Systèmes semi-proportionnels
Scrutin parallèle
Les
systèmes mixtes sans compensation combinent la représentation
proportionnelle à scrutin de liste (RPSL) et des circonscriptions
électorales à « un seul gagnant »; cependant,
contrairement aux SMAC (voir le paragraphe 80), la représentation
proportionnelle à scrutin de liste ne compense pas l'absence
de proportionnalité au sein des circonscriptions électorales
majoritaires.
Actuellement,
20 pays emploient un système mixte sans compensation; c'est
la formule en vogue pour la conception des systèmes électoraux
dans les années 1990 - peut-être parce que ce système
semble cumuler, à première vue, les avantages de la
RPSL avec le type de représentation des circonscriptions
électorales uninominales. Le Cameroun, la Croatie, le Guatemala,
la Guinée, le Japon, la Corée du Sud, le Niger, la
Russie, les Seychelles et la Somalie utilisent un scrutin majoritaire
Uninominal (SMU) avec une composante RPSL, alors que l'Albanie,
l'Arménie, l'Azerbaïdjan, la Georgie et la Lituanie
emploient le scrutin majoritaire à deux tours (SDT) dans
les circonscriptions uninominales de leur système. L'Andorre
utilise le scrutin majoritaire plurinominal (SMP) pour élire
la moitié de ses députés, alors que la Tunisie,
l'Équateur et le Sénégal emploient le scrutin
majoritaire plurinominal de listes de parti (SMPLP) pour élire
un certain nombre de leurs députés. Taïwan se
distingue par son usage du vote unique non transférable (VUNT),
un système semi-RP, en même temps qu'un système
RP dans certains cas.
Tableau Trois : Systèmes Mixtes Sans Compensation (1997)
| |
Nombre de Sièges RP |
Nombre de Sièges Majoritaires |
Système Majoritaire |
Nombre Total de Sièges |
| Albanie |
|
|
SDT |
|
| Andorre |
|
|
SMP |
|
| Arménie |
|
|
SMU |
|
| Azerbaïdjan |
|
|
SDT |
|
| Cameroun |
|
|
SMU |
|
| Corée (Sud) |
|
|
SMU |
|
| Croatie |
|
|
SMU |
|
| Équateur |
|
|
SMPLP |
|
| Georgie |
|
|
SDT |
|
| Guatemala |
|
|
SMU |
|
| Guinée |
|
|
SMU |
|
| Japon |
|
|
SMU |
|
| Lituanie |
|
|
SDT |
|
| Niger |
|
|
SMU |
|
| Russie |
|
|
SMU |
|
| Sénégal |
|
|
SMPLP |
|
| Seychelles |
|
|
SMU |
|
| Somalie |
|
|
SMU |
|
| Taïwan |
|
|
VUNT |
|
| Tunésie |
|
|
SMPLP |
|
L'équilibre
entre le nombre de sièges proportionnels et le nombre de
sièges majoritaires varie de façon appréciable
(voir le Tableau Trois). Une répartition moitié-moitié
ne se produit qu'en Andorre et en Russie. À un extrême,
en Tunisie, 88 % des députés du parlement sont élus
au scrutin majoritaire plurinominal de listes de parti et 19 députés
seulement au moyen d'un système RPSL. À l'autre extrême,
113 des sièges de la Somalie sont comblés par un système
proportionnel et seulement 10 par scrutin majoritaire dans des circonscriptions
électorales uninominales. Cependant, dans la plupart des
cas, il y a un meilleur équilibre. Par exemple, le Japon
élit 60 % de ses députés dans des circonscriptions
uninominales et les autres par RPSL.
Scrutin parallèle
: avantages
En
termes de « disproportionnalité », le système
mixte sans compensation offre des résultats qui se situent
quelque part entre les systèmes purement majoritaires et
les systèmes RP, mais dans la plupart des cas, puisqu'il
y a deux bulletins de vote, il offre à l'électeur
un choix de représentants dans une circonscription électorale
et de partis au niveau national.
Un
deuxième avantage, pourvu qu'il y ait un nombre suffisant
de sièges RP, est qu'il permet aux petits partis minoritaires
qui ont été défaits aux élections majoritaires,
d'être récompensés par une attribuiton de sièges
en proportion du nombre de suffrages obtenus.
Finalement,
en théorie, ce système hybride fragmente un peu moins
le régime de partis qu'un système électoral
purement RP.
Scrutin parallèle
: désavantages
Un
aussi grand nombre d'options peut créer deux classes de députés
: ceux qui ont des obligations envers leurs circonscriptions électorales
locales et ceux qui, choisis par listes de partis sans aucun lien
avec les circonscriptions, se sentent surtout redevables envers
leur chef de parti.
On
peut ajouter à celà le fait que le système
mixte sans compensation n'assure aucunement la proportionnalité
globale; il se peut que certains partis soient exclus de la représentation
en dépit d'un nombre important de suffrages. Le SMSC est
également un système relativement complexe, qui peut
laisse les électeurs confus quant à la nature et à
l'utilisation du système électoral.
Scrutin limité
De
nos jours, le système de scrutin limité est le moins
utilisé. Certains le préfèrent tout de même
parce qu'il facilite l'élection de candidats minoritaires
forts et permet à l'électeur de voter pour un candidat
individuel. Essentiellement, le scrutin limité se place entre
le vote unique non transférable et le scrutin majoritaire
uninominal, puisqu'il s'applique dans les circonscriptions multinominales
et que les candidats élus sont ceux qui reçoivent
le plus grand nombre de votes. Les électeurs ont moins de
votes qu'il y a de sièges à combler, mais plus d'un
vote.
En
pratique, ce système n'est utilisé qu'au Gibraltar
pour les élections à la chambre basse, en Espagne
pour les élections à la chambre haute de la Cortes
espagnole et pour les élections des gouvernements locaux,
surtout aux États-Unis. La plupart du temps, le scrutin limité
donne aux électeurs un vote de moins qu'il y a de sièges
à combler; c'est le cas en Espagne et c'était le cas
au Royaume-Uni entre les années 1867et 1885.
Scrutin limité :
avantages
La
formule de scrutin limité utilisée par l'Espagne et
l'Angleterre emprunte certaines des propriétés du
scrutin majoritaire uninominal. Certains experts soutiennent que
ce système favorise la représentation des minorités
et devrait être considéré comme un système
de scrutin semi-proportionnel. De fait le vote limité ressemble
au scrutin majoritaire uninominal (voir Scrutin majoritaire uninominal
(SMU) ), les minorités ayant plus de chances d'être
représentées.
Scrutin limité :
désavantages
Le
vote limité conserve un degré de disproportion relativement
modéré. Les gouvernements majoritaires peuvent être
élus même s'ils ne reçoivent qu'une minorité
des voix et les plus petits partis peuvent être exclus de
la législature. En 1982, les Socialistes de l'Espagne ont
remporté 47 % du total des votes et 65 % des sièges,
alors que l' Union of the Democratic Centre remportait 7 % des votes
mais seulement 0,5 % des sièges.
Vote unique non transférable
(VUNT)
Dans
le cas du vote unique non transférable, chaque électeur
a droit à une voix, mais il y a plusieurs sièges à
pourvoir dans chaque circonscription électorale. Les candidats
qui reçoivent le plus grand nombre de voix comblent ces postes.
Cela signifie que, dans une circonscription électorale à
quatre sièges, par exemple, un candidat qui recueille un
peu plus de 20 % des voix s'assure la victoire. Par contre, un grand
parti obtenant 75 % des voix réparties uniformément
entre ses trois candidats a de grandes chances de remporter trois
des quatre sièges. En 1997, on utilise le VUNT pour les élections
parlementaires en Jordanie et au Vanuatu et pour combler 125 des
161 sièges du Parlement de Taïwan, mais son usage le
plus connu demeure le cas du Japon qui s'en est servi pour élire
sa chambre basse de 1948 à 1993.
Scrutin unique non transférable
: avantages
La
différence la plus marquée entre le VUNT et les systèmes
majoritaires décrits précédemment est que le
VUNT facilite la représentation des partis minoritaires.
Plus la représentation de circonscription (le nombre de sièges
dans une circonscription) est élevée, plus ce système
devient proportionnel. En Jordanie, le VUNT a permis à un
certain nombre de candidats indépendants pro-monarchistes
de se faire élire, ce que l'on considère un avantage
dans un régime de parti à l'état embryonnaire.
Mais en même temps, le système encourage les partis
à s'organiser et à informer leurs partisans afin que
ceux-ci votent pour les candidats de façon à maximiser
leurs chances de victoire.
Même
si le VUNT permet aux électeurs de faire un choix dans la
liste de candidats d'un parti, on croit également que ce
système fragmente moins le régime de partis que les
systèmes RP. Pendant les 45 ans qu'a duré l'expérience
du VUNT au Japon, le système « de parti dominant »
s'est avéré très fort. Finalement, le système
est reconnu pour sa simplicité d'usage et la facilité
de dépouillement du scrutin.
Scrutin unique non transférable
: désavantages
Le
VUNT, en tant que système semi-proportionnel ou semi-RP,
ne peut pas garantir des résultats globaux proportionnels
en termes de représentation parlementaire. Les petits partis
qui recueillent environ 10 % de l'appui, et dont les voix sont très
dispersées, pourraient ne remporter aucun siège, alors
que les plus gros partis peuvent profiter d'un certain nombre de
« sièges en prime » appréciable, ce qui
peut transformer une majorité simple obtenue lors du vote
national en majorité absolue au parlement. En 1980, le Parti
libéral démocrate japonais a remporté 55 %
des sièges avec seulement 48 % des voix (voir La
réforme électorale au Japon ).
La
proportionnalité du système augmente en fonction d'un
plus grand nombre de sièges au sein des circonscriptions
plurinominales, mais cette structure affaiblit la relation entre
l'électeur et son député, lien tant recherché
par les partisans de circonscriptions électorales géographiques
bien définies. Les circonscriptions plurinominales où
on élit neuf députés en Jordanie, et sept députés
au Vanuatu, constituent la limite pratique des circonscriptions
VUNT.
Puisque
le VUNT ne donne aux électeurs qu'une seule voix, le système
offre peu de raisons aux partis politiques d'essayer de plaire à
une grande variété d'électeurs. Pourvu qu'ils
aient l'appui d'un certain pourcentage de fidèles partisans,
ils peuvent remporter des sièges sans devoir se soucier des
autres groupes. En outre, le fait que plusieurs candidats du même
parti puissent être en compétition pour obtenir les
mêmes voix a tendance à accentuer la fragmentation
interne, et ainsi semer le désaccord au sein des partis,
et à augmenter la politique de marchandage, qui amène
les politiciens à offrir des ristournes électorales
à certains groupes d'électeurs définis.
Finalement,
le VUNT oblige les partis à tenir compte de considérations
stratégiques complexes tant du point de vue des nominations
que de la gestion des suffrages; présenter trop de candidats
peut être aussi néfaste qu'en présenter trop
peu et les partis savent qu'ils doivent discipliner leurs électeurs
pour qu'ils répartissent leurs voix également entre
tous les candidats du parti.