seul - dans le choix de systèmes électoraux, alors qu'une telle décision est en réalité soumise à un certain nombre d'exigences. Les calculs politiques à court terme peuvent souvent voiler les conséquences à long terme d'un système électoral et du système politique dans son ensemble. C'est pourquoi, tout en tenant compte des difficultés réelles, la présente étude aborde la question des choix de systèmes électoraux de façon aussi globale et complète que possible.

La présente étude s'adresse en particulier aux négociateurs politiques et aux concepteurs de constitutions de démocraties nouvelles, récentes ou en transition. Toutefois, le façonnement d'institutions politiques est une tâche délicate qui s'impose non seulement aux nouvelles démocraties mais aussi à celles qui sont établies depuis longtemps et qui tentent de s'adapter à de nouvelles réalités politiques. Cette étude se penche donc sur les questions qui préoccupent les personnes engagées dans l'un ou l'autre processus. En raison de leur auditoire cible, les auteurs ont dû forcément simplifier le contenu académique de l'étude sans toutefois négliger d'y aborder certaines questions plus complexes. Si la présentation paraît ou trop simple ou trop compliquée, elle traduit sans doute le désir d'établir l'équilibre entre un texte clair mais suffisamment étoffé.

Quoique le contexte dans lequel les démocraties naissantes et établies font des choix constitutionnels puisse varier énormément, leurs objectifs à long terme sont habituellement les mêmes : se doter d'institutions assez fortes pour promouvoir une démocratie stable et assez flexibles pour réagir au changement. Chacune de ces démocraties peut tirer parti des expériences de l'autre. La conception d'institutions démocratiques est un processus évolutif; la présente étude a pour but de diffuser les leçons acquises à partir de nombreux exemples concrets de conception d'institutions démocratiques à travers le monde.

Systèmes électoraux et constitutions

La conception d'institutions démocratiques est en bonne partie récente. À l'échelle mondiale, le mouvement vers les gouvernements démocratiques des années 1980 et 1990 a donné un essor considérable à la recherche de modèles stables de gouvernement représentatif et à la réévaluation des systèmes électoraux. Ce processus a été favorisé par la conviction très répandue que le choix d'institutions politiques a un impact considérable sur l'ensemble du système politique. Par exemple, on reconnaît de plus en plus que le système électoral encourage la coopération et les compromis dans une société divisée. C'est maintenant un fait acquis que le système électoral joue un rôle capital dans les enjeux plus vastes de la gouvernance et qu'il est l'institution politique la plus influente d'un pays.

Cette analyse détaillée des choix et des conséquences de différents systèmes électoraux tente d'expliquer leur fonctionnement dans les pays démocratiques. Il a pour but d'élargir les connaissances et d'éclairer les discussions politiques et publiques. Il fournit également à ceux qui élaborent des constitutions les outils nécessaires pour faire des choix judicieux et éviter ainsi les dysfonctionnements et la déstabilisation que peuvent engendrer certains systèmes électoraux.

Dans sa plus simple expression, le système électoral traduit les suffrages exprimés lors d'une élection générale en sièges remportés par les partis et les candidats. Les variables clés en sont la formule électorale utilisée (comme le type de système qui prévaut, majoritaire ou proportionnel, et la formule mathématique qui sert à calculer la répartition des sièges) ainsi que la représentation de circonscription (non pas le nombre d'électeurs qu'elle comprend mais le nombre de députés qui y sont élus).

La conception des systèmes électoraux s'attarde sur les aspects administratifs des élections (tels que la distribution des bureaux de scrutin, la nomination des candidats, l'inscription des électeurs, les responsables de la conduite des élections, etc.), ces questions sont d'importance capitale. Les bienfaits possibles d'un système électoral donné pourraient être compromis si on négligeait de s'occuper de ces différents aspects. La conception d'un système électoral couvre aussi d'autres éléments importants : le découpage des circonscriptions électorales, l'inscription des électeurs, la forme du bulletin de vote, le dépouillement du scrutin, etc.

Aperçu des types de systèmes électoraux

Il existe dans le monde des centaines de systèmes électoraux et un nombre incalculable de combinaisons de chacun d'eux. Afin de simplifier les choses, les systèmes électoraux sont classés ici en trois grandes familles, soit les systèmes majoritaires, semi-proportionnels et proportionnels. Ils se divisent par la suite en neuf sous-familles. En premier lieu, les systèmes majoritaires comprennent le scrutin majoritaire uninominal (SMU), le scrutin majoritaire plurinominal (SMP), le vote alternatif (VA) et le scrutin majoritaire à deux tours (SDT). En second lieu, rattachés aux systèmes semi-proportionnels (SSP) ou semi-RP, on retrouve le système mixte sans compensation (SMSC) et le vote unique non transférable (VUNT). Enfin, les systèmes proportionnels regroupent la représentation proportionnelle à scrutin de liste (RPSL), le système mixte avec compensation (SMAC) et le vote unique transférable (VUT).

Chacun des 211 systèmes électoraux parlementaires mentionnés est classé sous un de ces neuf titres. L'arbre généalogique qui en découle prend racine dans des conventions établies depuis longtemps; il est le premier cependant à englober tous les systèmes électoraux utilisés de nos jours à travers le monde pour des élections législatives, sans tenir compte d'enjeux plus larges tels que la démocratie et la légitimité. Puisse cette étude, par sa clarté et sa concision, aider le lecteur à faire de bons choix!

De façon générale, on catégorise les systèmes électoraux selon leur capacité à transformer le plus fidèlement possible le nombre de suffrages recueillis en sièges au parlement, c'est-à-dire leur proportionnalité. Pour ce faire, il faut regarder à la fois la relation entre les suffrages et les sièges ainsi que les votes gaspillés. Par exemple, lors des premières élections démocratiques de 1994 en Afrique du Sud, l'utilisation d'un système proportionnel classique a donné 62,65 % du vote populaire au Congrès national africain (ANC), ce qui s'est traduit par 63 % des sièges à l'assemblée nationale (voir Afrique du Sud : Élaboration d'un système électoral et gestion de conflits en Afrique ). Ce système électoral s'est avéré très proportionnel, puisque le nombre de votes gaspillés (c.-à-d. les votes pour des partis qui n'ont remporté aucun siège à l'assemblée) n'a atteint que 0,8 % du total. Par contre, l'année précédente, au Lesotho juste à côté, un système électoral majoritaire classique, le scrutin majoritaire uninominal, a fait que la totalité des 65 sièges a été accordée au Parti du congrès du Basutoland qui n'avait reçu que 75 % des suffrages; il n'y avait donc aucune opposition et les 25 % d'électeurs qui avaient voté pour d'autres partis n'étaient aucunement représentés au parlement. Le résultat fut identique au Djibouti en 1992, alors qu'un scrutin majoritaire plurinominal a accordé 65 sièges au Rassemblement populaire pour le progrès qui avait seulement 75 % des voix.

À l'occasion cependant, les systèmes électoraux non proportionnels (comme le SMU) peuvent accidentellement produire des résultats relativement proportionnels. Ce fut le cas d'un autre pays du sud de l'Afrique, le Malawi, en 1994. Au cours de ces élections, le parti dominant, le Front démocratique uni a remporté 48 % des sièges avec 46 % des voix, le Parti du congrès malawien a remporté 32 % des sièges avec 34 % des suffrages et l'Alliance pour la démocratie s'est vu décerner 20 % des sièges avec 19 % des voix. Même si le niveau de proportionnalité semble élevé, il suffit de considérer les votes gaspillés, qui ont dépassé le quart des suffrages exprimés, pour constater qu'il ne s'agit pas d'un système que l'on puisse qualifier de proportionnel.

Principes directeurs

La conception d'un système électoral doit tenir compte des objectifs suivants:

1. garantir un parlement représentatif;

2. s'assurer que les élections sont accessibles à l'électeur moyen et qu'elles sont valables;

3. favoriser la conciliation entre des partis auparavant hostiles;

4. promouvoir la légitimité de la législature et du gouvernement;

5. favoriser un gouvernement stable et efficace;

6. responsabiliser au plus haut point le gouvernement et les élus;

7. encourager la convergence au sein des partis politiques;

8. promouvoir une opposition parlementaire;

9. tenir compte des capacités financières et administratives.

Le document "Conseils pratiques pour concepteurs de systèmes électoraux" se penche sur des questions qui s'appliquent à la conception de systèmes électoraux, notamment :

1. viser la simplicité, mais

2. ne pas craindre les innovations;

3. tenir compte du contexte et d'une période précise;

4. ne pas sous-estimer l'électorat;

5. pécher par excès d'inclusion;

6. s'assurer une démarche progressive;

7. favoriser auprès des principaux acteurs la légitimité et l'acceptation de la démarche;

8. maximiser l'influence de l'électeur;

9. encourager la présence de partis politiques cohérents;

10. opter pour la stabilité à long terme plutôt que pour les avantages à court terme;

11. ne pas prétendre avoir trouvé dans le système électoral la panacée universelle;

12. ne pas surestimer l'influence du système électoral;

13. juger de l'empressement de l'électorat à adopter le changement;

14. ne pas s'attacher servilement aux anciens systèmes;

15. évaluer l'impact du nouveau système sur les conflits sociaux;

16. essayer de parer à toute éventualité.

Considérations administratives

Les institutions politiques déterminent les règles du jeu dans l'exercice de la démocratie et l'on entend souvent dire que, parmi celles-ci, les systèmes électoraux sont les plus faciles à manipuler, pour le meilleur ou pour le pire. En effet, lorsque les suffrages se traduisent en sièges à l'Assemblée législative, le système électoral peut en réalité déterminer qui est élu et quel parti obtient le pouvoir. Advenant le cas où deux partis obtiendraient le même appui, un système permettrait à un parti de former un gouvernement de coalition, tandis qu'un autre autoriserait un des deux partis à assumer le pouvoir. Les deux exemples présentés à l'Annexe D illustrent bien comment, à partir de suffrages à peu près semblables, deux systèmes d'élections différents peuvent en arriver à des résultats fort variés.

Les systèmes électoraux engendrent aussi d'autres conséquences. Ils influencent la nature même du régime de partis et, en particulier, le nombre et la taille relative des partis politiques à l'Assemblée législative. Ils influent aussi sur la cohésion interne et la discipline des partis, soit en encourageant diverses factions à s'affronter constamment, soit en exigeant des partis qu'ils fassent front commun et évitent toute dissension. Les systèmes électoraux peuvent également influer sur la conduite des campagnes électorales et le comportement des élus, et contribuer ainsi à façonner le climat politique dans son ensemble. Ils favorisent ou ralentissent la création d'alliances; ils fournissent aussi aux partis et aux groupes de bonnes raisons soit d'établir une base large et ouverte aux compromis, soit d'être repliés sur eux-mêmes et sensibles aux intérêts ethniques et aux liens de parenté. En outre, un système électoral qui n'est pas considéré « juste » et qui ne permet pas à l'opposition d'espérer remporter les prochaines élections peut encourager les perdants à travailler hors du système et à se servir de tactiques antidémocratiques menant à la confrontation et même à la violence. En tout dernier lieu, le choix du système électoral détermine le degré de facilité ou de complexité de l'exercice du droit de vote, un élément très important, surtout dans des sociétés où abondent les électeurs inexpérimentés ou analphabètes.

Il importe de noter qu'un système électoral donné ne fonctionne pas de la même façon dans des pays différents. Bien qu'il existe des expériences communes dans diverses régions du monde, les effets d'un certain type de système électoral dépendent dans une large mesure du contexte sociopolitique dans lequel le système est utilisé. Les conséquences d'un système électoral dépendent de certains facteurs : la structure d'une société sous ses aspects idéologique, religieux, ethnique, racial, régional, linguistique ou de lutte des classes; la nature de la démocratie qui règne dans le pays, à savoir si elle est établie de longue date, en transition ou nouvelle; le régime de partis, à savoir s'il est stable, à l'état embryonnaire, tout simplement inexistant ou sérieux; et, enfin, la répartition de l'appui des membres, c'est-à-dire s'il est géographiquement concentré ou dispersé.

Il est toutefois important de noter qu'un système électoral donné n'aboutira pas nécessairement aux mêmes résultats selon le pays où il est appliqué. Malgré les expériences communes, les effets d'un système électoral dépendent, dans une largen mesure, du contexte sociopolitique dans lequel il s'applique. Divers facteurs entrent en ligne de compte : la structure de la société sur les plans idéologique, religieux, ethnique, racial, régional, linguistique ou social; le type de démocratie (établie, transitoire ou nouvelle); l'existgence d'un systèm de partis à l'état embryonnaire et en formation; le nombre de partis « sérieux », la concentration géographique ou le dispersement des électeurs d'un parti donné.

Répercussion d'un système électoral sur la transformation de votes en sièges

Prenons une élection hypothétique de 25 000 voix qui oppose deux partis politiques et qui est régie par deux systèmes électoraux différents, soit un scrutin majoritaire uninominal à cinq circonscriptions et une représentation proportionnelle à scrutin de liste dans une circonscription très vaste.

Circonscriptions Sièges gagnés
  1 2 3 4 5 Total % MP RP
Parti A 3000 2600 2551 2551 100 10802 43 4 2
Parti B 2000 2400 2449 2449 4900 14198 57 1 3
  5000 5000 5000 5000 5000 25000 100    

Légende : MP = système majoritaire uninominal, RP = représentation proportionnelle

Dans le premier exemple, le parti A remporte 43% des voix, soit beaucoup moins que le parti B (qui reçoit 57 % des suffrages). Sous un système majoritaire, le parti A remporte tout de même quatre des cinq sièges disponibles. Par contre, sous l'égide d'une représentation proportionnelle, c'est le parti B qui gagne plus de sièges (trois) que le parti A (deux sièges). Cet exemple peut sembler quelque peu extrême, mais ce genre de résultat est très fréquent dans un système majoritaire.

Dans le deuxième exemple, la distribution des suffrages est modifiée et cinq partis se disputent l'élection; cependant, les deux mêmes systèmes électoraux hypothétiques demeurent en vitgueur.

Circonscriptions Sièges remportés
  1 2 3 4 5 Total % MP RP
Parti A 3000 2000 2000 200 50 7250 29 3 1
Parti B 500 500 500 3750 500 5750 23 1 1
Parti C 500 250 750 1000 3000 5500 22 1 1
Parti D 750 500 1700 25 1025 4000 16 0 1
Parti E 250 1750 50 25 425 2500 10 0 1
  5000 5000 5000 5000 5000 25000 100 5 5

Légende : MP = système majoritaire uninominal, RP = représentation proportionnelle (utilisant la méthode du « plus fort reste » de concert avec la formule de Hare pour l'attribution des sièges).

Dans le deuxième exemple, cinq partis se présentent. Sous un système RP, chacun des partis reçoit un siège, malgré le fait que le parti A ait recueilli presque trois fois plus de suffrages ue le parti E. Pour sa part, le scrutin majoritaire uninominal aurait pour effet d'attribuer trois des cinq sièges au parti le plus populaire (A), alors que les partis en deuxième et troisième place (du point de vue du pourcentage des voix, soit les partis B et C) auraient chacun mérité un siège. On peut donc voir que le choix du système électoral a un effet prononcé sur la composition du Parlement et, par extension, sur le gouvernement éventuel.

Considérations financières

Le choix du système électoral a une foule d'implications administratives et repose, en dernier ressort, sur la capacité logistique d'une nation de tenir des élections et sur les moyens financiers dont elle dispose. Même si l'on est bien au fait des contraintes que ces enjeux exercent sur le choix du système électoral, il faut réitérer ici que faire un choix uniquement en fonction d'un système simple et peu coûteux, c'est peut-être à long terme faire de fausses économies, car un système électoral boiteux peut avoir des effets pervers sur l'ensemble du système politique d'une nation et sur sa stabilité démocratique. Cela dit, le choix du système électoral a de nombreuses répercussions administratives qui sont traitées dans les paragraphes suivants.

Découpage électoral

Tout système à circonscriptions uninominales (CU) doit s'engager dans un processus long et coûteux, celui du découpage de circonscriptions, souvent constituées d'agglomérations relativement petites, d'après des critères de densité de population, de cohésion, de « communauté d'intérêt » et de contiguïté. De plus, le travail est à reprendre sans cesse vu que les limites doivent être constamment ajustées en fonction des changements dans la population. Les systèmes SMU, VA et SDT conviennent moins bien à ces situations qui peuvent être la cause d'ennuis administratifs considérables. Les systèmes à scrutin majoritaire plurinominal, VUNT, SMSC, SMAC et VUT exigent aussi que les circonscriptions soient délimitées, mais le découpage est rendu plus facile grâce aux circonscriptions plurinominales qui d'ordinaire sont moins nombreuses et plus étendues.

Dans un autre ordre de grandeur, les systèmes à scrutin proportionnel de liste sont souvent les moins coûteux et les moins compliqués à gérer, parce qu'ils n'englobent qu'une seule circonscription électorale nationale, où il n'y a pas lieu d'effectuer de recoupage, ou parce qu'ils comprennent de vastes circonscriptions plurinominales dont les limites coïncident avec celles des États et provinces déjà en place. Les élections de transition tenues au Sierra Leone, en 1996, l'ont été sous un système à scrutin proportionnel de liste national, en partie à cause de la guerre civile qui y sévissait et des déplacements de population qu'elle entraînait. Dans de telles circonstances, les autorités électorales, même avec la meilleure volonté du monde, n'avaient pas les données nécessaires en main pour faire le découpage de circonscriptions uninominales plus petites.

Inscription des électeurs

L'inscription des électeurs est l'aspect le plus complexe, le plus controversé et souvent le moins réussi de la gestion électorale. Les élections de 1996 en Zambie témoignent de cet état de choses : moins de la moitié de la population ayant droit de vote a été inscrite, en dépit d'une campagne bien orchestrée et d'efforts soutenus de la part d'une compagnie privée. Tout système qui utilise des circonscriptions uninominales exige que tous les électeurs soient inscrits dans les limites de leur circonscription. C'est donc dire que les systèmes mixtes avec et sans compensation (SMAC et SMSC) viennent s'ajouter aux SMU, VA et SDT comme étant les plus coûteux et ceux dont l'administration requiert le plus de temps en ce qui a trait à l'inscription des électeurs. Les circonscriptions plurinominales, moins nombreuses, des systèmes SMP, VUNT et VUT rendent la démarche plus facile. Quant aux systèmes à scrutin proportionnel de liste (RPSL) utilisés dans de vastes circonscriptions, ils demeurent les moins compliqués. La simplicité du scrutin de liste régional en ce qui a trait à l'inscription des électeurs a largement contribué à l'adoption de ce dernier pour les élections de transition tenues au Cambodge en 1993, à l'initiative des Nations Unies, et pour les premières élections démocratiques tenues en Afrique du Sud en 1994 (voir Afrique du Sud : Élaboration d'un système électoral et gestion de conflits en Afrique ). Il convient de mentionner toutefois que les modifications apportées aux systèmes électoraux n'ont qu'un effet minime sur les coûts généralement très élevés de l'inscription des électeurs.

Forme du Bulletin de Vote

Les bulletins de vote devraient être le moins menaçants possible pour tous les électeurs afin de maximiser la participation et de réduire le nombre de votes rejetés ou « non valides ». Pour ce faire, les partis et les candidats se servent souvent de symboles, photos et couleurs; la présente étude contient des illustrations d'un certain nombre de bulletins de vote jugés intéressants. Les bulletins de vote SMU et VA sont souvent les plus faciles à imprimer, car ils contiennent en général assez peu de noms. Les bulletins de vote SDT sont également faciles à reproduire mais, dans bien des cas, de nouveaux bulletins sont requis pour un deuxième tour de scrutin, ce qui fait doubler le coût de production. De même, les SMSC et SMAC exigent d'ordinaire l'impression d'au moins deux bulletins de vote, même si les deux servent aux mêmes élections. Les bulletins de vote VUNT, SMP et VUT sont un peu plus compliqués que les bulletins SMU, parce qu'ils contiennent plus de candidats et, du même coup, plus de symboles et de photos (si celles-ci sont utilisées). En dernier lieu, les bulletins de vote RPSL peuvent aller du plus simple au plus complexe. Ils seront fort simples s'il s'agit d'un système à liste bloquée ou fort complexes (comme dans le cas du système à liste flexible utilisé en Suisse).

Éducation des électeurs

Il est évident que la nature et la nécessité de l'éducation électorale vont varier grandement d'une société à l'autre, mais c'est lorsqu'il s'agit de sensibiliser les électeurs à la façon de remplir leur bulletin de vote qu'il existe des divergences spécifiques entre chacun des systèmes. Ainsi, les principes qui sous-tendent le vote dans les systèmes préférentiels tels que les VA et VUT semblent au premier abord très complexes; l'éducation des électeurs s'impose surtout face aux contraintes imposées lorsqu'il y a des nombres déterminés à atteindre, comme en Australie (voir Vote alternatif en Australie ). Il en est de même des systèmes mixtes avec compensation; après avoir utilisé le SMAC pendant plus de 50 ans, bon nombre d'Allemands se méprennent encore sur la nature des deux votes qu'ils croient égaux mais qui en réalité ne le sont pas. Le second vote « RP national » est le facteur déterminant du pouvoir dont jouit un parti au Parlement (voir Allemagne : le premier système mixte avec compensation ). Par contraste, les principes qui inspirent les systèmes catégoriques à vote unique tels que le SMU et le VUNT sont faciles à saisir. Les six autres systèmes présentés au Tableau Cinq se situent quelque part entre ces deux extrêmes.

Nombre et calendrier des élections

Les systèmes électoraux SMU, VA, SMP, VUNT, RPSL et VUT requièrent généralement une élection d'un seul jour. Cependant, les SMSC et SMAC combinent essentiellement deux (et parfois plus de deux) systèmes électoraux bien différents. Il en résulte des implications logistiques pour la formation des préposés aux élections et la façon dont les gens votent. Les systèmes à scrutin majoritaire à deux tours sont peut-être les plus coûteux et les plus difficiles à gérer, parce qu'ils exigent souvent que le processus électoral soit repris au complet une semaine ou une quinzaine après le premier tour.

Dépouillement du scrutin

Les résultats des SMU, VUNT et des scrutins RP à liste bloquée simple sont les plus faciles à dépouiller, car seule la somme totale des suffrages pour chacun des partis et des candidats est requise. Par contre, le scrutin majoritaire plurinominal oblige les scrutateurs à compter un certain nombre de voix sur chacun des bulletins de vote, tandis que le SMSC et le SMAC requièrent à peu près toujours le dépouillement de deux bulletins de vote. Dans les systèmes préférentiels VA et VUT, des chiffres sont indiqués sur le bulletin de vote, ce qui en complique le dépouillement. C'est le cas en particulier du VUT qui oblige à continuellement recalculer l'excédent de valeurs à transférer ou des choses semblables.

La capacité administrative d'un pays se trouve soumise à plusieurs contraintes : son histoire, le contexte, son expérience et ses ressources. Si l'on accorde le même poids à chacun des six facteurs qui y sont mentionnés (en réalité, c'est peu probable), un examen sommaire du total de chaque système indique que les systèmes RPSL, et spécialement les systèmes à liste nationale bloquée, sont les moins coûteux à gérer et les moins exigeants sur le plan des ressources administratives. Viennent ensuite les systèmes SMU et VUNT, suivis des SMP, VA, VUT, SMSC et SMAC. À notre avis, le système qui est le plus exigeant du point de vue de la capacité administrative d'un pays est le scrutin majoritaire à deux tours.

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